Réplique - Définir la charia sans la préconiser

Le 18 novembre 2011, M. Foudil Selmoune, imam et administrateur du Centre communautaire islamique de Brossard, a accordé une entrevue à la journaliste Azeb Wolde-Giorghis, de Radio-Canada, portant sur la charia dans la religion musulmane. L'entrevue avait pour but d'éclairer et d'informer la population sur ce que représente la charia pour les musulmans. M. Selmoune a essayé de donner des réponses adéquates selon ses connaissances, sans porter de jugement ni inciter à ce que la charia soit appliquée de quelque façon que ce soit au Québec.

Le 5 décembre 2011, à la suite de la diffusion de cette entrevue, un collectif d'auteurs a vivement réagi aux propos de M. Selmoune dans une lettre publiée par Le Devoir. Nous avons même entendu Mme Carole Poirier, députée d'Hochelaga-Maisonneuve et porte-parole de l'opposition officielle en matière de laïcité, poser une question à ce sujet à l'Assemblée nationale du Québec.

Définir la charia

Dans leur texte, les auteurs se sont acharnés sur M. Selmoune. Ils l'ont accusé, inculpé et même condamné en public, et ce, avant de valider ses propos dans le contexte de l'entrevue. Nous voulons dire ici que nous croyons que Radio-Canada s'est contenté de passer seulement les extraits «à sensation» de l'entrevue. Le diffuseur public n'a pas pris la peine d'inclure les questions de la journaliste pour contextualiser les propos de M. Selmoune.

Or M. Selmoune n'a jamais préconisé l'application de la charia au Québec et encore moins son enseignement au sein de la communauté musulmane. Tout ce qu'il a essayé de faire, c'était de définir ladite charia, dans une intervention qui se voulait strictement académique sur une question extrêmement sensible et délicate posée par une journaliste qui, elle, se voulait sérieuse.

C'est pour cela qu'il avait jugé nécessaire de repréciser sa pensée et de s'excuser publiquement auprès des gens qui l'auraient mal compris. Chose que Radio-Canada lui a permis de faire lors d'un deuxième reportage. Il n'en demeure pas moins vrai que cet acharnement médiatique l'a profondément blessé et a bouleversé sa famille et, avec elle, l'ensemble de la communauté musulmane du Québec.

Connaître avant de juger

Cela étant dit, nous recommandons aux auteurs du texte, ainsi qu'à toute autre personne qui le désire, de mieux connaître M. Selmoune et la communauté musulmane avant de porter des jugements non fondés.

M. Selmoune est reconnu au sein de la communauté pour son intégrité, son sens de la responsabilité et ses appels incessants au respect des lois du Québec et du Canada. Il s'est toujours engagé dans les activités communautaires et au sein de la société québécoise: inondations en Montérégie, collectes de sang, appui à la Mission Old Brewery, etc. M. Selmoune est aussi un fervent défenseur de la cause des femmes et du Centre Amal pour femmes en particulier; il n'a jamais cessé de dénoncer la violence conjugale.

Il reste que les signataires du texte ne font qu'aggraver les divisions et alimenter le ressentiment à l'égard des musulmans au sein de la société québécoise. Cela va à l'encontre de notre objectif commun, qui est de bâtir ensemble un Québec où les différentes communautés et composantes de la société peuvent vivre en harmonie et dans le respect mutuel.

Finalement, nous invitons les auteurs à visiter le Centre communautaire islamique de Brossard, dont les portes sont toujours ouvertes, pour rencontrer les membres de la communauté de même que M. Selmoune, pour échanger et mieux connaître la religion musulmane et notre communauté. On pense que la meilleure façon d'éliminer les malentendus et les préjugés est d'ouvrir la porte du dialogue et d'éviter les jugements à distance et les provocations gratuites. L'avenir et la prospérité de notre Québec sont chers à nous tous et on se doit de bâtir des ponts de solidarité et d'amitié entre nos communautés, des ponts fondés sur le respect mutuel et l'harmonie sociale.

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Ont signé ce texte: Alyaa Amry, Abdelmalek Boudboub, Ahmed Daoudi, Ali Chaouki, Ashfaque Ahmad, Driss Boutaleb, Essam Shawki, Hassan Assabane, Hassan Elouali, Hassan Jan, Ibrahim Hassan, Ismail Arif, Ismail Hussain, Ismaila Diop, Khalid Soubata, Mahmoud Chakiri, Marie Germain, Maryam Tetreault, Mohamed Yacoub, Naved Bakali, Noureddine Hamri, Omar Attayeb, Riad Chaouki, Saleh Kotwal, Sami Abdulbasset, Taoufik Hassan, Usman Shaikh, Yolande Tetreault, Younes Abourachid, Youssef Fawaz. Appuient ce texte: Centre communautaire islamique de la Rive-Sud (ICC), Conseil musulman de Montréal, mosquée Al-Falah (Saint-Hubert), mosquée Alhidayat (Hochelaga), Jamia Islamia Masjid (Longueuil), Amal-Centre pour les femmes et le Forum musulman du Canada.

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