Soins à domicile - Passons de la parole aux actes

L’insuffisance de l’aide à domicile transfère la responsabilité des soins aux proches aidants.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Sébastien Bozon L’insuffisance de l’aide à domicile transfère la responsabilité des soins aux proches aidants.

Le vieillissement de la population et la pandémie de maladies chroniques qui l'accompagne obligent à prioriser les soins à domicile. Or, le Québec fait piètre figure en ce domaine puisqu'il ne consacre aux soins à domicile qu'un peu plus de 400 millions de dollars, soit moins de 15 % des sommes allouées aux soins de lon-gue durée et moins de 2 % du budget de la santé. Malgré les beaux discours, la majeure partie du financement public en soins de longue durée est attribuée à l'hébergement institutionnel.

Cette insuffisance de l'aide à domicile transfère la responsabilité des soins aux proches aidants, souvent des femmes, qui s'épuisent à la tâche et doivent bien souvent quitter le marché du travail pour s'occuper de leur parent en perte d'autonomie. On constate aussi un système à deux vitesses car, faute de moyens, l'État limite l'accès des personnes vivant en résidences privées aux services à domicile auxquels elles devraient pourtant avoir droit. Ces personnes doivent donc payer pour recevoir des services sans qu'aucune norme n'existe pour évaluer les besoins, tarifer les services rendus ou s'assurer de leur qualité.

Investissement nécessaire

Il est donc urgent, non seulement d'investir massivement dans les soins à domicile, mais aussi de changer l'approche et la structure de financement. On estime qu'un investissement de 500 millions de dollars serait nécessaire pour entraîner un effet significatif sur l'offre de services à domicile.

À court terme, cet investissement permettrait en plus de permettre aux femmes de demeurer sur le marché du travail tout en créant des emplois dans les organismes publics, les entreprises d'économie sociale et les agences privées. Il faudra s'assurer que ce personnel reçoive une formation adéquate et que le niveau des salaires soit à la mesure de la tâche et de l'engagement nécessaire aux soins des personnes en perte d'autonomie.

Cet investissement réduira aussi l'utilisation inappropriée de l'hôpital pour héberger des personnes qui autrement pourraient recevoir des soins chez elles et réduira à terme les besoins pour des lits d'hébergement. À plus long terme, la priorité aux soins à domicile permettra de contrôler l'augmentation des coûts associés au vieillissement de la population et de limiter le fardeau financier des générations futures.

Expériences inspirantes

Au-delà de l'addition budgétaire, il faut aussi repenser la philosophie des soins à long terme. Il faut donner aux personnes les soins qu'elles requièrent là où elles habitent et non forcer les personnes à déménager vers les services. À l'instar d'autres pays comme le Danemark, les personnes en perte d'autonomie devraient recevoir les services appropriés, financés par l'État, et ce, nonobstant leur lieu de résidence.

Il faut que l'accès aux soins à domicile devienne un droit et non simplement un privilège. Pour ce faire, une assurance autonomie doit être créée, comme l'ont fait de nombreux pays européens et asiatiques. À la suite de l'évaluation des besoins des personnes, une allocation de soutien à l'autonomie serait déterminée, permettant à la personne de recevoir les services requis par les organismes publics, privés ou bénévoles de son choix. L'allocation de soutien à l'autonomie s'accompagnerait d'une évaluation de la qualité des prestations.

Il faut toutefois se garder de permettre une simple allocation en espèce (cash for care), comme c'est le cas en Allemagne, car ce genre d'allocation directe entraîne son lot de problèmes: travail au noir, risque d'abus, confinement des femmes dans des rôles traditionnels, pauvre qualité des prestations.

Pour financer cette assurance autonomie, il importe de créer une caisse autonomie séparée où les sommes dédiées seraient transférées pour assurer une étanchéité des budgets par rapport à l'ogre hospitalier, une gestion spécifique et une capitalisation des surplus éventuels. En priorisant les soins à domicile, cette caisse entraînera la nécessaire redistribution des budgets entre le domicile et l'institution de façon à répondre aux souhaits des personnes aînées de rester à domicile avec les proches qu'elles aiment tout en limitant la croissance des coûts.

C'est maintenant que le Québec doit opérer ce virage pour le bien-être des aînés et pour planifier l'avenir de façon responsable et équitable.

***

Réjean Hébert - Professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke, l'auteur fut le premier directeur de l'Institut du vieillissement des Instituts de recherche en santé du Canada et coprésident de la Consultation publique sur les conditions de vie des aînés en 2007

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5 commentaires
  • Michele - Inscrite 16 décembre 2011 08 h 02

    Pour une cohorte d'aidants à domicile

    Pourquoi ne pas instaurer dès maintenant un système d'aide à domicile en formant dans le secteur professionnel de futurs aidants. Ce pour s'occuper à domicile des personnes vieillissantes qui ont besoin de support pour les repas, le ménage, la prise de médications et pour signaler aux CLSC les personnes en détresse. Un service complémentaire pouvant supporter le personnel infirmièr, les médecins, les familles et ce à moindre coût.

  • Nicole Dumoulin - Inscrite 16 décembre 2011 08 h 29

    Listes d'attente

    Vous avez entièrement raison : il est plus qu'urgent de prioriser les soins à domicile. Les paroles et beaux discours qu'on entend de ministres nous suggérant d'aimer nos aînés et d'aimer les rides, ne sont pas suivis de mesures concrètes sur le terrain à domicile. Savez-vous qu'en Montérégie, plus de 8 mois d'attente sont requis pour peut-être avoir du répit à domicile pour une personne souffrant de la maladie d'Alzheimer et sa conjointe qui s'épuise depuis des mois? La réalité est dramatique alors qu'on distribue des milliers de dollars dans des carrefours d'information et autres structures. Un virage est nécessaire mais il sera trop tard pour bien des personnes âgées qui attendent.

  • Yvon Bureau - Abonné 16 décembre 2011 09 h 13

    Soins de dernière ligne

    Oui oui oui à plus de soins à domicile ! Maintenant.

    Sans oublier ceux de la dernière ligne. Lorsque voulu et possible, la grande majorité des finissants de la vie veulent mourir chez eux.

    En autant qu'ils ne recevront que les soins qu'ils veulent, qu'ils seront au cœur des décisions, qu'ils seront respectés dans leurs choixs jusqu'à la fin, que l'aide et le soin seront centrés sur eux et sur leurs intérêts seulement.

    Pour plusieurs, fini le mourir à l'hôpital; encore mieux, fini le mourir à l'Urgence. Et s'il le faut, un transfert directement du domicile à un lit de fin de vie.

    Et tout le monde sera gagnant.

    Réjean, merci pour ce rappel si nécessaire et digne.

  • France Marcotte - Inscrite 16 décembre 2011 10 h 17

    Question de vie et de mort ordinaire

    Ces propos et suggestions de M.Hébert suintent l'intelligence et le bon sens, c'est à se demander ce qu'on attend pour procéder.
    Ce noeud de vipères de la santé, aspirant raison et millions, faudra-t-il laisser les projecteurs braqués dessus jusqu'à ce qu'il se disloque?
    Il le faut, c'est une question de vie ou de mort pour plus d'un esseulé, plus d'une aidante à bout de souffle!

    Et puis ce sera notre tour, lecteurs aujourd'hui encore alertes et pimpants, demain grabataires oubliés une une voie de garage, dans une ruelle de solitude et de terreur muette.

    Crions pendant que nous avons encore de la voix!

    Ou bien lâchons-nous lousse, brûlons debout la chandelle par les deux bouts, épuisons-nous de vie avant que la mort nous saisisse par le collet. Qu'elle nous surprenne un verre à la main, éblouis du bonheur de vivre!

  • SNost - Inscrit 16 décembre 2011 11 h 02

    Démographie

    Dans 15 ans, la population de 65 ans et plus aura doublé au Québec.

    Pendant ce temps, on voit Margerite Blais voyager de région en région pour saupoudrer des 30 000$ par-ci par-là, arbitrairement, à des organismes de toutes sortes (=exercice de communication pour le Parti libéral). On la voit préparer un plan "Vieillir chez-soi", dont on ne connait rien sauf qu'il semble récupérer ce que le gouvernement fait déjà (=exercice de communication pré-électorale du Parti libéral).

    Les "vieux" l'aiment, que voulez-vous! Ils voteront encore PLQ aux prochaines élections, Mme Blais est tellement gentille!