Kyoto et le Canada - Une position qui nous coûte cher

Kyoto, la honte, 2011<br />
Photo: Illustration tiffet Kyoto, la honte, 2011

Ceux qui pérégrinent à travers le monde avec un drapeau canadien cousu sur leur sac à dos devraient-ils s'empresser de l'arracher avant de se faire apostropher dans un café à Ushuaia ou à Berlin?

On peut se poser aujourd'hui la question de la valeur symbolique de cette amulette.

Alors que le gouvernement fédéral vient de soustraire le pays à toute espèce de contrainte internationale en matière de lutte contre les changements climatiques, on peut se demander aujourd'hui quel est le prix que nous payons désormais pour satisfaire aux intérêts de l'industrie pétrolière et aux politiciens qui font corps avec eux. Sur la scène internationale, la position du Canada s'avère difficile à avaler.

Il nous faut maintenant expliquer que non, tous les Canadiens, loin de là, ne sont pas en accord avec les positions de notre gouvernement, que la grande majorité est pour la lutte contre les changements climatiques et que non, nous ne prenons pas un grand verre de pétrole avant de nous coucher, histoire de bien faire corps avec notre destin de superpuissance énergétique.

Exportations pénalisées?

Les vraies pénalités pour le Canada reposent d'abord sur les dommages que fait subir l'attitude du gouvernement Harper à la réputation internationale du pays. Devant l'abandon de ses obligations internationales, les autres États sont en droit de se demander si notre pays est un partenaire auquel on peut se fier.

De plus, en agissant comme des bums de ruelle (bullies, en anglais), un rôle qui va comme un gant à la garde rapprochée du premier ministre et à ses divers condottieri, le Canada fait tout sauf s'attirer la bienveillance de ses partenaires dans d'autres dossiers internationaux, y compris commerciaux. Ne sommes-nous pas en train de négocier un accord de libre-échange avec l'Union européenne?

Alors que se profilent à l'horizon des régimes climatiques différents entre grandes régions du monde — en l'Europe, en Amérique du Nord, dans les économies émergentes —, il sera tentant pour des partenaires économiques du Canada de vouloir taxer aux frontières les importations de biens produits dans des pays aux règles environnementales très faibles, ne serait-ce que pour équilibrer les choses entre producteurs domestiques et étrangers. Dans un tel cas, les exportations québécoises vers l'Europe, par exemple, pourraient s'en trouver pénalisées.

Finalement, l'attitude idéologique du gouvernement fédéral pénalise une bonne partie de l'économie canadienne, par son choix délibéré de privilégier les ressources naturelles et les carburants fossiles au détriment de l'économie verte et des énergies renouvelables. L'argent qui passe du Trésor public fédéral vers les pétrolières ne va pas aux segments économiques verts dans lesquels l'Ontario et le Québec devraient exceller.

Ce faisant, nous nous isolons de plus en plus: l'économie verte, l'économie du XXIe siècle, c'est pour l'Europe et l'Asie. Les énergies alternatives, c'est pour la Chine. Ce sont autant d'occasions d'affaires ratées pour nous. Une autre façon de dire qu'on ne doit en aucune façon compter sur le gouvernement Harper pour nous faire entrer dans l'économie verte.

Vers une économie verte

Pour plusieurs Canadiens anglais, le petit drapeau unifolié leur permettait traditionnellement d'éviter d'être confondus avec des touristes américains, pas toujours bienvenus dans plusieurs coins de la planète. Mais comme il semble que plusieurs opérateurs politiques républicains ont (temporairement) trouvé refuge au Canada, en en profitant pour s'emparer du pays, le problème commence à se poser pour les Canadiens dont l'accent (comme le mien) ne peut servir de sauf-conduit dans un marché au Caire ou une auberge de jeunesse de Budapest.

Maintenant, quel drapeau les touristes canadiens devraient-ils maintenant traîner avec eux? Je ne sais pas pour les autres Canadiens, mais les Québécois devraient être attentifs aux gestes que posera — ou pas — la classe politique québécoise.

Si des pays comme le Canada abandonnent le navire, d'autres, dont l'Union européenne, veulent continuer et accélérer leur transition vers l'économie verte et les énergies renouvelables.

Position québécoise

Le Québec s'est distancé depuis plusieurs années de la position climatique du gouvernement fédéral. Il a développé ses propres positions, très différentes, beaucoup plus en phase avec celles de l'Europe. Et il n'a jamais craint de les faire connaître, quitte à en faire rager plus d'un à Ottawa.

Le Québec peut aussi adopter une vision d'avenir, fondée sur l'énergie renouvelable, l'électrification des transports, l'économie verte et la réduction de la consommation de carburants fossiles. Une vision d'avenir pour les Québécois, qui réconcilie l'économie et la nécessaire lutte contre les changements climatiques.

C'est une question de choix politique et de vision. On verra bientôt si on voudra se remettre à coudre des fleurdelisés sur nos propres pack-sacks.

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Hugo Séguin - Conseiller principal pour Équiterre
4 commentaires
  • GLabelle - Inscrit 15 décembre 2011 01 h 24

    quant à moi

    il y a longtemps que c'est un fleudelysée que j'arbore sur mon sac à dos. Et tous nos voisins d'Amérique latine le reconnaissent et le respectent déjà!

  • Peter Kavanagh - Inscrit 15 décembre 2011 07 h 58

    Le drapeau

    j'ai toujours porté et continerai a porté fierement le drapeau canadien. Ne vous en déplaise, tout le monde ne pense pas comme vous.

  • Carl Grenier - Inscrit 15 décembre 2011 12 h 34

    Y'en aura pas de sanctions contre le Canada

    Ils sont nombreux les citoyens qui, comme M. Séguin, réprouvent la décision du gouvernement Harper de se retirer du protocole de Kyoto. Je partage moi aussi ce point de vue. Cependant, il est erroné de prétendre (ou de souhaiter, comme certains le font) qu'il pourrait y avoir des sanctions commerciales d"appliquées au Canada de la part de pays qui auraient une politique environnementale plus sensible au réchauffement climatique. À ce jour, ni les accords de l'OMC, ni l'ALÉNA, ni les autres accords commerciaux internationaux qui encadrent les échanges commerciaux internationaux ne permettraient que des exportations de biens ou de services ne soient grevés d'une taxe qui seraient liés à la non-observance d'une convention internationale comme le protocole de Kyoto. Depuis 1948,l'article 20 de l'accord général permet à un pays de contrôler les importations de biens qui menaceraient la santé publique, voire celle des plantes et des animaux sur son territoire: on est très loin d'une telle situation ici. La possibilité de lier des accords non-commerciaux (comme le protocole de Kyoto) aux accords de l'OMC ne fait pas partie de l'ordre du jour du Doha Round (en panne depuis trois ans) et je doute personnellement qu'une telle approche fasse partie du prochain round, si et quand il surviendra.
    En attendant, si un pays se donnait le pouvoir de sanctionner commercialement le retrait du Canada du protocole de Kyoto, le Canada aurait d'excellentes chances d'obtenir gain de cause devant l'OMC.

  • Nimporte quoi - Inscrit 15 décembre 2011 12 h 37

    Une cote AAA qui coûte cher!

    Si les Canadians sont fiers, tant mieux pour eux. D'ailleurs qu'est ce qu'ils peuvent faire, ils n'ont pas la chance d'avoir une nation de rechange ;- )))))

    En attendant, le Canada ne siège plus à l'ONU, de quoi faire pâlir son image peut importe les autruches? D'ailleurs le Commonwealth en général fait piètre figure et étire la sauce. De l'Autralie à l'Angleterre (qui n'a jamais eu l'euro) qui ne participe même pas au plan de relance de l'Europe.

    La seule fierté que la Canadian a dans la sphère internationale en 2011 c'est ça cote AAA, mais à quel prix!