Coalition avenir Québec - Sombre avenir pour le Québec

Certains se questionnent sur les conséquences, pour les services aux élèves, de l’abolition des commissions scolaires, comme semble le privilégier la Coalition avenir Québec.<br />
Photo: Agence Reuters Christinne Muschi Certains se questionnent sur les conséquences, pour les services aux élèves, de l’abolition des commissions scolaires, comme semble le privilégier la Coalition avenir Québec.

Interrogé par les médias sur ses priorités advenant son élection, François Legault répond régulièrement que l'évaluation des enseignants trône au premier rang de ses préoccupations. Pour le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), la chose est entendue: le réseau d'éducation public québécois est au plus mal et c'est à ceux qui y enseignent qu'il faut s'attaquer de toute urgence.

Pourtant, lorsqu'il est interrogé sur le nombre d'enseignants qui poseraient problème, M. Legault assure qu'on en dénombrerait tout au plus 5 %. Singulière urgence! Étonnamment, la CAQ persiste à faire porter aux enseignants l'entière responsabilité des maux du système d'éducation même si, de l'aveu même de son chef, 95 % d'entre eux sont compétents et consciencieux. Envers et contre tous, l'évaluation des profs serait LA PRIORITÉ d'un gouvernement dirigé par François Legault. N'y a-t-il pas d'autres problèmes, des vrais cette fois, qui mériteraient qu'on propose de véritables solutions?

À plus d'une reprise, François Legault a déclaré que les mesures mises en avant par la CAQ recevaient l'aval des enseignants. Pourtant, lorsque je rencontre les membres et que nous discutons de la proposition «caquiste», je peux vous assurer que les partisans de l'approche Legault se font rares. Les enseignants déchiffrent vite l'arbitraire entourant un tel processus d'évaluation de leur «performance». Quels professeurs consciencieux accepteraient d'être évalués sur la base des résultats de leurs élèves, d'être à la merci des humeurs d'une direction d'école ou encore des décisions d'un ministre qui peut couper, à son gré, dans les budgets, sans égard aux conséquences sur les conditions d'exercice? Un ministre qui, comme François Legault l'a fait au tournant des années 2000, a implanté une réforme sans manuels ni formation, laissant les enseignants à eux-mêmes.

En fait — et M. Legault se garde bien de le mentionner —, les mesures d'évaluation du personnel enseignant existent déjà. Si leur application laisse à désirer, c'est bien plus en raison du laxisme, voire de l'incompétence, de certaines directions d'établissement. Est-il besoin d'une nouvelle structure d'encadrement lourde, coûteuse et de surcroît inutile? Jusqu'à maintenant, le credo «caquiste» nous portait plutôt à croire le contraire!

Remède magique?

Avouons-le, en matière d'éducation, François Legault n'a rien inventé. D'ailleurs, l'idée de rémunérer les enseignants en fonction de leur «performance» n'est pas de lui. Comme bien d'autres choses, cette idée portée par un vent du sud est aujourd'hui présentée comme le remède magique à tous les maux. Mais, même le plus bref examen de l'état de santé du système d'éducation public de nos voisins dépeint un portrait aussi alarmant que consternant.

Malgré cela, François Legault et ses partisans persistent à appliquer ces mesures aux conséquences désastreuses pour l'école publique. Compétition malsaine entre enseignants, falsification des résultats scolaires, détérioration du travail collégial au profit d'un individualisme exacerbé ou abandon des élèves présentant les plus lourdes difficultés pour privilégier ceux qui sont plus susceptibles d'améliorer la «performance» de l'enseignant, voilà quelques exemples des dérives auxquelles ont mené les mesures adoptées par le gouvernement américain. Souhaitons-nous affaiblir de la sorte notre réseau d'éducation?

François Legault dit vouloir s'attaquer aux «vraies affaires»! Dans les faits, il refuse de regarder les véritables problèmes. L'exercice l'obligerait plutôt à investir dans des mesures sociales plus généreuses, à accorder plus d'aide aux élèves en difficulté, à mieux soutenir les familles de milieux défavorisés et celles de la classe moyenne qui s'appauvrit de plus en plus.

Approche comptable

Au moment où le réseau public d'éducation est aux prises avec le décrochage scolaire, le sous-financement chronique, l'accès limité à des services pour les élèves en difficulté, une réforme bancale et la concurrence du privé soutenu et financé par l'État, François Legault maintient son approche de comptable, comme si l'école se gérait comme une fabrique de petits pois. Son appréciation de la situation, tout comme les solutions qu'il avance, témoigne d'un manque de jugement et de connaissance de la situation, voire d'un mépris profond des enseignants du réseau public.

À l'instar des autres formations politiques, François Legault dit résister aux lobbies. Rien de plus faux! Son parti s'est soumis à celui du patronat qui veut moins d'État et moins de syndicats. Il s'est associé à celui des directions d'école membres de la Fédération québécoise des directions d'établissement (FQDE) qui cherchent toujours plus de pouvoir. Lorsqu'ensemble ils exigent l'abolition des commissions scolaires et la décentralisation vers les écoles, il ne faut surtout pas croire que cela se réalisera sans coût pour la société québécoise.

On entend déjà les hauts cris des directions d'établissement réclamant plus de ressources et de budget pour assumer leurs nouvelles et lourdes responsabilités. L'abolition des commissions scolaires générera-t-elle les économies promises? Non seulement est-il permis d'en douter, mais il y a tout lieu de craindre que les services aux élèves ne soient à aucun moment améliorés. Rappelons-nous un instant qu'à l'époque où François Legault était ministre de l'Éducation, la pratique du non-redoublement en vigueur générait des économies annuelles de 500 M$.

De ces sommes astronomiques, jamais un sou n'a été réinvesti pour améliorer les services aux élèves. Bien sûr, François Legault prêche la redistribution de la richesse. Mais aucun doute n'est possible quant à la finalité de cette nouvelle répartition.

Projet économique

La vision «caquiste» de l'éducation et du développement social n'a rien pour rassurer. À raison, plusieurs se sont offusqués de la déclaration de François Legault sur les cégeps, «lieux de dépravation» par excellence. Certains n'y ont vu qu'un simple faux pas. Je n'en crois rien. Si l'affirmation était politiquement maladroite, elle trahit une partie importante de la pensée de François Legault et de la CAQ au regard du système d'éducation québécois. François Legault n'entretient qu'arrogance et mépris à l'endroit de l'éducation publique et de ceux qui y oeuvrent.

Encore une fois, à l'époque où il était ministre de l'Éducation, le chef de la CAQ dénigrait ouvertement la place des connaissances dans les programmes. Aujourd'hui, il voudrait nous faire croire qu'il souhaite leur faire plus de place. Vraiment?

En fait, les connaissances dont nous parle François Legault n'ont rien à voir avec celles qui permettent de développer des citoyens cultivés, ouverts sur les autres et sur le monde. Les connaissances dont il parle se résument à ce qui est rentable et utile à l'économie. Ses propos sur les ondes de Radio-Canada ne laissent aucun doute: «[...] il faut aider à mener des futurs consommateurs. Ça veut dire, à l'école, sensibiliser nos enfants très jeunes à aller voir des musées, des pièces de théâtre, des concerts classiques, donc [...] augmenter la demande».

Pour François Legault, la culture et les savoirs sont d'abord des objets de consommation, des marchandises. Dans cet esprit, on comprendra que les artistes qui produisent de la culture marginale et peu rentable ne trouveront pas d'alliés à la CAQ. Pas plus d'ailleurs que ceux qui exigent un recentrage de l'école sur un socle commun de connaissances et qui souhaitent le développement général de la personne.

On ne cesse de nous parler des atrocités de la crise économique mondiale. Il y a pire, nous vivons une crise d'humanité. Le Québec n'y échappe pas. Derrière l'esbroufe et le populisme, une chose est claire: avant d'être un véritable projet de société, le projet de François Legault est essentiellement un projet économique. Est-ce vraiment ce dont le Québec a besoin? Est-ce vraiment ce que le Québec veut?

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Pierre St-Germain, président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE)
20 commentaires
  • prof fr - Inscrite 13 décembre 2011 03 h 00

    "François Legault n'entretient qu'arrogance et mépris à l'endroit de l'éducation publique et de ceux qui y oeuvrent."

    Bonjour M. P. St-Germain,
    En cette journée, veuillez recevoir "ma poignée de main virtuelle" au sujet de votre lettre claire et précise qui dépeint les réels besoins des écoles, des enseignants et aussi des élèves.
    Que sont les "vrais besoins" de M. François Legault de la CAQ à travers son rêve d'être possiblement élu premier ministre à de futures élections? Attirer l'électorat désabusé de la politique actuelle au Québec (sondages favorables)? Si oui, il n'y a nullement besoin pour lui et son parti d'afficher un tel mépris et une éclatante MÉCONNAISSANCE du vrai milieu de l'enseignement au Québec. Oui à une saine économie M. Legault! NON à l'installation du chaos (déjà semé par l'implantation avec fracas de LA RÉFORME dans les écoles) indescriptible qui guette les enseignants et les élèves dans LA VISION que vous avez sur l'éducation québécoise.
    LES JEUNES BIEN AIDÉS ET ÉDUQUÉS AUJOURD'HUI ET DEMAIN deviendront des citoyens plus éclairés et plus formés. Ils sauront bien trouver le chemin afin d'être aussi de bons consommateurs avertis. Nul besoin d'axer le tir sur cette fin!
    Enfin, je suis retraitée de l'enseignement depuis juillet 2011 et je peux affirmer que ce que M. Pierre St-Germain décrit du système scolaire et de ses réels besoins dénote UNE RÉELLE CONNAISSANCE DU MILIEU SCOLAIRE, DES ENSEIGNANTS QUI Y OEUVRENT AVEC COURAGE ET DES ÉLÈVES.
    Francine Beaudoin, Gatineau

  • Marcel Bernier - Inscrit 13 décembre 2011 03 h 43

    Une critique d'une luminosité exemplaire...

    Vraiment, monsieur St-Germain, vous êtes un analyste redoutable et je salue votre à-propos.

    L'association Legault-Sirois-Delteil nous amène un tel vent d'affairisme au Québec, dans le domaine politique, que cela en devient désolant.

    L'argent est devenu roi et maître comme référent ultime dans l'appréciation de la valeur des gens pour beaucoup d'opportunistes et d'arrivistes et il n'est donc pas surprenant que certains s'en servent comme critère pour apprécier ce qu'ils sont et ce auquel ils ont droit.

    D'abord et avant tout, établir la position suréminente du patron face aux employés. Et mettre ainsi les syndicats à leur place. Et puis, réaffirmer que ceux et celles qui possèdent les moyens financiers ont droit à une meilleure éducation, à de meilleurs soins de santé, à une meilleure qualité de vie et doivent nécessairement être considérés comme le nec plus ultra, la crème de la crème, des citoyens et des citoyennes.

    Le médecin : un paresseux; le professeur : un incompétent.
    Ah! mais l'homme d'affaires : l'élite. L'élite, je vous dis, foi de Legault, Sirois et Delteil.

  • Le prince du Nord - Inscrit 13 décembre 2011 07 h 25

    Un petit détail

    Mr St-Germain.
    Malheureusement ce sont les parents d'élèves, les mêmes qui délèguent leurs responsabilités aux professeurs qui vont aller voter en bloc pour le parti de Mr Legault. Les mêmes parents qui ne votent pas aux élections scolaires, les mêmes parents qui s'intéressent très peu aux résultats académiques et qui se vautrent soir après soir devant la télé...

  • Gilles Bousquet - Inscrit 13 décembre 2011 08 h 22

    Le Québec dans le trou

    M. Desjardins l'a filmé, le Québec dans le trou...trou story. Le Québec n'est pas seulement dans le trou avec ses richesses naturelles mais avec la santé et l'éducation et les finances et le français et la culture et...

    C'est la raison qui donne de bons résultats d'intentions de votes, à la CAQ, dans les sondages. La constitution arrive en dernière place dans la liste de priorités québécoises.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 13 décembre 2011 08 h 29

    Les mots

    Je lis: compétition malsaine, falsification des résultats, individualisme exacerbé, abandon: jugements péremptoires, tous fondés sur l'opinion plutôt que des faits.
    Je qualifierais votre texte de pensée courte, qui exclut tout débat. Curieuse pédagogie.