Écarter le corporatisme et consulter les acteurs du milieu scolaire pour mieux protéger le public

Monsieur Jean Paul Dutrisac, président du bureau de l'Office des professions du Québec (OPQ),

Depuis maintenant près de deux ans, l'OPQ travaille à l'élaboration d'un guide explicatif du projet de loi 21. Cette loi, adoptée en juin 2009, a modifié le Code des professions dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines et attribué des actes réservés à diverses professions, dont certaines sont présentes dans le réseau de l'éducation. Ceux d'entre nous qui ont été consultés se sont inquiétés du peu d'attention apportée à la réalité du milieu de l'éducation dans les travaux préparatoires à l'adoption de la loi. L'Office des professions les avait à l'époque rassurés en annonçant la préparation de ce guide.

Or, force est maintenant de constater que les craintes éprouvées alors semblent se concrétiser, puisque la version actuelle du guide considère les troubles d'apprentissage, dont la dyslexie, comme des troubles mentaux. Ce faisant, nous croyons que le guide contribue à médicaliser le milieu de l'éducation et pourrait causer d'importants préjudices aux personnes qui ont un trouble d'apprentissage, en leur faisant porter l'étiquette de «trouble mental» pour le reste de leur vie. Ces orientations auraient aussi pour conséquence de compromettre l'essentielle collaboration des parents, qui seront très réticents à faire évaluer leur enfant si celui-ci risque un tel étiquetage

Le réseau scolaire travaille d'arrache-pied depuis plus de dix ans pour s'assurer que l'attribution des services éducatifs ne soit pas tributaire d'une approche médicale et catégorielle qui a été rejetée en raison de son échec. L'approche basée sur les besoins et les capacités des jeunes, et qui permet de leur accorder rapidement des services, est considérée comme un gage de succès et doit demeurer afin d'assurer la réussite de tous les élèves.

La problématique que nous soulevons aujourd'hui découle du manque flagrant de consultation des acteurs du milieu scolaire et semble témoigner d'une approche plus axée sur le corporatisme que sur la protection du public. Alors que le projet de loi 21 vise à protéger les personnes vulnérables de préjudices graves, le fait de considérer les troubles d'apprentissage parmi les troubles mentaux pourrait justement avoir l'effet inverse.

Par conséquent, nous demandons que le guide explicatif du projet de loi 21 soit revu avant son adoption. Pour ce faire, nous proposons à l'OPQ de retirer les troubles d'apprentissage de ce guide, y compris les troubles de la lecture (dyslexie) et de l'écriture (dysorthographie), et qu'un travail de collaboration avec les partenaires de l'éducation soit mis en place afin que ces derniers participent à l'élaboration d'un scénario qui puisse assurer la protection des personnes ayant un trouble d'apprentissage et la réponse à leurs besoins.

À défaut de ce faire, les risques sont grands que des jeunes et des adultes vivent un parcours scolaire et citoyen encore plus difficile, puisqu'ils seront associés à une étiquette de trouble mental.

***

Ont signé ce texte:

Lucie Demers, présidente
Association des cadres scolaires du Québec (ACSQ)

Serge Pelletier, président
Association des directeurs généraux des commissions scolaires du Québec (ADIGECS)

Gaétan Neault, président
Association montréalaise des directions d'établissement scolaire (AMDES)

Édith-Kathie Ayotte, présidente
Association des orthopédagogues du Québec (ADOQ)

Jean-Louis Tousignant, président
Association québécoise des troubles d'apprentissage (AQETA)

Danielle Boucher, présidente
Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE)

Louise Chabot, première vice-présidente
Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

Gaston Rioux, président
Fédération des comités de parents du Québec

Josée Bouchard, présidente
Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ)

Jean Falardeau, président
Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec (FPPE-CSQ)

Catherine Beauchamp, doyenne, École des sciences de l'éducation
Université Bishop

Richard Schmid, directeur, Département des sciences de l'éducation
Université Concordia

Colette Deaudelin, doyenne, Faculté des sciences de l'éducation
Université de Sherbrooke

Monique Brodeur, doyenne, Faculté des sciences de l'éducation
Université du Québec à Montréal

Line Laplante, professeure, experte en dyslexie
Université du Québec à Montréal

Julien Prud'homme, professeur associé
Université du Québec à Montréal

Céline Saint-Pierre, professeure émérite de sociologie
Université du Québec à Montréal

Léon Harvey, directeur, Unité départementale des sciences de l'éducation
Université du Québec à Rimouski

Jean-Claude Huot, directeur, Unité départementale des sciences de l'éducation à Lévis Université du Québec à Rimouski

Corneille Kazadi, directeur, Département des sciences de l'éducation
Université du Québec à Trois-Rivières

Réal Bergeron et Raymond-P. Hébert, directeurs de l'UER des sciences de l'éducation, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

Francine Sinclair, directrice, Département des sciences de l'éducation
Université du Québec en Outaouais

À voir en vidéo