La réplique › santé - La maladie mentale qui fait peur

Mesdames et messieurs les représentants de personnes souffrant d'une maladie mentale et de leurs proches, comment se fait-il qu'au Québec, alors que l'on parle de lutte contre les préjugés et la stigmatisation dans les colloques où nombre de représentants de vos organismes demandent aux médias de faire attention à la manière de véhiculer les informations concernant la maladie mentale, comment se fait-il donc que je tombe sur une affiche publicitaire inacceptable dans un CLSC, réalisée et distribuée sous les consignes de la FFAPAMM, sans qu'aucune association représentant les usagers souffrant de maladie mentale et sans que le réseau de la santé et des services sociaux ne s'y opposent?

Il n'y a pas à dire, l'affiche en question ayant pour slogan «Sa maladie mentale va me rendre fou» n'a rien d'une oeuvre pour lutter contre les préjugés, pour réduire la peur en ce qui concerne la maladie mentale, pour réduire la stigmatisation. Bien au contraire, le slogan a été utilisé pour pimenter une publicité, en prenant une facette d'une situation pour l'exploiter, voire l'amplifier, afin de la rendre spectaculaire (slogan-choc), afin de quoi... venir en aide aux proches? Et on croit que cela va les aider dans leur relation avec leur enfant malade au détriment de ce dernier? On trouve cela génial?

Une affiche cruelle

Que se passe-t-il dans notre belle nation? Chose certaine, il y a des fonctionnaires et des employés qui sont trop confortables ou qui dorment. Il y a des associations qui représentent les usagers, subventionnées par le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui manquent de vigilance et qui ne font pas leur boulot.

Et vous, organismes qui représentent les proches, je considère que vous dépendez trop de la FFAPAMM puisque vous en êtes rendus à vous laisser imposer la diffusion d'une telle affiche! Vous jouez à l'oeuf et la poule: qu'est-ce qui est à l'origine de la folie (de la maladie mentale), est-ce à présent le malade lui-même?

Comment se fait-il que ce soit moi, un utilisateur de services en santé mentale, qui dois m'afficher devant les médias, pour dire: «C'est assez! Enlevez-moi cette affiche de ma vue et enlevez-la de vos sites Internet! C'est cruel!»

Imaginez un instant...

Comment se fait-il qu'une ressource en santé mentale, composée de gestionnaires et surtout, de psychologues, ait pu réaliser une affiche ayant pour thème «Sa maladie mentale va me rendre fou!»? Imaginez le jeune suicidaire qui voit ses parents répondre à cette annonce pour aller chercher du soutien! Il est fort probable que cet enfant va passer à l'acte avant que ses parents craquent ou reviennent d'une visite dans votre organisme! Il doit se sentir vraiment coupable de risquer de vous rendre fou! La personne aux prises avec sa maladie mentale a assez de sa souffrance.

Doit-on toujours s'engager personnellement pour assurer une vigilance, même si, et surtout lorsque plus rien ne va plus dans notre vie? Et quand on s'engage, devons-nous faire profil bas pour ne pas nuire aux bonnes «affaires» avec les soi-disant «partenaires» du réseau qui travaillent en silo?

Je suis vraiment indigné de voir que, malgré les années, malgré les colloques, malgré les ouvrages sur la stigmatisation, on en est toujours rendu à la case départ: la maladie mentale, ça fait peur!

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Robert Labrosse - Mont-Saint-Hilaire
26 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 1 décembre 2011 06 h 54

    Je vous pardonne car je ne peux juger de vos peurs

    Monsieur voulez vous S.V.P.cesser votre chasse aux sorciers, en voulant denoncer, vous renforcez ce qui vous fait peur
    Monsieur cette affiche voulait seulement nommer ce que vivent certains aidants
    Si vous y voyez le mal , penser seulement a l'adage qui dit: malheur a celui qui mal y pense
    Ne soyez pas bigot, nous n'en sommes plus la et dieu merci

  • Michele - Inscrite 1 décembre 2011 08 h 14

    La mise en marché des maladies mentales

    On assiste carrément à une épidémie des symptômes de toutes sortes et bien entendu à la médicamentation et une explosion des services dans le domaine de la santé mentale.

    Les compagnies pharmaceutiques auraient-elles flairées la bonne affaire, ici? Qui est derrière ce virage vers la santé mentale? Peut-on vraiment parler de santé si cela équivaut à médicamenter des comportements qui ont toujours jusqu'à présent été tolérés?

  • Marc Provencher - Inscrit 1 décembre 2011 08 h 35

    Ce n'est pas la bonne question

    « Qui est derrière ce virage vers la santé mentale? »

    Sans exclure que la question "qui" puisse aussi se poser, je pense que la question qui permet le mieux de remonter en amont - donc à la racine du problème - serait plutôt la question : "qu'est-ce que".

    Comme dans : qu'est-ce qui se passe dans ce domaine de la pensée scientifique ? Qu'est-ce qui explique que la définition (implicite) de la normalité devient chaque jour plus étroite, de plus en plus bornée ? Qu'est-ce que cette rhétorique qui prétend d'une part lutter contre la "stigmatisation" de la maladie mentale, mais pour mieux étendre la maladie mentale à tout un chacun ?

    Que l'inquiétant phénomène puisse profiter aux pharmas, c'est évident, citoyen ou citoyenne Michele. Mais ce dont nous aurions encore plus besoin ici, c'est quelque chose comme l'épistémologie et l'histoire des idées. Depuis leur ignoble explosion dans la seconde moitié du XIXème siècle et les déaâmantes conséquences sur la première moitié du XXème, sommes-nous aujourd'hui bien équipés pour repérer des pseudosciences ?

    Je pense à la multiplication des diagnostics de soi-disant troubles mentaux chez les enfants, je pense à la neurobiologisation de la psychologie et son impact chimique sur les écoles.

    En tout cas, quelqu'un de plus instruit et intelligent que moi devrait se hâter de reconstituer la bataille entre le philosophe Benedetto Croce et le scientisme positiviste, quelque part entre 1890 et 1920...

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 1 décembre 2011 10 h 43

    Je vous approuve entièrement, M. Labrosse

    Pour avoir fréquenté et travaillé dans des ressources en santé mentale alternatives, je peux dire qu'une pub pourrait tout aussi bien affirmer "Les problèmes moraux ou de dépendance, les déviances sexuelles de mes parents me rendent fou", que ce serait tout aussi vrai, mais gageons qu'elle soulèverait un tollé et serait retirée. Peut-être même qu'elle n'aurait jamais été affichée ou... proposée.

    Mais les gens souffrant de problèmes d'ordre mental sont toujours mal vus et les pubs coup de poingt sont tellement à la mode que faire appel à l'intelligence, à la sensibilité est hors de question: il faut choquer, provoquer.

  • Sebastien Auger - Inscrit 1 décembre 2011 11 h 19

    Réaction à monsieur Paquette

    Monsieur Paquette, ce que vous appelez une "chasse aux sorciers" dans le commentaire de monsieur Labrosse est pour moi l'exercice de la démocratie, une valeur déterminante dans l'approche du rétablissement et de l'empowerment. Loin de moi l'idée de faire le procès de la FFAPAMM. Je suis persuadé que les instigateurs de l'affiche n'avaient que de bonnes visées. Mais parfois, lorsque nous sommes matures, il faut se questionner sur la cohérence de nos message sans tomber en guerre. Seriez-vous plus à l'aise si on inversait le message de l'affiche? ça donnerait quelque chose comme "Sa folie est à l'origine de ma maladie mentale". Un tel message serait inadmissible. Que se passe-t-il au fond? L'affiche a blessé quelqun. Et s'il en a blessé un, peut-être en a-t-il blessé d'autres? Est-ce que nous sommes capable de les écouter. Je suis désolé de voir des réactions invalidantes. La colère de monsieur Labrosse est réelle, peut-on la reconnaitre justement? Je me demande si quelqun, quelque part, sera assez grand pour valider l'émotion de monsieur Labrosse, lui offrir des excuses, et de clarifier l'intension de l'affiche?