Journée mondiale de la lutte contre le VIH/sida - À l'aube d'une autre victoire

La Cour suprême du Canada a jugé en septembre dernier que le centre d’injection de drogue supervisée Insite, situé à Vancouver, pouvait continuer ses activités.<br />
Photo: Agence Reuters Andy Clark La Cour suprême du Canada a jugé en septembre dernier que le centre d’injection de drogue supervisée Insite, situé à Vancouver, pouvait continuer ses activités.

En cette journée du 1er décembre, alors que seront célébrées les grandes avancées réalisées depuis les premiers cas rapportés du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), il y a 30 ans déjà, Médecins du monde Canada souhaite rappeler que plusieurs populations demeurent encore fortement touchées par le VIH/sida, a fortiori en raison des préjugés et de la marginalisation qui y sont associés.

Certes, les pays en développement demeurent démesurément frappés par l'épidémie avec une prévalence pouvant aller jusqu'à 25,9 % de la population adulte dans un pays comme le Swaziland, mais il faut rappeler que le VIH/sida est aussi présent chez nous. Derrière le chiffre fort enviable de 0,3 % de la population canadienne adulte atteinte se cachent des sous-groupes de populations hautement touchés par la maladie. Ce sont ces populations, vulnérables et oubliées, que des organisations comme Médecins du monde tentent de rejoindre depuis des années.

Données alarmantes

Au Québec, le projet local de Médecins du monde Canada permet d'offrir de l'assistance médicale à des travailleuses du sexe, des itinérants, des autochtones, des utilisateurs de drogues injectables (UDI), autant de populations hautement marginalisées et défavorisées pour lesquelles le réseau de la santé offre actuellement des services bien incomplets.

Parmi les enjeux rencontrés, c'est de celui des utilisateurs de drogues injectables dont Médecins du monde Canada veut aujourd'hui témoigner, afin que les récents démêlés judiciaires entourant la pérennité du site d'injection supervisée d'Insite à Vancouver puissent servir de véritable tremplin vers un réel droit à la santé pour l'ensemble des UDI.

En matière de santé publique, les données sont alarmantes et doivent nous interpeller. À Montréal comme dans le monde, c'est un UDI sur cinq qui est infecté par le VIH. Le fait d'être un UDI prédispose à de multiples problèmes de santé; mentionnons au passage que 68 % des UDI montréalais ont contracté l'hépatite C.

Interventions insuffisantes

Médecins du monde déplore le peu de services adaptés mis de l'avant. Pourtant, bon nombre d'interventions ont démontré leur efficacité à venir en aide aux UDI. En effet, devant l'incapacité de la répression et de la judiciarisation à enrayer la problématique de la consommation de drogue, l'approche de réduction des méfaits est venue apporter une réponse pragmatique et humaniste aux problématiques des UDI. Cette approche inclut des interventions comme la distribution de matériel stérile d'injection, la thérapie de maintien à la méthadone et les services d'injection supervisée (SIS) de drogue.

Toutefois, ces interventions sont déployées de façon insuffisante. À titre d'exemple, alors que l'on estime à 15 millions le nombre d'injections de drogues effectuées chaque année à Montréal, il y a moins qu'un million de seringues stériles distribuées annuellement. Le constat est le même pour les traitements à long terme de la dépendance aux opioïdes: plusieurs UDI souhaiteraient bénéficier d'un traitement, mais n'y ont pas accès faute de places disponibles.

Jugement inspirant

Heureusement, le 30 septembre dernier, la Cour suprême du Canada a reconnu que la toxicomanie constitue une maladie, que les UDI sont des citoyens ayant les mêmes droits que tous les Canadiens et que ces droits ont préséance sur les jugements moraux et de valeur. On se rappelle que le premier ministre Harper refusait de renouveler l'exemption à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances qui permettait à Insite de Vancouver d'oeuvrer légalement depuis 2003 à titre de premier site d'injection supervisée de drogue pour les UDI du Canada.

La Cour suprême a statué que «[la décision du premier ministre de ne pas accorder à Insite une exemption] est aussi exagérément disproportionnée: au cours de ses huit années d'activités, il est démontré qu'Insite a sauvé des vies, sans avoir aucune incidence négative observable sur les objectifs du Canada en matière de sécurité et de santé publiques».

En dehors de l'expérience canadienne, les SIS existent dans le monde depuis 1986 et l'on en trouve plus de 90 reconnus officiellement, répartis dans plusieurs pays d'Europe (Suisse, Pays-Bas, Allemagne, Espagne, Luxembourg, Norvège) et en Australie. Partout où ils existent, les SIS ont démontré depuis plusieurs années qu'ils contribuent à améliorer l'état de santé des UDI et à réduire l'impact de la consommation de drogue par injection sur l'ordre public. La décision de la Cour suprême vient clarifier la faisabilité légale des SIS au Québec, comme partout ailleurs au Canada. Moins d'un mois après le jugement de la Cour suprême, le ministre de la Santé du Québec a d'ailleurs signifié son appui à l'implantation éventuelle de SIS au Québec.

En cette Journée mondiale du sida, Médecins du monde Canada souhaite que les préjugés envers les UDI ne l'emportent pas sur le droit à la santé et sur les interventions de réduction des méfaits ayant fait leurs preuves. Nous saluons le jugement de la Cour suprême et nous nous engageons à soutenir l'implantation harmonieuse des services d'injection supervisée au Québec.

***

Marie-Ève Goyer et Nicolas Bergeron - Respectivement membre et président du conseil d'administration de Médecins du monde Canada
1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 1 décembre 2011 07 h 15

    Un peu d'empathie n'est jamais de trop

    Il y a tellement de causes à la marginalisation que l’on en vient à ne plus savoir comment l’aborder
    La marginalisation n’est pas une maladie mais un amalgame de fatalité
    Je crois que dans un pays civilisé (socialisé) que les marginaux doivent être identifiés et protégés, que les causes à la marginalisation doivent être analysés et connus
    Que les sociétés modernes ont la responsabilité de les protéger, que la société ne doit pas en ajouter, qu’en générale, ces gens ont connus suffisamment de malheurs comme ca et que dans les mèmes situations, nous ne ferions pas beaucoup mieux