Journée internationale des droits de l'enfant - Cette enfance encore maltraitée

«Négliger les enfants, c’est nous détruire nous-même», écrivait Paul Auster dans Léviathan.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Négliger les enfants, c’est nous détruire nous-même», écrivait Paul Auster dans Léviathan.

Demain marquera la Journée mondiale de l'enfance. Cette journée, trop souvent passée sous silence, est le meilleur moment pour remettre à l'avant-plan le fait que tous les enfants ont des droits et qu'il est de notre responsabilité, à nous les adultes, de les faire respecter.

En 2011, cette date marque le 52e anniversaire de l'adoption de la Déclaration des droits de l'enfant et le 22e anniversaire de la signature de la Convention relative au droit de l'enfant par 191 pays membres de l'Organisation des Nations unies. Par cette convention, les signataires reconnaissent que chaque enfant, en venant au monde, a le droit d'être aimé, protégé, soigné, logé et nourri. À cela, il convient d'ajouter que s'amuser, s'exprimer et apprendre dans des conditions adéquates, peu importe la situation sociale, culturelle ou économique dans laquelle il évolue, font aussi partie des besoins essentiels.

Pourquoi parler des droits de l'enfant?


«L'humanité se doit de donner à l'enfant le meilleur d'elle-même.» Ces quelques mots issus du préambule de la Déclaration des droits de l'enfant sont nécessaires pour rappeler que les enfants sont ce que nous avons de plus précieux pour assurer l'avenir.

Le droit fondamental de manger sainement et à sa faim n'est pas encore une réalité pour tous les enfants et nous sommes convaincus que cette responsabilité doit être assumée collectivement. Nous croyons que chaque enfant, qu'il soit un fils, une nièce ou un petit voisin d'en face, est un individu à part entière en plein développement qui a besoin du soutien, de la présence et de l'implication d'adultes attentionnés et engagés pour pouvoir mieux grandir.

Malgré les efforts consentis ces dernières années, il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour remplir nos devoirs. La violence faite aux enfants, la mortalité infantile et la malnutrition sont encore monnaie courante chez nous. Le travail à faire pour les enrayer demeure colossal.

Apprendre le ventre vide


Au Canada, beaucoup d'enfants prennent encore le chemin de l'école le ventre vide. Les Clubs des petits déjeuners du Québec et du Canada ont pour objectif de permettre à un nombre grandissant d'enfants de recevoir deux éléments essentiels pour apprendre: un petit déjeuner nutritif et un climat nourrissant. Au cours de l'année scolaire 2010-2011, les Clubs ont servi six millions de petits-déjeuners à près de 110 000 enfants. Pour le Québec seulement, ce sont 2 500 000 petits-déjeuners à 18 000 petits Québécois qui ont été offerts pour la même période. Combien de familles aux prises avec des réalités complexes (monoparentalité, pauvreté, conciliation travail-famille difficile, éloignement important du lieu de travail, etc.) aimeraient pouvoir compter sur le soutien de la collectivité pour les aider?

Selon le Rapport 2010 sur la pauvreté des enfants et des familles au Canada: 1989-2010, un enfant sur dix — soit environ 610 000 petits Canadiens — et leurs familles vivaient dans une situation de pauvreté avant le début de la récession. La situation n'est pas susceptible de s'améliorer avant la reprise complète.

Nous ne le dirons jamais suffisamment: le petit déjeuner est une clé importante dans le processus d'apprentissage et de la réussite scolaire. [...]

Profil nutritionnel

L'amélioration du profil nutritionnel entre également en ligne de compte. En effet, des études récentes tendent à conclure que les enfants et les adolescents qui sautent le premier repas de la journée sont susceptibles d'avoir un indice de masse corporelle plus élevé et courent jusqu'à deux fois plus de risques de présenter un surplus de poids que ceux qui mangent chaque matin.

Ces informations s'appliquent également aux adultes qui sont eux aussi fort nombreux à négliger le déjeuner dans leur routine matinale. L'étude Tracking nutrition trends VII préparée par le Conseil canadien des aliments et de la nutrition indique d'ailleurs que moins des deux tiers des Canadiens prennent quotidiennement un petit-déjeuner (58 %) ou même le repas du midi (62 %).

Comment améliorer la situation?


C'est dans l'engagement et la coopération que réside la clé du progrès. Briser le cercle de la pauvreté, action par action, décision par décision, chacun à sa manière, est la seule avenue envisageable. Cela peut se faire de plusieurs manières.

En nous impliquant. En nous assurant que les membres de notre famille proche et éloignée prennent un petit-déjeuner nutritif, en donnant du temps, en faisant un don, en offrant notre aide à des familles de notre entourage qui en ont besoin, en refusant, tout simplement, de fermer les yeux sur la situation des enfants dont les droits sont négligés ou bafoués.

Les possibilités de partenariats et d'associations sont nombreuses et il faut encourager tous les intervenants de la société — les individus, les entreprises, les organismes à but non lucratif, les autorités locales et nationales, etc. — à combiner leurs efforts pour améliorer ces situations déplorables. [...] Ce qui compte par-dessus tout, c'est que ce type de partenariat trouve une résonance dans la société et que ce modèle d'engagement lucide et équilibré se multiplie au cours des prochains mois pour le bien-être de nos enfants.

«Négliger les enfants, c'est nous détruire nous-mêmes. Nous n'existons dans le présent que dans la mesure où nous avons foi dans le futur», écrivait Paul Auster dans Léviathan. Or le futur commence aujourd'hui.

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Daniel Germain - Président fondateur du Club des petits déjeuners du Québec et de Clubs des petits déjeuners du Canada et Anita Jarjour - Vice-présidente aux affaires publiques chez Danone au Canada

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