La réplique › développement universitaire - À propos des cerveaux et des entreprises

Le 5 octobre dernier, j'ai participé aux Rendez-vous du savoir, organisés par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). Faisant partie d'un panel d'universitaires et de gens d'affaires, j'ai notamment tenu ces propos: «Les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises.» Depuis, cette citation a ressurgi à au moins trois occasions dans Le Devoir, dans des articles et textes d'opinion, comme une preuve de l'instrumentation galopante des universités.

D'abord, je remercie celles et ceux qui ont saisi cette occasion de défendre l'autonomie des universités. Nous sommes dans le même camp; mais de grâce, faisons attention aux raccourcis.

Besoins des entreprises

Lorsque j'étais jeune, bien peu de gens allaient à l'université. Et ceux qui y allaient devenaient soit médecins, comme moi, ou faisaient carrière à l'université, qui portait assez bien, à cette époque, son étiquette de tour d'ivoire.

Aujourd'hui, sur 100 enfants qui entrent à l'école, 40 iront à l'université et 3 iront jusqu'à entreprendre des études de doctorat. Plus de 99 % de nos étudiants vont gagner leur vie à l'extérieur de l'université et donc, pour le plus grand nombre d'entre eux, en entreprise. Alors tant mieux si la formation qu'on leur offre peut lancer leur carrière! En cela, je réitère que les cerveaux doivent répondre aux besoins des entreprises. Mais de la même manière, on aurait pu dire pour d'autres domaines d'études que les cerveaux doivent répondre aux besoins des patients ou aux besoins des enfants.

Des chercheurs au sommet

L'Université de Montréal est une université publique, ce qui n'est surtout pas un déshonneur. Et une université publique, c'est aussi une université «utile». Ce n'est pas avilir la connaissance que de vouloir qu'elle guérisse des malades ou qu'elle permette la mise au point d'autos non polluantes. Pour moi, une université publique, c'est une université qui est capable d'être l'interlocuteur de toutes les forces de la société.

Nous discutons avec les entreprises? Certainement. Nous discutons aussi avec les gouvernements. Avec d'autres universités à travers le monde. Et j'aimerais qu'on discute davantage avec des organismes culturels, avec des groupes communautaires. Je voudrais l'université comme un lieu de rencontre de tous les courants. Car comme le disent certains, l'université est de nos jours, et de plus en plus, une multiversité.

L'UdeM est la 3e université au Canada et la première au Québec au chapitre de la recherche. Dans d'innombrables domaines allant des sciences de la vie aux sciences sociales, nos chercheurs sont au sommet. Ils font notre fierté et ils repoussent les frontières de la connaissance autant dans la recherche fondamentale que dans la recherche appliquée. Or, en matière de recherche, les fonds des organismes subventionnaires sont distribués par des jurys formés de représentants de plusieurs universités. Les gouvernements ne s'en mêlent pas. Les entreprises non plus.

Une société différente

Nous protégeons l'autonomie universitaire.
Nous vivons une époque de changements très intenses. De multiples phénomènes interagissent. L'émergence de la conscience environnementale, le vieillissement de la population, le redéploiement de l'économie mondiale, des révolutions politiques, un développement technologique effréné, voilà quelques-unes des manifestations annonciatrices d'une société différente.

Dans ce contexte, nos universités sont appelées à jouer un rôle encore plus important pour anticiper et apprivoiser ce changement. À travers tout ceci, elles sont appelées à évoluer, à s'ouvrir davantage à leur communauté, et ce mouvement ne se fait pas au détriment de leur autonomie, mais simplement au bénéfice de la société.

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Guy Breton - Recteur de l’Université de Montréal

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