Hommage à Gilles Vigneault - Pour tenir le mât, le «poète du pays»

Fred Pellerin<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Fred Pellerin

C'tait un matin y'a pas longtemps, j'étais en studio pour enregistrer un duo avec Vigneault. C'était: «Je m'ennuie des mélodies qui mettaient mes yeux dans l'eau, je m'ennuie de ton ennui.» Gilles Vigneault. On se croise que'ques fois depuis que'que temps. Des fois, c'est pour des projets, des fois c'est pour presque rien. Mais quand même, un privilège et un honneur, de pouvoir se colletailler sur la légende vivante.

Faque, c'était un matin, y'a pas longtemps. «Je m'ennuie, de ton ennui.» Pis y'est arrivé Vigneault, avec des muffins qui étaient encore chauds, les bras chargés des journaux du matin. Pis si y'avait des pépites dans les gâteaux m'a vous dire, y'avait surtout des noyaux dans les nouvelles.

Vigneault, y m'a dit: «On veut un drapeau, mais on n'a pas encore de mât. Y faudrait se faire un mât.» Ça c'était la revue de presse d'un jour de semaine dans la bouche de Vigneault. Lui, le grand poète du pays, celui qui chante encore, à l'âge respectable. Qui trouve encore à donner pis qui dépasse comme si ses mélodies avaient de la frange. C'est du surplus qui va brasser jusqu'à l'espoir, jusqu'au projet social, dans l'au-delà de la poésie, pour en faire de la force.

Je l'avais entendu dire une fois — il parlait d'idéal — y'avait dit que les poètes trouvaient à dire dans le monde où ils vivaient, pis que si l'idéal se pointait la face, il se trouverait un moment, un p'tit boutte où s'qu'on saurait plus quoi chanter, parce que ça ferait l'impression qu'on a réussi. Ben, le temps passe, pis y chante encore. Pis on chante encore. Pis dans toutes les noirceurs, ça permet de se dire qu'il y a peut-être encore une brèche pour rêver.

Aujourd'hui, ami Vigneault, chante encore! Y faut chanter plus que jamais! On a besoin d'un Nord, d'une aiguille, d'un exemple, on a besoin d'un homme-phare, montre-nous le chemin que tu connais, dis-nous que ça s'peut de changer un boutte du monde avec les chansons, sinon d'en panser un peu les noirceurs. Je t'entendais encore y'a que'ques jours. C'était cité: «L'idéal, quand il est porté par une seule personne, il se rend jamais ben loin. Il faut que l'idéal devienne collectif pour avoir de l'avenir.»

Y faut se faire un mât, Vigneault? On va se faire un mât lustré. Chante encore. Je te promets qu'on va répondre en choeur.

***

Fred Pellerin - Conteur et scénariste

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21 commentaires
  • Michel Gélinas - Abonné 1 novembre 2011 05 h 59

    Pellerin au Panthéon des grands

    Avec cet instant de grâce télévisuelle, le poète de Saint-Élie-de-Caxton aura donné à beaucoup de ces "gens du pays" le goût de revenir à la table à dessin pour reprendre l'élaboration d'un Plan de pays! Ce mât, il nous faut le construire tout de suite et, collectivement, mettre fin aux divisions

    Merci Fred, merci et bravo M. Vigneault,

    M. Gélinas
    Québec

  • André-Jean Bordeleau - Abonné 1 novembre 2011 08 h 09

    Une bonne relève que ce Fred !

    Le cheminement de Fred est certainement lié à ce maître qu'est Vigneault. Il ne cesse de rayonner partout au Québec, au Canada et ailleurs.
    Avec son imagerie fantastique il rejoint les jeunes et les moins jeunes. Même si son vocabulaire n'a pas la rigueur du Grand Poète qu'est Vigneault, le message de Fred est en train de creuser le trou pour planter le mât...comme il dit. Il sème l'espérance et avec les artistes porteurs de culture, ensemble ils soulèveront le mât et le drapeau de notre différence et fierté.
    Bravo Fred !

  • Pierre Marcotte - Inscrit 1 novembre 2011 08 h 14

    Merci Fred. Merci M. Vigneault

    Ça a été long, mais j'ai compris. Quand j'avais 16 ans, je n'aimais pas tellement la musique de Vigneault. Je me suis réveillé un matin avec "La danse à St-Dilon" dans la tête. Je me suis rendu compte que je ne connaissais que la première strophe. Et elle était tenace. Je me suis procuré un album compilation, histoire d'avoir une sélection varié de ses chansons.
    Est-ce la maturité ? Est-ce l'âge ? Est-ce la nostalgie ? Est-ce la rapprochement des générations ? Reste que plusieurs de ses oeuvres musicales m'ont parlées. Je connecte avec les mélodies cinquantenaires de Vigneault plus que bien des airs radiophoniques modernes.

    Nul homme ne peut être "un mât" à lui tout seul. M. Vigneault a grandement contribué, par contre, à la fondation, à l'ancrage.

    Merci encore, M. Vigneault. Vous avez tout mon respect et mon amitié.

  • Manon G - Abonnée 1 novembre 2011 08 h 21

    Magnifique hommage!

    Fallait l'entendre en direct, dimanche soir : une brèche poétique s'est ouverte soudain au coeur du Gala de l'Adisq. Touchant. À la hauteur de cet artiste, poète, humain extraordinaire qu'est Gilles Vigneault.

  • Yvon Bureau - Abonné 1 novembre 2011 09 h 29

    Mature

    Lorsque le Québec sera assez MATure...

    MERCI à Fred et à Gilles. Quelles personnes et quels personnages !

    Que le Québec est chanceux de vous avoir, pour plus être.