Formation des maîtres en histoire - Des clarifications s’imposent

Depuis trois semaines, le débat est à nouveau reparti dans la communauté historienne au sujet, notamment, de la formation des maîtres pour les futurs enseignants d’histoire au secondaire. Dans son article récent publié dans Le Devoir, Jocelyn Létourneau écrivait «que rien ne permet de croire que les enseignants d’aujourd’hui, en classe, sont moins compétents que ceux d’hier».

Pourtant, les résultats préliminaires de l’enquête-sondage que nous menons actuellement auprès des enseignants du secondaire (200 enseignants jusqu’à présent) tendent à démontrer le contraire. Plusieurs enseignants nous ont écrit dans leurs commentaires que les plus jeunes d’entre eux arrivent dans les écoles avec des lacunes importantes au niveau de leurs connaissances historiques. En outre, plusieurs jeunes enseignants eux-mêmes nous ont répondu qu’ils auraient souhaité avoir davantage de cours d’histoire dans leur formation universitaire de quatre ans, ajoutant que plusieurs des cours suivis étaient très loin de la réalité vécue dans une classe du secondaire et que certains cours de pédagogie ne leur avaient pas servi à grand-chose.

Qu’on nous comprenne bien: notre but n’est pas de blâmer les jeunes enseignants qui n’ont eu d’autre choix que de suivre cette formation universitaire de quatre ans davantage axée sur la pédagogie que sur la discipline historique.

Géographie et histoire


Par ailleurs, ce que plusieurs intervenants dans le débat ont oublié de dire, dont les historiens Éric Bédard et Robert Comeau, c’est que depuis 1994, en plus d’avoir plus de cours en pédagogie, les futurs enseignants d’histoire sont contraints de suivre une dizaine de cours en géographie, car le baccalauréat en enseignement en univers social est bidisciplinaire depuis 1994.

Par conséquent, les futurs enseignants n’ont pas le choix, ils ne peuvent plus choisir entre un baccalauréat en enseignement de l’histoire ou un baccalauréat en enseignement de la géographie, comme c’était le cas avant 1994. Ils doivent, souvent bien malgré eux, se former dans deux matières. Cela a contribué à diminuer considérablement le nombre de cours en histoire dans leur formation. [...]

Il ne faut pas se leurrer; ces baccalauréats bidisciplinaires ont été créés afin de rendre les enseignants plus malléables dans des écoles secondaires où plusieurs directions d’écoles souhaitaient avoir sous la main des enseignants pouvant enseigner plus d’une matière et pouvant ainsi combler plus facilement les cases de la grille-matière d’une école.

Nous sommes ainsi passés de l’ère des spécialistes au secondaire à l’ère des généralistes interchangeables. Par surprenant qu’on ait aboli le certificat en enseignement pour ceux qui détenaient une maîtrise en histoire et qui auraient peut-être voulu enseigner au secondaire! Quoi de plus embarrassant pour une direction d’école que d’être aux prises avec des enseignants souhaitant enseigner uniquement dans une matière, comme c’était souvent d’ailleurs le cas avant 1994. [...]

Plus de cours d’histoire


Que souhaitons-nous comme futurs enseignants? Des généralistes gestionnaires avant tout de classes particulièrement difficiles ou des enseignants solidement formés dans une seule matière qui les passionne réellement? [...]

En terminant, nous tenons à spécifier que 75 % des enseignants qui ont participé à notre enquête-sondage ont répondu oui à la question «souhaiteriez-vous que la formation des futurs enseignants en histoire comporte davantage de cours en histoire»? Monsieur Létourneau, avant de nous dire que nous faisons dans le «populisme intellectuel» et que nous sommes partis «en croisade», vous devriez peut-être prendre le pouls des enseignants et les écouter. C’est d’ailleurs ce que nous comptons faire avec cette enquête-sondage auprès d’eux. Nous les invitons d’ailleurs à continuer à nous faire parvenir leurs réponses et leurs commentaires que nous respecterons.

Finalement, nous souhaitons préciser que le mandat de la Coalition pour l’histoire est de «promouvoir l’enseignement de l’histoire à tous les ordres d’enseignement pour permettre aux jeunes Québécois de toutes origines d’acquérir une meilleure connaissance de l’histoire du Québec, du Canada et de l’histoire du monde occidental et non occidental» et non de faire la promotion de l’histoire nationale de manière partisane.

Enfin, si nous avons décidé de créer une nouvelle Coalition pour l’histoire en 2009, c’est que nous étions soucieux des problématiques que vivent à tous les jours les enseignants d’histoire dans les écoles secondaires et que malheureusement peu d’organismes s’engagent à solutionner.


Josiane Lavallée, Cofondatrice de la Coalition pour l’histoire et responsable de la recherche au secondaire

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