La ridicule «théorie du complot» du professeur Létourneau

Dans un texte publié dans Le Devoir du 20 octobre, Jocelyn Létourneau, titulaire d’une Chaire du Canada à l’Université Laval, se livre à une virulente dénonciation du rapport du professeur Éric Bédard intitulé Enseignement et recherche universitaires au Québec: l’histoire nationale négligée rendu public dernièrement. «Conception étroite et orientée de l’histoire politico-nationale», «vision simpliste», «demi-vérités», «populisme intellectuel», Jocelyn Létourneau ne trouve pas de mots assez durs pour qualifier cette étude.

Après une telle charge, on s’attendrait à ce que le professeur Létourneau oppose aux données et aux arguments de son collègue historien des données et des arguments scientifiques qui viennent contredire les résultats de la recherche, à savoir, pour l’essentiel, que les universités québécoises n’assument pas pleinement leur responsabilité à l’égard de notre histoire nationale et cela, dans l’offre de cours d’histoire aussi bien que dans la formation des maîtres et dans la recherche. Mais non! Pas une seule donnée contradictoire! Pas un seul argument documenté!

Une caricature

La preuve que la recherche ne vaut rien, explique le professeur Létourneau, c’est qu’elle a été réalisée par «un ancien président des jeunes péquistes» et, surtout, commanditée par la Fondation Lionel-Groulx, qu’il présente de façon ridiculement caricaturale comme une sorte de repaire de «nationalistes plus ou moins impétueux», partis «en croisade», citant en vrac, dans un amalgame plus que douteux, des noms d’individus et d’organismes associés de près ou de loin à la Fondation, oubliant soigneusement d’en citer de nombreux autres qui affaibliraient sa théorie du complot, discréditant les uns et les autres en réduisant leur identité à leurs seules convictions politiques ou à leur seul passé.

Pour ne donner qu’un exemple, Robert Comeau, vice-président de la Fondation Lionel-Groulx, porte-parole de la Coalition pour l’histoire, fondateur de l’Association québécoise d’histoire politique, directeur du Bulletin d’histoire politique et de la collection «Études québécoises» chez VLB éditeur, professeur associé à l’UQAM, qui a enseigné l’histoire pendant 40 ans et dirigé pas moins de 85 mémoires et thèses, se voit présenté par Jocelyn Létourneau comme «un ex-felquiste».

Rigueur et respect


Le procédé est tellement grossier, le manque de rigueur et la malhonnêteté intellectuelle à ce point affligeantes et indignes d’un universitaire, qu’on en demeure pantois. Si l’on suivait la «logique» de Jocelyn Létourneau, ne serions-nous pas amenés à invalider son enseignement, ses recherches et ses écrits sous le fallacieux  prétexte qu’il est lui-même un fédéraliste, qu’il bénéficie largement de subventions fédérales et que, de surcroît, il s’est vu décerner, en 2006, le Prix Trudeau par la Fondation Pierre-Elliot-Trudeau ?

Pour la Fondation Lionel-Groulx, son conseil d’administration et son comité d’historiens, le débat sur la place réservée à notre histoire nationale dans nos institutions d’enseignement est un débat important et sérieux, qui mérite d’être mené avec rigueur et respect, sans sombrer dans de tels enfantillages et de telles élucubrations.

Pierre Graveline, directeur général de la Fondation Lionel-Groulx.

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3 commentaires
  • Geoffroi - Inscrit 28 octobre 2011 15 h 47

    Voilà pourquoi ce "complot"! Le social c'est sa priorité!

    Informations complémenaires

    «...Il est chercheur principal au sein d'une Alliance de recherche université-communauté (ARUC), financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), sur le thème "Les Canadiens et leurs passés".

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jocelyn_Létour

    « Financés par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, l'Alliance de recherche universités-communautés en économie sociale (ARUC-ÉS)[!] et le Réseau québécois de recherche partenariale en économie sociale (RQRP-ÉS)[!], participent au développement des collectivités en réalisant des activités de réflexion, de recherche et de valorisation des connaissances en économie sociale[!], en partenariat avec les praticiens.»

    http://www.aruc-es.uqam.ca/Accueil/tabid/36/Defaul

    La vérité c'est que les bonzes de la "chapelle" sociale n'en veulent peut-être pas du national, pcq ce dernier est plus englobant. Et tout ça aux dépends de notre Histoire. Triste. Y a-t-il un pilote dans l'avion? Si c'est non, les représentants des contribuables doivent faire des choix.

    Svp parlez-vous. Beaucoup de traval pour la Fondation Lionel-Groulx,
    le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada et le Fonds de recherche du Québec - Société et culture (le mot histoire n'existe pas dans leur rappport de gestion 2009-2010!).