Nouvelle recherche sur la probité intellectuelle - Peut-on éradiquer la tricherie chez les étudiants ?

Tricher... ou ne pas tricher? Voilà une question qui mobilise l'attention des chercheurs depuis plusieurs générations. Pour la majorité des étudiants, tricher est hors de question, car la réussite ne s'obtient à leurs yeux qu'au prix d'un travail honnête et acharné. C'est ce qu'on appelle la probité intellectuelle.

Pourtant, il existe bel et bien une minorité d'étudiants qui enfreint les chartes universitaires et triche. C'est ce qu'on appelle une fraude.

Selon l'Association des universités et collèges du Canada (AUCC), 1,2 million d'étudiants sont inscrits à temps plein ou à temps partiel dans 95 établissements d'enseignement supérieur au pays. Le nombre d'entre eux qui trichent pour décrocher leur diplôme n'est toutefois pas clair.

Nous faisons néanmoins des progrès pour répondre à cette question essentielle. À la Faculté des arts et des sciences de l'Université Concordia, nous avons en effet commencé à examiner systématiquement les moyens de favoriser la probité intellectuelle et d'éradiquer la fraude.

Nouvelle recherche

Nous avons aussi entrepris une nouvelle étude sur le sujet et présenté nos résultats préliminaires lors de l'International Conference on Academic Integrity, qui a eu lieu à Toronto du 14 au 16 octobre 2011.

Jusqu'à présent, les données que nous avons recueillies sont plutôt encourageantes. La vaste majorité des étudiants obtiennent leur diplôme sans jamais être accusés de tricher — la plupart ne trichent pas, car ils souhaitent apprendre, travailler fort et réussir. Nous avons aussi constaté que l'Université Concordia applique les normes les plus rigoureuses en matière de probité intellectuelle.

Aussi préliminaires soient-elles, nos données révèlent cependant des tendances dont la constance justifie une attention particulière. Nous avons en effet constaté que la majorité des cas de fraude rapportés concernent des étudiants inscrits à des programmes de sciences sociales. Qui plus est, nos données laissent penser que ces fraudes surviennent habituellement dans le cadre de cours de première année.

Les fraudes ne sont par ailleurs rapportées que par un contingent relativement restreint de professeurs rattachés à quelques départements seulement. Se pourrait-il que les professeurs ne déclarent pas toutes les affaires de fraude? Le cas échéant, les universités vont devoir trouver un autre plan d'attaque. Nous devons mettre en place des mécanismes pour vérifier si des tricheurs parviennent bel et bien à passer entre les mailles du filet.

Infractions évitables

D'autres éléments donnent par ailleurs à penser que la majeure partie des cas de fraude n'est pas liée aux examens. Cela prouve que les universités se sont donné une culture d'examen solide que la majorité des étudiants prennent au sérieux.

Mais alors, quelle forme la triche revêt-elle? Le plus souvent, la fraude correspond au plagiat et à l'exploitation du travail d'autrui sans mentionner la source. Le plagiat persiste malgré des mises en garde constantes — dans les plans de cours et les notes adressées aux nouveaux étudiants —, qui précisent en toutes lettres que l'appropriation du travail d'autrui ne sera pas tolérée.

Même si les raisons invoquées par les étudiants accusés de plagiat sont variables, la plupart de ces infractions sont totalement évitables. Pour réduire sensiblement ce problème, les universités devraient proposer des formations en gestion du temps aux étudiants, définir clairement les règles bibliographiques à suivre pour mentionner la source des citations et fournir des instructions très précises sur ce qu'elles attendent des travaux des étudiants.

Sanctions disciplinaires

Quels que soient les efforts déployés pour promouvoir la probité intellectuelle et le nombre de recherches menées sur le sujet, la tricherie ne sera jamais complètement éradiquée. Il importe donc que les universités mettent en place des mesures efficaces pour recenser et corriger les cas de fraude.

D'après nos données, les sanctions disciplinaires peuvent avoir un effet réhabilitateur. Lorsqu'ils se font prendre, les tricheurs présumés sont habituellement accusés et sanctionnés. Aussi étonnant que cela puisse paraître, peu d'étudiants contestent les accusations portées contre eux. Et si on leur donne une seconde chance, la plupart choisissent de poursuivre leurs études et peu récidivent.

Il est essentiel que les universités rappellent systématiquement aux étudiants que tricher est contraire à l'éthique, répréhensible et préjudiciable pour l'ensemble de la société. Après tout, en insistant sur l'importance de la probité intellectuelle dans l'enseignement supérieur, nous contribuons à former les penseurs d'aujourd'hui... et les leaders de demain.

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Catherine Bolton - Doyenne associée au soutien pédagogique aux étudiants à l'Université Concordia

Mebs Kanji et Soheyla Salari - Respectivement professeure agrégée et attachée de recherche au Département de science politique de l'Université de Concordia
4 commentaires
  • Stephanie L. - Inscrite 24 octobre 2011 08 h 39

    Une autre forme de tricherie

    Beaucoup d'étudiants font corriger (quand ce n'est pas carrément réécrire) leur travaux scolaire par d'autres personnes. Je considère cela comme une forme de tricherie car c'est aux étudiants d'apprendre à corriger et à réécrire leurs textes, ils disposent d'ailleurs d'une multitude d'outils en ligne (dictionnaire, Bécherel, etc) pour les aider. Ce n'est pas leur rendre service que de faire le travail à leur place. Leur faiblesse en rédaction ne pourra pas être camouflée éternellement, surtout sur le marché du travail.

  • Jihad Nasr - Inscrit 24 octobre 2011 11 h 10

    Quid de la tricherie des professeurs

    Lorsqu'on entame la lecture d'un article ou d'un ouvrage, on trouve fréquemment la phrase suivante: je (l'auteur) remercie x et/ou y pour sa/leur contribution remarquable à cet article ou à cet ouvrage.

    Dans bien des cas, la majeure partie du travail de recherche est fait par l'étudiant (ou par plus qu’un étudiant). Dans certains cas, il s’agit aussi de la rédaction d'une bonne partie du texte. Au lieu de mettre le nom de l'étudiant dans la liste des auteurs, on lui adresse des remerciements!

    Lorsque l'étudiant conteste ce traitement, tout le corps professoral ou presque se déchaîne contre l'étudiant qui, du jour au lendemain, devient un paria dans son département. L'étudiant qui va jusqu'au bout de sa contestation le paiera cher. C'est pourquoi on entend rarement parler de la tricherie des professeurs.

    Les politiques de probité en recherche doivent s'appliquer tant aux étudiants qu'aux professeurs.

  • Michele - Inscrite 24 octobre 2011 13 h 27

    L'auteur et l'éditeur

    Plusieurs étudiants utilisent les services d'un éditeur qui non seulement corrige le travail mais améliore le produit fnal. Est-ce de la tricherie?

  • provost ginette - Inscrit 12 novembre 2011 22 h 09

    Le Plagiat Chez Les Professeurs

    Il est tout a fait etonnant que l' on ne parle que du plagiat chez les etudiants universitaires, alors que d'apres moi, ceci existe beaucoup chez les chercheurs et chez les professeurs...

    La preuve , l'article suivant:

    Le Collectif pour la défense de la déontologie de la recherche à l’Université de la Polynésie française publie une lettre ouverte à madame Louise Peltzer, présidente de l’Université de la Polynésie française, dans laquelle il lui demande de s’expliquer sur des similitudes entre son ouvrage Des langues et des hommes, paru en 2000, et La Recherche de la langue parfaite dans la culture européenne d’Umberto Eco.

    Le Collectif indique avoir été intrigué par un article intitulé « Accusations », paru le 29 septembre 2010 dans les Nouvelles de Tahiti. Cet article expliquait qu’un inconnu avait usurpé l’identité de Louise Peltzer pour adresser aux rédactions des médias polynésiens un mail dans lequel il dénonçait les fameuses similitudes. Le même article indiquait que Louise Peltzer avait porté plainte pour usurpation d’identité, mais refusé de répondre aux journalistes sur le fond même de l’affaire.

    « On sanctionne des étudiants lorsqu’ils recopient des passages entiers d’un livre ou d’un manuscrit inédit sans mettre de guillemets et sans indiquer la source à la fin d’une citation : doit-on fermer les yeux lorsqu’un enseignant-chercheur se livre à de telles pratiques ? » demande le Collectif.

    Une cinquantaine d’enseignants et de chercheurs auraient d’ores et déjà signé la lettre ouverte avec le soutien de la communauté scientifique, dont celui de chercheurs étrangers et métropolitains qui se sont joints à la démarche de leurs collègues de Polynésie.

    Quelles sont mes deductions? pour avancer une carriere le plus rapidement possible, il est tres utile de recuperer les idees des autres et de se les approprier...D'accord, les idees appartiennent a l'humanite, mais dans un monde i