Idées - Lutte contre la pauvreté - La solidarité sur les champs de bataille

Si de plus en plus de villes tiennent des vigiles lors de la Nuit des sans-abri, c’est malheureusement parce que le phénomène de l’itinérance soit s’y aggrave, soit y apparaît. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Si de plus en plus de villes tiennent des vigiles lors de la Nuit des sans-abri, c’est malheureusement parce que le phénomène de l’itinérance soit s’y aggrave, soit y apparaît.

Aujourd’hui aura lieu la 22e édition de la Nuit des sans-abri, qui se tiendra cette année dans 25 villes à travers le Québec (de Sherbrooke à Rouyn-Noranda, en passant par Rimouski, Montréal, Mont-Joli et Victoriaville) avec autant de vigiles de solidarité.

Ça, c’était la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que de plus en plus de villes tiennent des vigiles parce que le phénomène de l’itinérance soit s’y aggrave, soit y apparaît. C’est aussi révélateur de la dispersion d’un phénomène qu’on trouve partout dans la province.

Selon une étude du Conseil national du bien-être social, il en coûte 25 milliards de dollars annuellement aux contribuables canadiens pour assumer les coûts sociaux de la pauvreté. Pourtant, investir ne serait-ce qu’une fraction de ce montant dans des mesures structurelles, comme le logement social ou la hausse des prestations d’aide sociale, suffirait à combattre la pauvreté. Lors des premières estimations, un super avion de guerre F-35 équivalait à 6400 logements sociaux. Avec les habituels dépassements de coûts, imaginez le monde à qui on pourrait fournir un toit.

Nécessaire vision globale

Il y a lieu de se demander si, entre les objectifs de croissance de la richesse et de réduction de la pauvreté, il n’y aurait pas une marge de manœuvre pour une plus juste répartition parce que manifestement, il y a un déséquilibre. Sur le terrain, pourtant, des milliers de gens aident, réfléchissent et travaillent afin de fournir des solutions, mais ils manquent de ressources et sont débordés.

Voilà entre autres pourquoi j’appuie les 25 villes qui s’illumineront cette nuit en guise de solidarité. Celles-ci viendront rappeler aux gouvernements la nécessité d’une vision globale avec une véritable politique gouvernementale en itinérance ainsi que des engagements fermes en vue d’atténuer la situation de pauvreté de tant de gens.

Depuis plusieurs années, nos gouvernements nous promettent de gagner la plus noble des batailles: la lutte contre la pauvreté. Mais nous ne pourrons jamais gagner ce combat contre la pauvreté si elle devient une lutte contre les pauvres. De même qu’on ne gagnera pas la bataille contre la drogue en faisant la lutte contre les drogués.

Lutter avec les bonnes armes

La répression, la criminalisation et la marginalisation ont depuis longtemps prouvé leur inefficacité et leur non-rentabilité. Sauf peut-être pour les constructeurs de prisons, le corps policier et les patrons d’agences de sécurité.

La saga judiciaire du site d’injection supervisée Insite et la croisade conservatrice contre la drogue nous enseignent justement que lutter, faire la guerre et combattre quelque chose sans en comprendre la nature profonde est voué à l’échec. Il nous faut lutter avec les bonnes armes, sur les bons terrains, avec les bonnes stratégies et soutenir nos troupes.

Si j’emprunte un vocabulaire guerrier, ça ne signifie aucunement que je glorifie ce monde. Mais si ça peut faire en sorte qu’une infime fraction du budget militaire puisse être consacrée à aider notre propre peuple à se sortir de la pauvreté, ça sera déjà ça de fait.

www.nuitdessansabri.ca

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Christian Vanasse - Membre des Zapartistes et porte-parole de la 22e Nuit des sans-abri

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3 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 21 octobre 2011 09 h 05

    Des noms à coucher dehors

    "...si ça peut faire en sorte (d'emprunter un vocabulaire guerrier) qu'une infime fraction du budget militaire puisse être consacrée à aider notre propre peuple à se sortir de la pauvreté, ça sera déjà ça de fait."

    Vous rêvez? Rien de rien n'indique qu'une fraction du budget militaire ira où que ce soit ailleurs que dans les armes. Ni non plus une fraction du budget qui va à essuyer bêtement les effets de la pauvreté, ce fameux 25 milliards.

    Mais une nuit des sans abris illuminée dans plusieurs villes, cela parle très fort.
    Mieux encore, une nuit des sans abris, des indignés, des étudiants floués, des citoyens vampirisés...cela ferait plus de monde dehors que couchés et parlerait très fort.

  • France Marcotte - Inscrite 21 octobre 2011 11 h 15

    Un chiffre qu'on omet toujours.

    "Selon une étude du Conseil national du bien-être social, il en coûte 25 milliards de dollars annuellement aux contribuables canadiens pour assumer les coûts sociaux de la pauvreté.

    On y dit aussi qu'il ne faudrait que la moitié de ce montant de 25 milliard pour que tous les Canadiens vivent au-dessus du seuil de la pauvreté.
    Éradiquer la pauvreté, ce n'est pas une dépense c'est un investissement.

    Et avec un écart de coûts de 12,5 milliards, il y a place à beaucoup de tentatives et d'échecs tout en restant gagnants.
    Qui donc tient tant à perpétuer les inégalités, la pauvreté, l'exclusion si nous ne vivons pas dans un système barbare?

  • Bernard Gadoua - Inscrit 21 octobre 2011 13 h 17

    Et si on luttait contre la richesse?

    À la lumière des évènements récents, de l'émergence d'une protestation mondiale contre le système actuel de production, ne pourrait-on pas prendre le problème par l'autre bout et lutter contre la richesse au lieu de lutter contre la pauvreté? La lutte à la richesse et tout ce qui en découle: émulation sociale pour l'obtention de statuts sociaux supérieurs qui transforment les rapports sociaux en rapports de rivalité mimétique en construisant l'autre comme rival — ce qui induirait des rapports de solidarité et d’empathie plus «naturellement» —, ou encore plus pragmatiquement réclamer une fiscalité qui ne favorise pas le gain de capital au détriment du revenu de travail, ce qui encouragerait une économie axée sur la création de biens utiles et concrets plutôt qu'en échafaudages financiers qui permettent aux détenteurs des pouvoirs de battre monnaie fiduciaire d'enrégimenter et de financiariser tous les aspects de nos vies?
    Si on organisait une nuit des sans-abris à l'intérieur d'une succursale bancaire par exemple pour lancer un nouveau message quant aux liens qu'entretiennent ces deux pôles de notre société. J'espère que l'ATSA, la «Nuit des sans-abris» et «Occupons Montréal» sauront se parler et développer des stratégies imaginatives pour nous sortir du marasme économique, écologique, moral et politique dans lequel nous baignons depuis déjà beaucoup trop longtemps...