Occupy Wall Street - Un bilan partagé de la mondialisation

Ce que le mouvement Occupy Wall Street rappelle aujourd’hui aux dirigeants, c’est qu’il faut retrouver le plus tôt possible un cadre permettant aux États de mieux contrôler les marchés ainsi que des mécanismes favorisant une meilleure redistribution de la richesse dans la société.<br />
Photo: Agence Reuters Shannon Stapleton Ce que le mouvement Occupy Wall Street rappelle aujourd’hui aux dirigeants, c’est qu’il faut retrouver le plus tôt possible un cadre permettant aux États de mieux contrôler les marchés ainsi que des mécanismes favorisant une meilleure redistribution de la richesse dans la société.

Le mouvement Occupy Wall Street, relativement marginal à ses débuts, prend de l'ampleur en gagnant de plus en plus de groupes, notamment syndicaux, et tend à se propager à plusieurs grandes villes américaines. C'est un phénomène inhabituel et surprenant quand on connaît les traditions américaines en cette matière. À première vue, on serait porté à y voir un courant un peu idéaliste, surtout lorsqu'on voit quelques-uns des slogans anticapitalistes affichés par les manifestants.

Mais, on ne doit pas s'arrêter là, car il y a lieu d'y décoder une sorte d'indignation, l'expression d'un ras-le-bol de nombreuses couches de la société. D'une part, par rapport à la détérioration constante de leur situation économique depuis les années 1980 — malgré les promesses d'une mondialisation heureuse pour tous —, et tout particulièrement depuis la crise de 2008. D'autre part, par rapport à leurs dirigeants politiques, impuissants à exercer un quelconque contrôle sur les marchés, notamment les marchés financiers.

La révolution néolibérale

La phase cruciale est sans aucun doute la fin des années 1970 et le début des années 1980. On assiste alors dans les pays industrialisés à un changement de paradigme important: d'une vision interventionniste où les États devaient agir pour réguler les activités économiques, on est passé à une vision néolibérale caractérisée par la primauté du marché — jugé capable de s'autoréguler — et le retrait de l'État de la sphère économique. Aussi, cette vision s'est traduite par une vague de déréglementations qui ont touché plusieurs secteurs — notamment le secteur financier —, de privatisations d'entreprises publiques, de réformes de programmes sociaux, de baisses d'impôts pour les entreprises, d'ouvertures commerciales, etc.

Ce contexte a permis entre autres à la vague de mondialisation actuelle de se développer de manière extraordinaire, toujours avec la promesse d'être heureuse pour tous. Or, aujourd'hui, force est de constater que ces 30 dernières années sont loin d'avoir été «glorieuses» et que si elles l'ont été, ce n'est que pour une partie infime de la population. Plusieurs études tendent d'ailleurs à le démontrer, même au sein d'institutions comme le FMI.

En fait, si la lecture des agrégats macroéconomiques, par exemple la hausse du niveau des exportations, tend à valider l'apport positif de la mondialisation, l'exercice devient rapidement difficile dès qu'on entre dans l'analyse à une échelle micro (sectorielle). Plusieurs observateurs, même parmi les libéraux convaincus, comme l'ancien économiste en chef du FMI Kenneth Rogoff, ne se gênent plus pour l'avouer: le bilan de la mondialisation est loin d'être reluisant, ses gains ayant été surestimés tandis que ses coûts et risques ont été sous-estimés.

Les perdants américains de la mondialisation

Il n'est donc pas étonnant de voir ce mouvement de protestation Occupy Wall Street susciter autant d'enthousiasme. C'est que plusieurs franges de la population américaine ressentent beaucoup d'amertume envers leur situation économique et surtout, envers l'arrogance des milieux financiers, entre autres Wall Street.

En effet, trois ans après l'éclatement de la crise financière de 2008 et après un déluge de milliards de dollars dépensés pour sauver des banques et des multinationales de la déroute ainsi que pour stimuler, soi-disant, l'emploi et la croissance, les résultats ne sont tout simplement pas au rendez-vous. La création d'emploi est anémique, et le chômage persistant avec un taux au-dessus de 9 %. Les salaires réels sont en stagnation dans plusieurs secteurs, les conditions de travail sont de plus en plus précaires pour répondre à la nécessaire compétitivité et enfin, les programmes sociaux sont largement insuffisants.

Pendant ce temps-là, les banques et multinationales sauvées par les deniers publics au prix d'un endettement considérable — dette publique à environ 100 % du PIB — continuent d'engranger des profits mirobolants trimestre après trimestre. Résultat: les inégalités explosent littéralement, comme en fait foi un récent rapport du FMI sous la direction de l'économiste en chef Branko Milanovic (un rapport du Conference Board paru en septembre va dans le même sens). Globalement, si on comparait le revenu des 10 % des ménages les plus riches avec celui des 10 % les plus pauvres, le premier groupe accapare 42 % des revenus, alors que le second récolte à peine 1 %.

Et voguent les inégalités!

Par ailleurs, le coefficient de Gini, une mesure se situant entre 0 et 1 pour calculer les inégalités dans une société, a augmenté dans la plupart des pays industrialisés et plus précisément aux États-Unis, où il se situe à 0,38, comparativement au Danemark ou à la Suède, à 0,23. Mais le plus frappant est que le niveau de revenu des 20 % les plus riches est deux fois supérieur au revenu médian et surtout, le 1 % le plus riche aux États-Unis va chercher aujourd'hui le quart de la richesse.

La directrice des statistiques à l'OCDE, Martine Durand, est catégorique: cette augmentation des inégalités, au-delà des changement sociaux et démographiques (monoparentalité, vieillissement, etc.), est d'abord le fruit des changements imposés sur le marché du travail depuis les années 1980, marché caractérisé par une compétitivité constante qui entraîne une précarité systématique. Enfin, même au Forum économique de Davos de février 2011, on a relevé que les inégalités représentaient le défi majeur pour le monde dans les années à venir.

Quelle autre option?

Quelle suite donner alors à ces revendications? Jean-Maynard Keynes, probablement l'économiste le plus influent du XXe siècle, disait du capitalisme: «Le capitalisme international et cependant individualiste n'est pas une réussite. Il est dénué d'intelligence, de beauté, de justice, de vertu. En bref, il nous déplaît et nous commençons à le mépriser. Mais, quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes.» C'était en 1933, en pleine période de dépression économique; Keynes se rendait à l'évidence qu'à défaut de trouver une solution de rechange au système capitaliste, il fallait travailler à corriger ses contradictions et ses aberrations.

Il a fallu plusieurs années de travail intense pour que les États réussissent à établir un cadre leur permettant de mieux contrôler les marchés, ainsi que des mécanismes permettant une meilleure redistribution de la richesse dans la société.

Malheureusement, ce cadre a été perdu dans le tumulte des réformes néolibérales des années 1980 et 1990. Ce que le mouvement de Occupy Wall Street rappelle aujourd'hui aux dirigeants, c'est qu'il faut le retrouver, le plus tôt possible!

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Khalid Adnane - Économiste à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke
4 commentaires
  • NiDieuNiMaitre - Inscrit 13 octobre 2011 10 h 38

    La seule option viable.

    La seule motivation encouragée par le système économique mondial est l'avidité. C'est non seulement immoral parce qu'elle donne libre cours à l'exploitation froide et calculatrice, provoque pauvreté et précarité, mais c'est également insoutenable pour la planète quand le système n'a que la croissance pour logique. Les ressources de la planète sont limitées et pourtant en éliminant le gaspillage actuel (pour maintenir les prix élevés) et en changeant un peu nos habitudes de consommation on pourrait nourrir 20 G de personnes. La mondialisation est un monstre environnemental et une catastrophe économique pour 99% des gens habitant cette planète.
    La seule solution c'est remplacer l'argent par une rétribution en fonction de la tâche et du nombre d'heures travaillées. La nourriture et le logement doit être gratuit. Si on veut améliorer son ordinaire, on travaille. La technologie actuelle nous permet de le faire et si on ne le fait pas, c'est l'avenir même de notre espèce qu'on sacrifie sur l'autel d'un mythe qu'on appelle liberté et démocratie. Personne n'est libre quand on vit dans la précarité.
    En éliminant l'argent et en partageant les ressources, on élimine les guerres, la corruption, les famines et les maladies au profit de la passion et de la curiosité. Il en va de la survie de notre espèce.

  • Godfax - Inscrit 13 octobre 2011 13 h 47

    Keynes?

    Comment peut-on défendre Keynes alors que c’est exactement ses poliques qui on été applique pour justifier le renflements banquaire de Wall Streat? La baisse des taux d’intérêts permettant de créer une source abondante de capitaux à bon marché pour renflouer les banques et maintenir l’économie à flots, sont purement de sa conseption.

    Keynes était un serviteur de l’Empire britannique qui au sein de le Fabian Society fit tout en son pouvoir pour contrer le New Deal de FDR. Ils était pro-corporatiste . « Le gouvernement doit reconnaître la nécessaire tendance d’aller vers des entreprises bien gérées, vers des trusts et des cartels. » a t’il lui meme écrit. Ou « Si le trésor public remplissait des bouteilles avec des billets de banque, les enterrait dans des mines désaffectées, les recouvrait d’ordures et laissait ensuite à une compagnie privée le soin de les déterrer, il n’y aurait plus de chômage »

    N’importe qui ayant lu la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie se rendra vite compte qu’elle constitue qu’une variante s’inscrivant dans la matrice anglo-hollandaise et vénitienne. Bref du monétarisme pur et simple.

    Est-ce un simple hasard si l’on retrouve, parmi les keynésiens les plus convaincus, Sir Oswald Mosley, fondateur de l’Union britannique des fascistes, et Hjalmar Schacht, l’homme qui mit Hitler au pouvoir ?

    Pas vraiment puisque Keynes fût lui même pendant huit ans, de 1937 à 1944, le directeur de la Eugenics Society... et un corporatiste convaincu.

    Ce qu’il nous faut, c’est la reprise par l’Etat du contrôle de l’émission de crédit, au nom du bien commun, et la création de banques nationales sous contrôle public, pour mettre en oeuvre une politique dirigiste de relance de l’économie productive et du plein emploi, grâce à l’émission de crédit productif public, par delà l’impôt et l’endettement. Bref en finir une fois pour tout avec le

  • Nelson - Inscrit 13 octobre 2011 14 h 45

    Mondialisation oui, se faire voler nos indistries-technologies-boulots, non...et se faire arnaquer par une finance mondialisé non plus.

    Des politiciens achetés, corrompus, anti patriotes, ont dérégulé la finance tout en leurs permettant nous voler tout ce qu'ils veulent (crise 2008),

    et permettent que nos industries capitalisés avec le travail de nos travailleurs et nos subventions publiques, et avec nos technologies payés par nous, s'en aillent ailleurs (pour exploiter encore plus, et gagner encore plus).

    Pour quand nos journalistes, nos économistes, nos politiciens, nos universitaires, vont calculer le montant réel des vols de nos industries, nos boulots, nos subventions publiques, nos coûts de nos technologies payés par nous, et aussi les arnaques de banques et agences de crédit ??????????????

    Nous accumulons des dettes et déficits,et chômage, et coupures des programmes, et taxes...sans arrêter les voleurs coupables de tout ça.

    Mondialiser l'économie = faire des affaires avec toute le monde,

    Mondialiser n'est pas égal à se faite voler !!!!!!!!!!!

  • nathalieg - Inscrit 13 octobre 2011 22 h 42

    occupy wall steet soutenu par avaaz.org

    Les états-uniens de wall street rejoignent un mouvement mondial qui vise à reprendre la démocratie des mains corrompus pour une meilleure justice sociale.
    Avaaz (voix dans de nombreuses langues) est un réseau mondial de 10 millions de membres qui mène des campagnes visant à ce que les opinions et les valeurs des peuples influent sur les décisions mondiales.
    Voir le site ci-dessous:

    http://www.avaaz.org/fr/the_world_vs_wall_st_fr/?v