Stratégie nationale de prévention du suicide - Qu'est-ce que ça change pour Vincent?

Mardi dernier a eu lieu un vote important à la Chambre des communes. Sur une proposition du Parti libéral et de son chef intérimaire, Bob Rae, les députés ont adopté à la très grande majorité une motion exhortant le gouvernement à travailler à la mise sur pied et au financement d'une stratégie nationale de prévention du suicide.

C'est une bonne nouvelle. Mais qu'est-ce que cela signifie pour Vincent, qui s'est enlevé la vie à l'âge de 16 ans? Qu'est-ce que cela apporte à ses parents, à sa famille, aux amis qu'il a laissés dans le deuil le 14 décembre 2009?

L'histoire tragique de Vincent, dévoilée avec douleur et talent par son père, l'artiste Éric Godin, est également celle de 3600 familles canadiennes endeuillées chaque année par le suicide d'un enfant, d'un frère, d'une soeur, d'un parent ou d'un grand-parent. Au Québec seulement, 1068 personnes se sont suicidées en 2009.

En plus des drames familiaux qui entourent chacun de ces décès, ce sont autant de personnes dont nos communautés sont désormais privées, autant de richesses humaines perdues. Les députés qui ont voté ce mardi, en allant au-delà de la partisanerie politique, s'entendent pour dire que «le suicide n'est pas qu'une tragédie personnelle, il constitue aussi un grave problème de santé publique et une priorité sur le plan politique». Ils rejoignent ainsi l'Organisation mondiale de la santé qui définit le suicide comme un problème de santé publique énorme, mais en grande partie évitable. Le suicide de Vincent aurait pu être évité. Il aurait dû être évité.

Des efforts à poursuivre

La recherche, qui a connu des avancées significatives au cours des dernières années, nous indique les pistes à suivre pour enrayer ce fléau. Grâce au travail acharné des acteurs de la prévention du suicide et à l'engagement de plus en plus intense de la population, le taux de suicide a baissé de 34 % en 10 ans au Québec. La province a d'ailleurs été citée lors des débats ayant eu cours à la Chambre comme un exemple d'efficacité en prévention du suicide notamment chez les jeunes.

Toutefois, ce résultat ne peut nous satisfaire. Aujourd'hui, ils seront encore trois à faire un geste fatal au Québec, et dix au Canada. Le temps est compté, chaque jour qui passe appauvrit nos sociétés. Il y a urgence de se concerter, mais surtout d'agir.

Le vote de mardi est une étape importante vers un programme national qui touchera toutes les provinces et les territoires du Canada et qui inclura les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Pour Vincent, il est trop tard. Une stratégie nationale ne changera rien à son histoire ni à celle de ses proches. Mais pour les dix Vincent de ce jour et les 3600 autres de cette année, il faut agir immédiatement. Mesdames et messieurs les députés, il faut maintenant passer de la parole aux actes. Pour qu'il n'y ait plus jamais une seule histoire comme celle de Vincent.

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Dammy Damstrom Albach - Présidente de l'Association canadienne pour la prévention du suicide

Bruno Marchand - Directeur général de l'Association québécoise de prévention du suicide
4 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 11 octobre 2011 07 h 43

    Osons faire plus, collectivement

    Grâce et avec vous, la société québécoise se doit de se féliciter pour la baisse significative du taux des suicides.

    Quant au taux de suicides toujours grandissant chez les personnes âgées et très âgées, nous avons énormément à faire. Tout un défi à relever.

    Elles peuvent tellement mieux terminer leur vie. Osons collectivement inventer ces manières nouvelles de finir sa vie.

    «Une bonne mort honore toute une vie.» Et un bon et respectuex mourir crée de la vie pour les survivants.

  • Paul Dawson - Inscrit 11 octobre 2011 11 h 04

    Malaise


    Tragique le suicide pour ceux qui restent. Bien sûr.

    J'ai cependant un sérieux malaise avec ceux qui prétendent vouloir faire la "prévention du suicide".

    Leur morale indécente devant le suicidé m'a toujours scié:

    - Pas une solution, le suicide. Tu as tort, mon petit suicidé.

    Sachez, indélicats moralistes, que tous les suicides sont réussis et que la situation ne commande aucune remontrance. Aucune.

    S'il est possible de faire la prévention du suicide, il est aussi possible de faire la prévention de la connerie.

  • Nelson - Inscrit 11 octobre 2011 18 h 10

    Tout suicidé est deprimé, et la déprime a solution, donc, oui, il est un erreur se suicider.

    Les vivants ne peuvent pas accepter la mort par suicide, même pas le comprendre...saufs en cas très particuliers. Donc normal que dire que n'est pas une solution, ou qu'il est un erreur.

    Et en sachant que tous les suicidés son déprimés, est cette dernière qu'il faut surveiller de prêt.

    Un facteur important est la faible tolérance à la frustration et la souffrance dans les pays riches, et pour cela ils ont des indices de suicide plus élevés que les pays pauvres.
    Une recherche à l'Hôpital St. Justine confirme cette impression.

    Pour prévenir ça peut aider :
    pas laisser des gens trop isolés souffrir trop...parce qu'ils peuvent voir le suicide comme sortie pour arrêter des souffrances devenus intolérables.
    surveiller les déprimés et les dire qu'il y a beaucoup d'aide pour ça,
    répéter que tout problème a des solutions DANS LA VIE
    que ni l'argent ni le matériel est important.

  • Henri Marineau - Inscrit 12 octobre 2011 04 h 06

    Un mutisme pernicieux

    Dans son étude réalisée sur les éléments déclencheurs du suicide liés aux violences sexuelles vécues pendant l’enfance, Miriam Gutierrez Otero, docteure en psychopathologie, en arrive à la conclusion que, particulièrement chez les garçons ayant vécu de telles agressions, la route qui conduit un homme au suicide part souvent d’une violence sexuelle refoulée.

    Mme Gutierrez Otero explique ce mutisme par les difficultés qu’éprouvent les garçons à verbaliser ces événements traumatisants, alléguant en plus leur peur d’être jugé par les autres, leur honte et leur culpabilité. À titre d’exemple, elle ne parvient pas à obtenir les candidats nécessaires pour sa recherche et ce, même après avoir contacté des centres d’aide aux hommes à Québec et à Montréal.

    Tout en rappelant que trois victimes de suicide sur quatre sont des hommes, Mme Gutierrez Otero constate de plus que la violence sexuelle faite aux hommes est trop souvent ignorée par les chercheurs.

    Je suis convaincu que la parole demeure le meilleur exutoire pour éliminer les effets pernicieux d’un tel mutisme…encore faudrait-il que les recherches incluent les garçons et attaquent leurs problèmes à la source!