Nouveau pont Champlain - Une entrée de ville à ne pas rater!

La vue d’ensemble la plus percutante de Montréal, c’est sur la Rive-Sud qu’on la trouve. Et la plus belle entrée de ville, c’est celle qui commence au pont Champlain.<br />
Photo: Agence Reuters Christinne Muschi La vue d’ensemble la plus percutante de Montréal, c’est sur la Rive-Sud qu’on la trouve. Et la plus belle entrée de ville, c’est celle qui commence au pont Champlain.

L'été dernier, on lançait un concours international d'idées pour le parcours de l'autoroute 20 entre l'aéroport international de Dorval-Trudeau et le centre-ville de Montréal. Des centaines de professionnels se sont inscrits pour soumettre leurs idées pour cette entrée de ville qui s'ignore. C'est là une initiative louable à laquelle nous ne pouvons, en principe, qu'applaudir.

Mais un tel concours survient très tardivement alors qu'on délibère depuis des années sur la forme du projet de reconstruction du complexe Turcot. En effet, les choix d'ingénierie principaux étant déjà déterminés, la marge de manoeuvre des concurrents sera étroite pour explorer différentes avenues et elle risque de confiner ce concours à des dimensions paysagères essentiellement cosmétiques.

Or une autre occasion majeure, d'importance stratégique pour Montréal et pour l'économie nationale dans son ensemble, pointe à l'horizon avec la reconstruction inévitable du pont Champlain [que le gouvernement fédéral a confirmée hier]. C'est maintenant qu'il faut la saisir pour doter la métropole d'une entrée fonctionnelle digne du XXIe siècle.

La plus belle entrée de ville

Plusieurs ont déjà reconnu que la vue d'ensemble la plus percutante de Montréal, c'est sur la Rive-Sud qu'on la trouve. Et que la plus belle entrée de ville, c'est celle qui commence au pont Champlain avec son vaste et puissant panorama qui embrasse le fleuve, la montagne, les autres ponts et de grands repères, du centre-ville au mât du Stade. La traversée du pont Champlain offre une magnifique entrée progressive vers le centre-ville, auréolé du mont Royal. Qui n'a pas été ébloui par une entrée sous un soleil couchant, à travers ses tours et ses crêtes qui peu à peu revêtent leurs atours lumineux pour la soirée!

La réfection inéluctable et urgente du pont Champlain est une occasion unique à saisir. Non seulement doit-on sécuriser, pérenniser et améliorer ce lien vital à l'économie métropolitaine et nationale comme au quotidien de centaines de milliers de citoyens, mais il faut créer un ouvrage à la hauteur des impératifs très actuels de qualité d'architecture, de génie civil, d'insertion dans le paysage ou de modes de transport alternatifs. Il nous faut un pont — pas un tunnel qui nous priverait à jamais de cette expérience majestueuse et pénétrante de la métropole — qui soit un véritable «ouvrage d'art», digne de mention, à la hauteur du titre de Ville de design que l'UNESCO a reconnu à Montréal et des engagements collectifs envers le développement durable. Bref, il faut entrer dans le XXIe siècle!

Des exemples inspirants


Dans le monde, bien des villes et nations ont relevé ce défi avec brio. Elles ont été exigeantes envers elles-mêmes, reconnaissant le caractère emblématique de tels projets. Avec génie, elles ont su répondre à des besoins pressants de manière sécuritaire et durable en créant du patrimoine identitaire. Pensons aux ponts de Brooklyn et du Golden Gate, ou aux magnifiques structures que bâtissent la Chine, l'Australie, le Japon, la Suède, l'Espagne ou encore l'Afrique du Sud.

Dans le sud de la France, le viaduc de Millau donne la mesure du succès! Controversé à l'origine, ce pont de 2,5 km enjambe une vallée à une hauteur supérieure à la tour Eiffel. Il a été bâti sur un dessin de l'architecte Norman Foster et de l'ingénieur Michel Virlogeux au coût d'environ 400 millions d'euros et doit durer 120 ans. Aujourd'hui, il reçoit l'éloge, reconnu tant comme un bienfait pour l'économie que comme chef-d'oeuvre; c'est même devenu un monument à voir, un emblème et une destination touristique!

Chacun de ces cas est unique; les contraintes sont propres à chaque pont. Mais leur exemple doit nous inspirer pour que l'ouvrage qui devra remplacer l'actuel pont Champlain soit une réalisation remarquable par son utilité, sa solidité et la qualité de son design architectural et structural et du panorama qu'il offrira aux usagers. Le nouveau pont Champlain doit devenir une image de marque de la région de Montréal, un nouveau lien fort entre l'île de Montréal et la Rive-Sud.

Concours d'architecture

Le point de vue strictement technique et le principe du moindre coût qui ont trop longtemps régi nos choix collectifs ont ici tragiquement montré leurs limites comme le montre la faible durée de vie du pont actuel. Nous demandons donc aux autorités fédérales et à la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain de remplir leur devoir envers la population et de lancer dès à présent un concours international d'architecture et de génie civil qui permettra aux talents d'ici et d'ailleurs de s'illustrer pour définir un projet dont la construction pourra ensuite être confiée par appel d'offres sous l'égide d'une saine et loyale concurrence. Une telle séquence assurera la réalisation d'un pont digne du XXIe siècle, à temps pour remplacer l'actuel dont l'échéance approche.

Il faut faire vite! Ce concours doit être lancé le plus rapidement possible. C'est le temps, avant que les plans techniques d'ingénierie ne figent le tout. Il faut attirer les grands noms d'ici et d'ailleurs pour amener architectes et ingénieurs à contribuer à une solution optimale, à réussir ce futur chef-d'oeuvre et à doter la métropole et le pays d'une infrastructure qui supporte ses ambitions.

Ont signé ce texte:

André Bourassa (président de l'Ordre des architectes du Québec), Dinu Bumbaru (directeur des politiques chez Héritage Montréal), Robert Chicoine (président de l'Ordre des urbanistes du Québec), Maude Cohen (présidente de l'Ordre des ingénieurs du Québec), Clément Demers (urbaniste et professeur titulaire à la faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal), Giovanni De Paoli (doyen de la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal), Michel Gariépy (professeur titulaire à l'Institut d'urbanisme), Florence Junca-Adenot (directrice de Forum URBA 2015 de l'UQAM), Jean-Paul L'Allier (avocat et conseiller stratégique chez Langlois Kronström Desjardins et président du conseil d'administration de Mission Design) et Marie-Odile Trépanier (professeure honoraire à l'Institut d'urbanisme).

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3 commentaires
  • Ginette Bertrand - Inscrite 6 octobre 2011 04 h 05

    On ne peut qu'applaudir ce véritable cri du coeur

    Et espérer qu'il sera entendu où il doit l'être. C'est l'occasion ou jamais de doter Montréal d'un symbole fort et pérenne comme la Tour Eiffel et l'Opéra de Sydney, et qui ne soit pas celui d'un échec comme le stade olympique.

  • jeanmarcouiller - Inscrit 6 octobre 2011 05 h 06

    un nom un seul

    Calatrava

  • Stéphane Laporte - Abonné 6 octobre 2011 11 h 11

    Oui!

    Il faut mettre sur pied un groupe de pression qui suivra dès maintenant toute cette histoire. Il ne faut surtout pas recommencé l'erreur de la sale de l'OSM banale a pleuré, où pire, l'exemple du futur colisé de Québec où l'on va choisir une firme d'architecte seulement sur les prévoyances budgétaires, sans qu'aucun plan et dessin ne soit présenté!!!