Politique québécoise - Un nouvel espace public québécois

La première assemblée citoyenne du Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ), le 21 août dernier à Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La première assemblée citoyenne du Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ), le 21 août dernier à Montréal.
Ce que les citoyens ont dit

Au terme de cette première assemblée, plusieurs propositions convergeaient. Les participants estiment que faire un pays n'est pas un geste ordinaire. Cela demande aussi de poser des gestes qui sortent de l'ordinaire. Prendre la parole au-delà des clivages partisans est l'un d'entre eux. Ils ont aussi applaudi à la proposition d'organiser une assemblée constituante ayant pour mandat de rédiger une Constitution officielle sous l'égide du gouvernement du Québec. L'idée est de donner la chance aux Québécois de dessiner eux-mêmes leur avenir et les contours d'un nouveau régime politique.

Aussi, les participants ne souhaitent pas l'éclatement du mouvement souverainiste. Ils savent que leurs forces doivent être unies pour vaincre. Toutefois, elles doivent s'exprimer librement pour pouvoir mieux se connaître, mieux se définir et mieux s'organiser. Il faut parfois se distinguer pour s'unir. Pour faire cette unité, les participants veulent une discussion franche. Certains ont parlé de la nécessité de tenir des états généraux au sein desquels se retrouveraient tous les acteurs de la société civile intéressés par le projet d'indépendance.

Les participants ont également manifesté une grande ouverture d'esprit. Ainsi, plusieurs d'entre eux souhaitent que l'on examine librement différentes formules d'accession à l'indépendance, sans parti-pris. Un autre axe touche à la réflexion sur le type de société que les participants voudraient construire. En ce sens, ils s'interrogent sur la signification sociale que l'indépendance pourrait avoir.

La collecte des idées va donc continuer. Le NMQ va multiplier les assemblées citoyennes, dans la capitale nationale, à Gatineau, à Sherbrooke et ailleurs au Québec. La prise de parole collective ne fait que commencer.

La nostalgie du passé


Cette prise de parole gêne les nostalgiques du monopole partisan. Aussi multiplient-ils les faux appels à l'unité (unité derrière eux, bien évidemment) en accusant ceux qui osent penser à voix haute de vouloir «diviser le vote souverainiste», d'être «des fondamentalistes», des «apôtres de la table rase», des «jusqu'au-boutistes véhéments», des individus frappés «d'aveuglement volontaire» et de «crispation idéologique», et autres balivernes.

Derrière ces appels à l'unité se cache une demande de se taire. L'accusation de provoquer la «chicane» est l'argument facile de celui qui refuse d'écouter l'autre. C'est le seul argument qu'on dresse contre le simple exercice du droit à la liberté d'expression de centaines de citoyens. C'est le refus d'envisager d'autres solutions et d'être attentif aux changements qui s'imposent.

Derrière le rappel des troupes au bercail se cache la volonté d'exercer le droit à l'alternance à l'intérieur du régime fédéral, alors que le projet indépendantiste devrait au contraire nous faire sortir de cette impasse. Derrière la référence aux «vraies affaires» se trouve un pouvoir voué à la gestion de notre dépendance dans un État désuet et corrompu. À l'appel de la nation et de l'indépendance, on oppose une simple échéance électorale. Aux aspirations légitimes d'un peuple, on oppose la gouvernance bancale d'une province. Entendez bien: un mouvement citoyen vous parle d'un pays à faire naître et non de «chicanes»; un parti politique vous parle de «chicanes» et non de la nécessité de faire ce pays. L'un veut libérer la parole, l'autre la contrôler à tout prix.

S'unir ne veut pas dire se taire. Se taire au profit d'un régime que nous ne voulons plus. Qu'y a-t-il de si grave à parler d'indépendance au Québec? Qu'y a-t-il de si mal à élever la voix lorsqu'il s'agit du destin du peuple québécois? En effet, le projet d'indépendance politique des Québécois est légitime. Le droit d'exister en tant que pays l'est tout autant. Le droit de le dire et de s'associer librement pour le dire l'est aussi.

Pour reprendre en main nos instruments

Depuis 40 ans, des Québécois luttent pour l'indépendance au sein d'un parti. Cette lutte est loin d'être morte parce que quelques sondages indiquent qu'elle aurait reculé dans les priorités des Québécois ou parce qu'un parti connaît actuellement des difficultés. Le destin historique du peuple québécois va bien au-delà des stricts échéanciers électoraux.

De même, le projet d'indépendance va au-delà des partis. On peut fort bien désirer que le Québec devienne un pays sans pour autant adhérer au programme politique de tel ou tel parti. Aucun parti ne peut prétendre monopoliser la question, alors qu'elle continue d'exister et de prospérer en bonne partie à l'extérieur des partis, dans l'espace public. C'est aux partis politiques d'être les instruments des peuples, et non l'inverse.

C'est précisément là que se joue tout le drame politique que nous traversons.

Retrouver la liberté d'expression

Lorsqu'ils ont bâti le Parti québécois, René Lévesque et son entourage étaient obnubilés par la nécessité de «harnacher un nationalisme» qui menaçait de sombrer dans la violence et de dériver vers un projet indépendantiste qui allait trop loin pour une époque où l'on commençait à peine à parler d'indépendance et de souveraineté au Québec. Le projet de souveraineté-association répondait à ce besoin. Aujourd'hui, qu'a-t-on à harnacher au juste?

Ce que le NMQ souhaite est de libérer la parole et de redéfinir l'espace public. Celle-ci sert à définir le destin collectif du peuple québécois. La démocratie et la place du citoyen dans cette démocratie sont des enjeux fondamentaux de l'indépendance nationale. Alors que nous essayons de remettre le citoyen au coeur de la politique par des référendums d'initiative populaire et des élections proportionnelles, il faudrait peut-être commencer par recouvrer pleinement notre liberté d'expression.

L'expertise citoyenne est légitime. Active et informée, cette citoyenneté est un ressort puissant et constructif. Pourquoi lui opposer la mise en scène du «bon vouloir de l'élu toujours accessible», disponible pour écouter ses commettants, mais qui exclut radicalement toute idée de partage du pouvoir et qui exerce un monopole sur le processus de prise de décision sur tous les sujets sensibles?

Voilà où réside le véritable changement de paradigme. Une société nouvelle, confiante en elle-même, émerge. Toujours prête à se mobiliser pour des rêves de liberté, elle veut faire jaillir la parole citoyenne. Elle rêve d'une souveraineté du peuple dans l'État.

Par delà les générations

Aussi, le NMQ entend faire le pont entre la génération des «précurseurs» et la génération de la «relève». Il ne s'agit pas d'enterrer une génération pour en glorifier une autre, mais après des années de sur-place, il est temps de dépoussiérer la pensée et de reconnaître les idées neuves. Influencé par le monde et aux prises avec une jeune génération aux préoccupations plus globales, le Québec ne peut plus se contenter de vouloir uniquement contrôler son développement interne.

Depuis que le Parti libéral du Québec a mis René Lévesque à la porte en 1967, l'idée d'indépendance du Québec a fait des progrès fulgurants. Entendue comme l'affirmation légitime du peuple québécois, cette idée n'a jamais cessé d'être au centre de la vie politique de notre nation.

Ce qui a changé, ce n'est pas tellement l'importance de cette idée, mais bien la manière dont elle influence le peuple québécois. Depuis 40 ans, c'est un parti politique qui incarnait l'idée d'indépendance du Québec. C'est en son sein qu'elle a évolué, définie d'abord comme «souveraineté-association», puis ensuite comme «souveraineté et partenariat» elle s'est transformée finalement en «gouvernance souverainiste». De l'émergence de l'idée d'indépendance, nous n'en sommes plus qu'à la velléité de gérer notre dépendance.

Ainsi donc, cette idée d'indépendance doit maintenant entre autres déboucher sur un mouvement citoyen pour la réalisation du pays.

De l'air pour respirer, de la liberté pour créer, c'est ce que le NMQ se propose d'apporter à l'idée d'indépendance. Voilà ce qui manquait au Québec depuis tant d'années. Un nouvel espace public pour s'exprimer au grand jour et atteindre le coeur de tous les Québécois. Le dimanche 25 septembre, à 10h, à la salle Kirouac (709, rue Kirouac, à Québec), venez discuter et débattre de vos idées. Elles sont nécessaires pour avancer. Il est grand temps de mettre nos efforts en commun.

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Pour lire la version longue du texte du NMQ

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Jocelyn Desjardins, porte-parole du Nouveau Mouvement pour le Québec

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