Politique québécoise - Pour briser la morosité, rebâtir la confiance

L’Assemblée nationale du Québec. La démocratie, estime Louise Beaudoin, est en déliquescence au Québec comme dans beaucoup d’autres pays.<br />
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger L’Assemblée nationale du Québec. La démocratie, estime Louise Beaudoin, est en déliquescence au Québec comme dans beaucoup d’autres pays.

Cette semaine, j'entame la deuxième moitié de mon mandat de députée de Rosemont, positivement et avec détermination, n'ayant nullement l'intention de la passer à remâcher les récents épisodes ou à devenir «porte-parole de l'opposition au Parti québécois». Mon attachement à ce parti demeure réel, tout comme le respect que je voue à certains anciens collègues qui mènent à l'intérieur du caucus le combat que j'ai décidé de mener de l'extérieur.

Aujourd'hui, je regarde en avant et je n'ai pas l'intention d'adhérer à un mouvement, quel qu'il soit, ou à un parti, nouveau ou ancien. Ni, non plus, au-delà d'une évidente et naturelle collaboration avec les autres députés indépendants, de former un groupe parlementaire. J'entends donc assumer mes paroles et mes actes et agir en toute liberté.

Cynisme et désaffection

La démocratie, je crois, est en déliquescence au Québec comme dans beaucoup d'autres pays. En résultent un pessimisme ambiant et une morosité généralisée par rapport à la politique et à sa capacité à réellement changer les choses. Pourquoi en est-il ainsi? Il y a d'abord les mondialisations en cours, financières, économiques, technologiques, culturelles, qui charrient le meilleur et le pire.

Le pire, en l'occurrence, est la financiarisation de l'économie qui a mené aux crises récentes et actuelles. C'est la dictature des marchés qui conduit à l'impuissance sinon à la servilité des États à qui des agences privées de notation imposent leur loi au détriment du bien-être des peuples. Ces dérives ont accéléré aux États-Unis, en Europe et ici aussi le cynisme grandissant et la désaffection des citoyens à l'égard du politique.

Au Québec, s'ajoutent la collusion et la corruption dans l'industrie de la construction, en lien avec le financement des partis politiques. Par son refus entêté, incompréhensible dans la perspective du bien commun, de tenir une enquête publique sur ce sujet, le premier ministre porte personnellement une immense responsabilité dans cette détérioration de la vie démocratique chez nous et dans la révolte qui gronde.

Rétablir la confiance


Comment peut-on imaginer, dans un tel contexte, retenir l'attention du peuple québécois et le convaincre de se donner un pays? La création d'un nouveau pays exige, me semble-t-il, un maximum de confiance entre les citoyens et les élus, un maximum de proximité. Or, malheureusement, à tort ou à raison, les élus souverainistes sont souvent perçus comme des politiciens comme les autres. Blanc bonnet, bonnet blanc, entend-on régulièrement dire, renvoyant les uns et les autres dos à dos.

Il faut donc rétablir la confiance et, si les libéraux se moquent des idées qui circulent et n'entendent rien changer, tant pis pour eux. Au surplus, je considère que la cuisante défaite du Bloc, le 2 mai, aux mains d'un parti fédéraliste, et ce, malgré les 40 % de souverainistes recensés dans les sondages — beaucoup de croyants, mais peu de pratiquants visiblement —, indique que non seulement le projet d'indépendance lui-même est en dormance, mais qu'en amont c'est la conscience nationale, le sentiment national qui s'étiole.

Besoin de propositions fortes

Alors, que faire sinon travailler dès maintenant, prioritairement, à combler le fossé grandissant entre les citoyens et les élus? Parce que c'est nécessaire en soi et parce que c'est incontournable pour les indépendantistes. Les souverainistes doivent mettre au coeur de leur offre politique des propositions fortes, concrètes, innovantes: introduire la proportionnelle pour mieux refléter les choix des citoyens, le mandat d'initiative populaire pour donner au peuple québécois une réelle emprise sur son destin collectif en lui confiant, notamment, «le choix du moment jugé approprié» pour tenir un référendum sur la souveraineté, adopter une carte électorale juste pour l'ensemble des citoyens, sans distorsions démesurées comme c'est le cas actuellement, et, pourquoi pas, établir un nouvel équilibre entre démocratie participative et démocratie représentative en utilisant les nouvelles technologies. Pour s'adapter au nouveau monde dans lequel vivent déjà les jeunes Québécois.

En somme, faire en 2011 de la politique d'aujourd'hui plutôt que de la politique de 1791, date de la naissance de notre parlementarisme. Bien sûr, le comportement des élus à l'Assemblée nationale doit être à la hauteur des enjeux. Sans un changement radical d'attitude de notre part, rien ne sera possible.

Des modèles usés

Sur ce socle, deux pierres importantes doivent, de mon point de vue, s'ajouter. D'abord, bien sûr, celle de la question identitaire. Là aussi, il est temps de changer de paradigme et de passer de l'indignation qui ne fonctionne plus, comme on le constate dans le dossier linguistique, à la conviction. Pour les nouveaux arrivants, il ne suffit plus de les franciser comme la loi 101 a pu nous le faire croire, mais de les intégrer au marché du travail, en reconnaissant leurs acquis et leurs diplômes, ainsi qu'à la culture de convergence. Le modèle mis en place il y a plus de trente ans a montré ses limites. Ici comme ailleurs, il est à réinventer.

Enfin, on s'attendra moins à me trouver du côté des mines, mais je suis interloquée par la nouvelle donne qu'amène avec lui le fameux Plan Nord. Yvan Allaire, le président de l'Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques, a certainement raison d'affirmer «qu'il y a des milliards additionnels à aller chercher», mais au-delà de la question des redevances, c'est d'une politique d'ensemble que le Québec a besoin avec, comme le demande Renaud Lapierre, «au moins» 50 % des droits d'exploration et d'exploitation. Pour avancer collectivement il ne faut certes pas commencer par reculer au temps d'une cenne la tonne! Quant à moi, l'expression «Maîtres chez nous» demeure intemporelle et ma volonté de la voir appliquée, dure comme le roc.

En conclusion, pour sortir de l'impasse, je choisis, dans le droit héritage de René Lévesque, de lier démocratie et indépendance, en redonnant le pouvoir aux citoyens, en revoyant notre vie démocratique, nos institutions, nos comportements, notre vivre-ensemble. Car les incantations, la volonté et même, la pédagogie, j'en suis persuadée, ne suffiront pas.

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Louise Beaudoin, députée de Rosemont
17 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 19 septembre 2011 02 h 41

    Un pas dans la bonne direction...

    Madame Beaudoin, vous faites selon moi un pas dans la bonne direction.
    A mes yeux, votre décision de ne pas vous "encarter" permettra de garder la confiance des Québécois en vos propos.
    Il vous reste encore, pardon de le souligner, et je le dis sans un souffle de prétention mais par et en toute conviction, il vous reste encore à marquer plus fortement vos propos d'un républicanisme de combat...
    Vive le Québec libre parce que républicain !

  • Catherine Paquet - Abonnée 19 septembre 2011 04 h 44

    Démocratie et indépendance...

    Ces belles paroles demeureront de belles paroles aussi longtemps que ceux qui les prononcent ne diront pas ce qu'elles veulent dire vraiment. Quand tous ceux qui l'ont cotoyé depuis les débuts du Mouvement Souveraineté-Association nous confirme que René Lévesque et le PQ n'ont jamais été indépendantistes, il faudrait bien exiger un début de démonstration à ceux qui en parlent encore comme le chemin vers l'indépendance.

    Avant de demander aux citoyens de décider eux-mêmes, à la place de ceux qu'ils ont élus, << du moment jugé approprié» pour tenir un référendum sur la souveraineté...>>, il faudrait bien demander aux élus de prendre leurs responsabilité.

    Avant de proposer aux citoyens de déclencher des référendums d'initiatives populaires, il faudrait bien avoir démontré que l'on respectera les décisions prises par ces référendums, et qu'on ne posera la même question, en disant "à la prochaine fois..."

  • Hyperbolique - Inscrit 19 septembre 2011 07 h 28

    Toujours la même cassette

    Pourquoi persiste-t-on au Devoir de publier n'importe laquelle lettre venant des députés péquistes qui disent toujours la même chose? Le sujet est saturé comme on dit en art et, venant du PQ, depuis fort longtemps.

  • Victor Beauchesne - Inscrit 19 septembre 2011 07 h 48

    saturé, je dirais hyper-saturé

    C'est comme l'épitre de St-Paul, c'est lu dans le Devoir et c'est la même chose à chaque semaine.

  • bourgeoisgentilhomme - Inscrit 19 septembre 2011 07 h 51

    Paroles, paroles

    Ce genre de texte peut être rendu de nos jours que par des gens faisant partie d'une opposition. Quand ils sont au pouvoir, leurs priorités se trouvent à être ailleurs. Vous souhaitez faire de la politique autrement. Et bien, attendons à demain pour revoir les mêmes discours creux de part et d'autres de l'Assemblée nationale. C'est déjà parti entre médias interposés. Vous continuez, madame à parler de référendum alors que la population n'en veut pas à moins de se la faire planter dans la gorge. Si vous voulez vraiment faire de la politique autrement, il faudrait commencer par oublier cette phobie. Moi, ce que je retiens du premier gouvernement de René Lévesque, c'est qu'il désirait avant tout démontrer qu'il formait un bon gouvernement, ce qu'il fut. La débacle de ce parti est arrivé suite au premier référendum perdu. Si le PQ n'aspirait qu'à former un bon gouvernement, je crois bien qu'il pourrait à nouveau recevoir mon adhésion. Pour ce qui est de la corruption généralisée au Québec ( même mes voisins me semblent suspects ) je ne vois aucun parti politique susceptible de pouvoir nettoyer tout cela. D'ailleurs qui pourrait croire que les mafieux vont aller parler devant un juge pour lui faire part de leurs magouilles. Nous ne connaissons vraisemblablement rien de ce genre de monde. Et pour le reste, pour les mines, je crois que le public en général est perdu dans ce dossier fort complexe. Qui a raison? Il y a des fiscalistes qui pensent que c'est assez et le petit peuple qui pense que c'est trop peu. Et le français, bien, en cela je vous donne entièrement raison.