En souvenir de Pierre Ouvrard

Il y a trois ans, Pierre Ouvrard, l'artisan relieur, nous quittait. Cet être m'a subjuguée par sa personnalité si vive, son assurance, son élégance lors d'une première rencontre professionnelle, et par son métier, au fil des ans, il m'a permis de découvrir un monde, celui de la reliure, si méconnu dans ce vingtième siècle où la performance était la pierre angulaire de la réussite d'une carrière.

Je fus malgré moi l'observatrice privilégiée et admirative de cet homme du devoir, artisan du compagnonnage dans la plus pure tradition, de son cheminement de l'apprenti au maître relieur, et cela, grâce à l'enseignement qu'il reçut de ses maîtres d'ici et de ceux de France venus à l'Institut des arts graphiques en période de guerre, dans les années quarante.

Pierre allait pratiquer ce beau métier pendant près de soixante ans jusqu'à sa retraite en 2005 à l'âge de soixante-quinze ans. La reliure, comme il le disait si bien, fut sa compagne la plus fidèle dans les bons moments comme dans les périodes les plus difficiles de sa vie d'artisan, de sa vie d'homme au quotidien.

Tous les jours, il entrait dans son atelier de Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix, heureux de refaire ces gestes répétitifs définissant l'artisan, c'était pour lui son modus operandi.

Il fut avant tout un collaborateur complice et enthousiaste, travaillant avec artistes, graveurs, poètes, écrivains, éditeurs pour la conception de livres d'artistes, pour la réalisation de reliures uniques plus luxueuses pour des commandes officielles ou privées; il fut un innovateur à l'affût de techniques nouvelles à base de matériaux de ce monde contemporain qui l'inspirait, toujours dans le respect de traditions aux racines moyenâgeuses.

Il fut un pionnier dans l'histoire de la reliure d'art au Québec, au Canada; il fut le premier relieur membre de l'Académie royale des arts du Canada et membre de l'Ordre du Canada.

Aujourd'hui, je tiens à souligner ces trois années qui se sont écoulées depuis son départ. Je fus sa dernière compagne, épouse et amoureuse à qui il a laissé un des plus beaux héritages: c'est dans l'action que la vie continue, que la vie tout simplement se rappelle à nous. Il fut un homme intègre d'une discipline presque monacale.

À toi, cher Pierre, j'aimerais t'exprimer et inscrire en lettres majuscules sur cette pierre des bâtisseurs de cathédrales, de ces compagnons du devoir, toute ma gratitude pour ce beau métier, pour ces heures, ces mois, ces années partagés à tes côtés, ils furent si merveilleux.

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Carole Roy, épouse de M. Ouvrard

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