États généraux sur l'indépendance - Il faut remettre l'indépendance du Québec au coeur des «vraies affaires»

Une marche pour l’indépendance s’est tenue à Montréal et dans plusieurs autres villes du Québec, le 20 juin 2010, en présence de plusieurs ténors de la cause souverainiste, dont Pauline Marois, Gilles Duceppe, Pierre Curzi, Françoise David et Bernard Landry. <br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Une marche pour l’indépendance s’est tenue à Montréal et dans plusieurs autres villes du Québec, le 20 juin 2010, en présence de plusieurs ténors de la cause souverainiste, dont Pauline Marois, Gilles Duceppe, Pierre Curzi, Françoise David et Bernard Landry.

L'idée d'états généraux indépendantistes ne date pas d'hier. En fait, l'idée est née de discussions aux IPSO (Intellectuels pour la souveraineté) et lancée dès 2007, à la suite de la débâcle du Parti québécois d'André Boisclair, par un article dans Le Devoir intitulé «Des états généraux pour refonder un parti indépendantiste». D'autres parlaient à la même époque de créer une «nouvelle grande coalition». Cette idée a été appuyée depuis à plusieurs reprises par plusieurs intervenants, sous différentes formes, notamment au moment du colloque des IPSO de juin 2009 auquel participaient la plupart des représentants des mouvements souverainistes, ce qui devait mener au rassemblement Cap sur l'indépendance.

Elle est reprise aujourd'hui par la chef du Parti québécois, Pauline Marois. Certains pensent qu'il ne s'agit que d'une opération de relations publiques. Nous préférons y voir une ouverture nouvelle à l'égard des mouvements indépendantistes citoyens et des autres partis.

Le projet indépendantiste fait appel à une solidarité nationale et démocratique de l'ensemble des citoyens et citoyennes du Québec. Avant d'y faire appel, il faut d'abord établir une certaine solidarité au sein de la grande coalition souverainiste et indépendantiste sur l'essentiel. Pour y arriver, nous énonçons des conditions qui nous semblent essentielles pour assurer le succès de l'entreprise.

- Rétablir la confiance entre indépendantistes


Il faut d'abord rétablir la confiance entre indépendantistes. Pas question ici de foi aveugle. Il est trop tard pour cela. Il faut rappeler que le projet de pays adopté par le congrès de 2005 du Parti québécois, qui ancrait la souveraineté dans les besoins de la société, ne fut jamais invoqué avant ou pendant l'élection de 2007. Aucun de ses articles fondamentaux ne fut cité, expliqué ou promu pendant la campagne électorale, ni d'ailleurs pendant celle de 2008. Quant à la démarche d'accession à la souveraineté, tout le travail de la «Saison des idées» est resté lettre morte. On s'est limité à évoquer un futur référendum, sans projet de pays, remettant comme d'habitude sa tenue à plus tard.

À la suite de l'élection de 2007, on fit alors une grave erreur qui a contribué à éloigner d'autres militants indépendantistes du Parti. Imitant leurs adversaires, les dirigeants du Parti québécois attribuèrent la défaite de 2007 à l'engagement de tenir un référendum plutôt qu'aux véritables responsables: l'absence concrète de promotion de la souveraineté et la pitoyable «gestion» d'André Boisclair. L'élection de 2008 devait ensuite se dérouler sans projet de pays et sans démarche précise vers la souveraineté. Il en fut de même au cours des trois années qui suivirent, où des colloques internes au Parti québécois ne remirent pas davantage le projet indépendantiste à l'ordre du jour.

Puis, le congrès de 2011 mettait complètement de côté le projet de pays de 2005 au profit d'une «gouvernance souverainiste» se limitant à des gestes pouvant tous être réalisés dans le cadre de la Constitution canadienne, ce que certains ont comparé à une nouvelle «affirmation nationale».

Aujourd'hui, force est de constater qu'un grand nombre de souverainistes ne voient plus le Parti québécois comme un véhicule de leurs aspirations. On pourrait d'ailleurs dire la même chose de Québec solidaire, plus préoccupé de l'axe social que de souveraineté.

Une première conséquence de cette évolution est qu'il est trop tard pour simplement recoller les morceaux par une vague discussion. On ne peut recréer une solidarité entre les composantes de la grande coalition souverainiste sans un débat profond.

L'indépendance du Québec n'appartient à aucun parti. C'est le projet de tout un peuple qui a droit à sa liberté collective et à la maîtrise de son destin. Ce débat ne peut être monopolisé par des positions déjà établies en congrès. Tout doit être sur la table et, pour ce faire, les états généraux doivent être préparés et convoqués par un comité représentatif des indépendantistes à l'intérieur comme à l'extérieur des partis politiques, dans une optique résolument citoyenne.

- Remettre l'indépendance dans le débat public

L'objectif principal des États généraux devrait être de remettre l'indépendance au coeur du débat public en association avec nos défis de société. Pour cela, il faut cesser de dissocier «les vraies affaires» du contrôle de nos affaires, contrairement à la terminologie fédéralisante de François Legault. Il faut actualiser et pousser plus loin l'idée d'un projet de pays lié aux moyens que nous donnera la souveraineté. Ce faisant, il faut préparer les études et les instruments préparant une démarche démocratique citoyenne vers la souveraineté. [...]

Il est temps de remettre l'indépendance au coeur des discussions sur des questions concrètes: comment l'indépendance nous permettrait une véritable politique de développement durable et d'indépendance énergétique; comment la démocratie québécoise pourrait se développer davantage dans un Québec indépendant; comment le Québec français et l'intégration des immigrants pourraient être consolidés; comment nous pourrions mieux travailler à une autre mondialisation axée sur la solidarité sociale. [...]

- Solidarité et diversité

Quant à la démarche d'accession à l'indépendance, plusieurs ont été proposées, mais aucune n'est sur la place publique actuellement, ce qui n'aide pas à la crédibilité de notre option. Certains craignent que les états généraux accentuent les divisions sur cette question.

Ce n'est certes pas facile, mais d'abord, il est certainement possible de dégager un consensus sur les principes qui pourraient guider cette démarche, notamment celui d'un mandat électoral qui enclenche une démarche participative citoyenne soutenue par des études préparatoires à la souveraineté qui seraient réalisées dans le cadre des États généraux.

Cependant, il serait illusoire d'imaginer un consensus sur tous les aspects d'une telle démarche et cela n'est même pas souhaitable. Les États généraux pourraient se conclure sur les principes communs et proposer des alternatives, ce qui aurait aussi le mérite de ne pas discuter de stratégie politique sur la place publique.

Sur cette question comme sur d'autres, il ne faut pas rechercher les consensus à tout prix et voir plutôt les États généraux comme une préparation à un exercice plus large qui se fera dans un deuxième temps avec la population. Remettons-nous en marche vers l'indépendance nationale!

***

Gilbert Paquette, coordonnateur de Cap sur l'indépendance et Pierre Dubuc, secrétaire du SPQ libre
 
16 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 6 septembre 2011 04 h 45

    Duperie...

    L'idée de Madame Marois et du PQ est assez simple : s'emparer de l'organisation de ces Etats Généraux pour qu'ils leur donnent raison et qu'ils les installent dans un fauteuil encore plus officiel qu'avant...
    Et cela, il ne le faut pas. Il ne le faut pas parce que pour le peuple du Québec, ce serait en même temps, de s'attacher les deux mains et les deux pieds dans l'espoir de mieux avancer.
    Les Québécois, et Madame Marois nous montre que malgré ses stratégies l'a très bien compris, n'ont plus confiance dans les partis traditionnels. Ce que le PQ est devenu à cause de ses représentants. Et cela, bien que plusieurs d'entre eux jouissent toujours d'une image positive (et fondée pour plusieurs), tels ceux du Bloc conservent leur bonne réputation malgré le rejet montré de l'outil politique au sein duquel ils se retrouvaient et surtout, de sa démarche représentative à Ottawa.
    Si Etats Généraux il y a, pour profiter d'une quelconque crédibilité, ceux-ci devront être organisés par une autorité libre de toute appartenance partisane en terme de formation politique. Autrement, ce ne seront jamais les Etats Généraux tant espérés, mais seulement ceux totalement particuliers et stratégiques d'un parti politique et de ses dirigeants qui refusent obstinément de voir la réalité bien en face, celle de leur propre déroute politicienne.
    Celle qui sans doute précédera alors, par conséquent, leur déroute électorale commune amère. Et celle, plus grave, du flottement prolongée du projet d'un pays nouveau, démocratique et républicain pour tous les Québécois.
    Vive le Québec libre !

  • alen - Inscrit 6 septembre 2011 07 h 45

    Surfer sur le vieux-gagné

    Messieurs, ce n'est pas moi qui le dit là; c'est vous même. Il faut actualiser... pousser plus loin... faire des études.

    Vous, Monsieur Paquette, qui êtes un universitaire, vous allez certes comprendre ça; le problème en effet est que nous n'avons plus de Fernand Dumont, de Georges-Henri Lévesques... ou de Léon Dion, qui mettent à jour régulièrement les données sur le Québec et les publient. Nos intellectuels aujourd'hui sont trop occupés à faire le pied de grue devant les stations de télévision pour avoir leur 5 minutes de gloire. La triste réalité est que ça fait 40 ans que vous surfez sur le vieux-gagné, les connaissances développées par des gens de coeur certes mais tout de même des gens d'une autre époque.

    Avant de tenir des états-généraux, il faudrait peut-être commencer par les concepts de base... Tiens, pourquoi pas à savoir si dans le Québec moderne, d'après la Révolution tranquille pas d'avant, donc si dans le Québec moderne on ressent le même danger d'assimilation, de marginalisation, et cetera, et cetera, et cetera.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 6 septembre 2011 08 h 14

    M. Paquette dans la bouette

    Pas nécessaire, toutes ces entourloupettes, 88 % des Québécois veulent rester dans le Canada. Il n'y a que 12 % de solides séparatistes qui critiquent le PQ pour sa gouverne souverainiste, qui voudraient un projet de pays du Québec, séparé du Canada après un référendum rapide qu'ils croient gagner facilement. Allô !

    100 % des fédéralistes québécois désirent demeurer dans le Canada et 67 % de ceux qui se déclarent souverainistes, désirent aussi rester dans le Canada, ce qui laisse 12 % de solides séparatistes.

    Vous perdez votre temps, Messieurs Paquette, Parizeau et Curzi avec Mme Lapointe et Beaudoin et compagnie. Vous faites la nouvelle mais votre chien est mort à cause du PQ et du Bloc qui travaillent depuis 1976, dans le cas su PQ, à améliorer la place du Québec dans le Canada, ce qui l'a rendue plus confortable avec des Québécois francophones, maintenant, avec d'égales chances de succès.

    Ça prendrait une élection du PQ pour continuer l’amélioration et la sécurisation du français et de la culture québécoise. Faut juste arrêter de voter pour le PLQ, anglophile.

  • France Marcotte - Abonnée 6 septembre 2011 09 h 53

    Par l'autre bout de la lorgnette

    Les gens qui font le métier d'étalagiste le savent bien: il faut faire des changements dans la façon de présenter les choses pour susciter et garder l'attention des gens.
    Même avec la meilleure volonté du monde, j'ai failli ne pas lire ce texte tellement le vocabulaire, l'approche, sont accablants; on semble flotter au-dessus de la réalité comme dans un délire obsessionnel. Le ton est impératif: il faut, on doit...propre à faire fuir même les gens qui partagent ces objectifs.
    "Le projet indépendantiste fait appel à une solidarité nationale et démocratique de l'ensemble des citoyens et citoyennes du Québec. Avant d'y faire appel, il faut d'abord établir une certaine solidarité au sein de la grande coalition souverainiste et indépendantiste sur l'essentiel", disent les auteurs comme si eux possédaient le remède miracle. Il faut, on doit... Qui donc sont ces citoyens et citoyennes? Un terreau qu'il faut coûte que coûte rendre fertile?
    Le professeur Lachapelle ce samedi abordait la même question mais différemment. Il interpellait les élites, politiques et économiques, de gauche ou de droite, à développer et affirmer clairement leur goût du Québec par des objectifs collectifs à atteindre.
    "Nos élites économiques devraient, elles aussi, être au rendez-vous", disait-il.
    "La classe économique doit aussi retrouver un certain patriotisme économique."
    Pourquoi ne pas tenter d'abord de réveiller ceux qui exercent un réel pouvoir?

  • Jean Lapointe - Abonné 6 septembre 2011 10 h 11

    J'ai des petits doutes


    Moi j'ai l'impression que messieurs Paquette et Dubuc ne disent pas le fond leur pensée.

    Je pense que ce qu'ils veulent c'est que madame Marois abandonne son programme de "gouvernance souverainiste" parce que pour eux, ce n'est pas une bonne chose, pire parce que ce ne serait pas acceptable.

    Pour messieurs Dubuc et Paquette j'ai l'impression que ce qui compte d'abord et avant tout c'est l'objectif à poursuivre et que le Parti québécois devrait, toujours pour eux, nécessairement avoir comme objectif et non pas seulement comme but l'indépendance du Québec.

    Ils en ont bien le droit. D''ailleurs il existe un parti qui en fait son objectif premier. C'est le Parti indépendantiste.

    Mais Dubuc et Paquette voudraient absolument que ce soit le Parti québécois qui le fasse. Il faudrait qu'ils nous disent pourquoi.

    Mais comme ils n'y sont pas arrivés directement , ils essayent d'y arriver indirectement en passant par les Etats généraux.

    Je trouve qu'ils ne jouent pas franc jeu. Le but véritable qu'ils pousuivent n'est pas avoué.

    Personnellement, je considère comme très sage et très approprié dans les circonstances actuelles le projet de "gouvernance souverainiste". C'est respectueux de la population.

    Et je ne vois pas pourquoi des citoyens, comme messieurs Dubuc et Paquette, ne pourraient pas parallèlement mettre le Cap sur la souveraineté en organisant toutes sortes d'activités.

    Cela ne pourrait que sensibiliser les gens à la nécessité de faire du Québec un pays souverain. En tout cas, ça pourrait sans doute aider et ça aiderait aussi le Parti québécois probablement.

    Mais ça dépendrait de la façon dont ce serait fait.

    Moi je trouve que si on pousse trop dans le dos des gens, l'idée de souveraineté risque de les rebuter encore davantage, risque de leur déplaire encore davantage. Personne n'aime se faire bousculer et c'est normal. Cest humain.

    Et on ne serait pas alors plus avancé.