Crise au PQ - Redonner le pouvoir aux citoyens

Pour Bernard Drainville, la seule façon de remettre le Québec en marche, c’est de donner plus de pouvoir aux citoyens en renforçant considérablement leur prise sur les institutions démocratiques.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pour Bernard Drainville, la seule façon de remettre le Québec en marche, c’est de donner plus de pouvoir aux citoyens en renforçant considérablement leur prise sur les institutions démocratiques.

Nous publions des extraits de la lettre que M. Drainville a publiée hier sur son site Internet à la suite d'une consultation qu'il a menée auprès des citoyens de sa circonscription.

Le temps est venu de vous faire état du constat établi à la suite de l'appel que j'ai lancé le 14 juillet dernier sur l'urgence d'agir pour le Québec qu'on veut. Vous avez été nombreux à m'écrire. [...] Depuis deux semaines, je lis, je souligne, je prends des notes.

La synthèse que je vous livre aujourd'hui ne rendra pas justice à tout ce que vous m'avez soumis, c'est évident. Elle se concentre essentiellement sur la réforme des institutions parlementaires et de notre vie démocratique (la «nouvelle démocratie»). [...] Vous me l'avez dit de mille et une façons: le lien de confiance entre le citoyen et le monde politique est brisé. Il faut le réparer. Ça presse. [...]

Aux membres du Parti québécois, à mes collègues députés et à ma chef, je m'excuse d'avance si la franchise des propos rapportés ici vous brusque ou vous choque. J'ai décidé de me tourner vers la population parce que j'ai la conviction profonde que le salut du PQ passe par elle.

[Mon texte met en avant] dix idées pour redonner confiance aux citoyens. Dans leur ensemble, ces idées appellent une profonde réforme de notre démocratie. Le but recherché: remettre les citoyens aux commandes. Leur redonner le pouvoir.

1. Élection du premier ministre au suffrage universel.

2. Élections à date fixe.

3. Instauration d'un processus de référendums d'initiative populaire.

4. Organisation d'un référendum sur le mode de scrutin.

5. Instauration d'un jury citoyen chargé d'évaluer le travail des parlementaires, allant jusqu'à la possibilité de révoquer le mandat d'un parlementaire.

6. Assouplissement considérable de la ligne de parti.

7. Instauration d'une assemblée publique obligatoire dans chacune des circonscriptions du Québec au terme de chacune des sessions parlementaires.

8. Création d'un poste de vérificateur général national (VGN).

9. Obligation de fournir un portrait clair des finances publiques six mois avant les élections (à date fixe).

10. Plafonnement des dons aux partis politiques à 100 $ par personne.

Bien sûr, ces propositions ne sont pas définitives. Elles sont perfectibles. [...] Il ne s'agit surtout pas d'une liste fermée, d'une marche à suivre rigide et encore moins d'un «à prendre ou à laisser». C'est ma contribution. [...]

Du pouvoir aux citoyens

Les Québécois ont perdu confiance envers leurs élus et leurs institutions démocratiques. Ils ne s'y reconnaissent plus. Ils ont l'impression de ne pas être entendus et, pis encore, de ne pas être écoutés par leurs représentants politiques. Ce cynisme, que beaucoup constatent et que plusieurs déplorent, puise en grande partie sa source dans le sentiment qu'ont les citoyens d'être complètement écartés des décisions qui les touchent, de n'y être aucunement impliqués.

[...] À force de ne plus avoir confiance, de ne plus se sentir comme étant partie prenante du processus, les citoyens remettent en question la capacité même de l'État à répondre adéquatement à leurs besoins. [...] La seule façon de remettre le Québec en marche, c'est de donner plus de pouvoir aux citoyens en renforçant considérablement leur prise sur les institutions démocratiques. Il ne faut plus que le citoyen se retrouve seul face au système, aux machines organisées des partis et des lobbys. Il faut que le peuple devienne le plus puissant lobby au Québec. [...]

S'attaquer au déficit démocratique

Premièrement, notre régime de monarchie constitutionnelle doit être revu. Une plus grande séparation des pouvoirs exécutif (le gouvernement) et législatif (l'Assemblée nationale) doit être opérée. Tout en conservant l'élection des députés, j'estime que les Québécois doivent pouvoir élire leur premier ministre au suffrage universel. Celui-ci serait alors libre de choisir les membres du gouvernement à l'intérieur de la société civile ou encore parmi les députés. [...]

Deuxièmement, et comme cela est déjà indiqué dans le programme du PQ, il est plus que temps que les élections soient tenues à date fixe. La prérogative de choisir la date de l'élection, qui est actuellement un pouvoir exclusif au premier ministre, ne sert que les intérêts du parti au pouvoir. Avec des élections à date fixe, tous les partis et les candidats seraient sur un pied d'égalité. Il en serait fini des calculs partisans sur le déclenchement éventuel des campagnes électorales, calculs qui finissent par occuper beaucoup trop l'esprit des politiciens, dont le devoir premier est d'être au service des citoyens. [...]

Troisièmement, je crois qu'il faut aussi remettre une part de pouvoir «direct» entre les mains des citoyens. Il faut que les Québécois détiennent un pouvoir d'initiative concret sur les décisions du gouvernement et de l'Assemblée nationale. À cet effet, je suis d'avis que l'État québécois doit disposer d'un processus de référendums d'initiative populaire. Bien entendu, cette pratique doit être bien encadrée. Mais l'essentiel demeure: il est fondamental que les Québécois aient le pouvoir d'intervenir par voie de référendum sur le cours des affaires de l'État.

Sur toutes les questions qui relèvent de la compétence de l'Assemblée nationale ou du gouvernement, les citoyens seraient autorisés, dans un cadre défini par le Directeur général des élections, à ouvrir un registre pour demander la tenue d'un référendum, l'objectif étant d'obtenir la signature de plus de 15 % (par exemple) des électeurs inscrits. Advenant l'atteinte de ce seuil, un référendum serait automatiquement déclenché et l'ensemble des électeurs aurait à se prononcer sur la question. Le résultat du référendum aurait force de loi, et contraindrait l'Assemblée nationale ou le gouvernement à agir en fonction de la volonté populaire. [...]

En ce qui a trait à l'accession du Québec à son indépendance, j'estime aussi que le référendum d'initiative populaire est la meilleure marche à suivre. D'abord, parce qu'il est faux de prétendre que le PQ détient le monopole de la stratégie souverainiste. D'autres organisations et partis, avec lesquels on peut ne pas être d'accord sur toute la ligne, sont tout aussi légitimes pour porter le projet indépendantiste. Mais, en fin de compte, sur la question nationale comme sur d'autres questions d'importance, il importe surtout de mettre les citoyens au coeur du processus. Quand les Québécois seront prêts à tenir un référendum sur leur avenir politique, ou sur un autre enjeu, ils en tiendront un. Et les partis politiques, le gouvernement, les députés seront obligés de s'y plier et auront tout le loisir de défendre une option ou l'autre. [...]

La question nationale

J'ai toujours cru que c'était dans nos gènes d'être indépendants, comme individus, comme familles, comme nation. Mais avant d'en arriver à l'indépendance, les souverainistes vont devoir faire la démonstration qu'ils sont dignes de confiance et capables de trouver des solutions aux problèmes du Québec.

Les péquistes doivent aussi faire leurs mea culpa et reconnaître qu'ils se sont graduellement éloignés des préoccupations immédiates et légitimes des Québécois. C'est pourquoi une stratégie souverainiste comme celle du référendum d'initiative populaire serait gagnante: elle remet les Québécois au coeur du processus d'autodétermination nationale. Elle aurait aussi l'avantage de permettre aux élus souverainistes de se recentrer sur l'essentiel, de cesser de débattre de la date du prochain référendum et ainsi de sortir de l'attente du «grand soir».

Bref, malgré les crises et le tumulte, l'option souverainiste peut avoir un bel avenir devant elle. Les Québécois disent simplement: montrez-nous qu'on peut vous faire confiance. Réglez les problèmes sans détour. Laissez le citoyen dans le siège du conducteur. Et on pourra ensuite faire un bout de chemin ensemble. [...]

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Bernard Drainville, député péquiste de Marie-Victorin

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