Ressources naturelles: perdre le nord

Pendant que notre grande institution Desjardins, censée participer activement au développement économique du Québec au bénéfice des Québécois, n'a rien à redire relativement au Plan Nord, sauf qu'il risque de rapporter bien peu à la collectivité, et que Raymond Chabot nous apprend que l'industrie minière mondiale louange ledit Plan, nous, les Québécois, nous regardons calmement le gouvernement Charest agir comme Duplessis en 1956, dixit Mme Payette. Quant aux minières, elles réussissent même à trouver dangereux les très modestes changements proposés à la Loi sur les mines. Pour l'heure, de quoi doit-on se contenter?

Du côté du Parti libéral, il faut nous satisfaire d'une croissance des redevances qu'il juge extraordinaire: de 12 % à 16 % pour l'État, ce qui, en pratique, après les crédits d'impôt, ne représente même pas un maigre 4 %, duquel il compte faire des routes pour quelques milliards de dollars! Pour le Parti québécois, il est déjà plus ambitieux. Bien que, jusqu'à ce jour, il n'ait pas osé dire ce qui est inclus dans son nouveau programme, il exige une redevance qui peut aller jusqu'à 30 % des profits excédentaires à ceux qui sont supérieurs à un rendement de 8 % pour les projets miniers et d'un minimum de 50 % des revenus nets pour la ressource pétrole; et, dans la foulée, réclame la mise en oeuvre d'une réforme de la Loi des mines plus importante.

Pour une politique d'ensemble


Nous sommes à cent lieues de ce que nous pourrions souhaiter d'un gouvernement qui aurait de la vision. Il faut de façon urgente une politique d'ensemble pour le développement de nos ressources naturelles. Et que l'on ne vienne pas dire que le temps manque... le prix de ces ressources est loin d'avoir atteint son maximum et l'agitation, mauvaise conseillère.

Les grands paramètres de cette politique

Au-delà de la guerre des redevances, l'État devra oser être entrepreneur et viser l'optimalisation des retombées économiques chez nous. Pour ce faire, l'État devra:

- conserver au moins 50 % des droits d'exploration et d'exploitation de nos ressources;

- rebâtir son expertise en créant une Société d'État. Laquelle aura le mandat de valoriser ce 50 %;

- choisir les ressources (pétrole et or, par exemple) où il ne se diluera pas, ce qui sous-entend une planification ressource par ressource;

- assurer le financement de tout ce développement, notamment, en permettant aux Québécois par le truchement d'avantages fiscaux de type «régime d'épargne-actions» (REA) d'y participer activement et, si nécessaire, que la Société d'État mentionnée ci-dessus soit cotée en Bourse avec un contrôle gouvernemental;

- prévoir dans cette politique des mécanismes qui permettront que les régions dépouillées aient les ressources requises pour planifier l'après-extinction de ces ressources;

- donner des mandats précis à Investissement Québec et à la Caisse de dépôt pour qu'ils appuient l'émergence d'un Québec inc. des Ressources naturelles;

- prévoir, puisque les ressources naturelles sont de compétence québécoise, en ce qui concerne toutes les minières déjà en place, des règles explicites qui couvriront, notamment: le remboursement des fonds et crédits accordés par l'État (entre autres, le coût des routes) avant tout paiement de dividendes ou rachat d'actions; un droit de regard et de veto de l'État sur les acquisitions par des étrangers ou lors de changements de contrôle de l'actionnariat.

Cette liste, bien sûr, n'est pas exhaustive. Il faudrait y inclure un encadrement de développement durable et des mesures pour assurer des relations sereines avec les autochtones. Néanmoins, ces éléments de politique reposent sur le principe suivant: les Québécois sont aptes à développer leurs ressources et ils ne sont plus ni des porteurs d'eau ni nés pour un petit pain.

Qu'on ne nous rebatte pas les oreilles avec le fait que nous ferons fuir les investisseurs, qui, déjà, se gaussent de notre inappétence! Toutes les idées ici émises, que plusieurs intervenants crédibles au Québec ont formulées sous différentes formes, sont déjà appliquées par plusieurs gouvernements sur la planète avec les variantes nécessaires. Si, pour un seul projet de mines chez eux, les Inuits vont percevoir plus de 200 millions de dollars par année, que notre État québécois se contente de 120 millions pour onze nouveaux projets identifiés au Plan Nord devrait nous insulter tous.

Il y a de la place entre la nationalisation de l'or à la Hugo Chávez et l'à-plat-ventrisme actuel. Agissons!

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Renaud Lapierre, ancien sous-ministre adjoint au ministère des Ressources naturelles
14 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 23 août 2011 00 h 31

    On veut M. Renaud Lapierre comme ministre de l'Industrie...

    Bref, je crois sincèrement que vous faites les constats les plus pertinents à ce jour sur la question.
    La vision des libéraux de ce que constitue notre développement économique se résume à brader nos ressources naturelles pour une bouchée de pain. C’est ce qu’on appelle faire de la politique au service d’une minorité de privilégiés.

  • helene poisson - Inscrite 23 août 2011 01 h 19

    Merci M. Lapierre...

    ... de prendre la plume pour éclairer les méandres obscurs de ce Plan Nord.

    Je doute cependant que M. Charest réfute ou commente votre assertion:

    ''Si, pour un seul projet de mines chez eux, les Inuits vont percevoir plus de 200 millions de dollars par année, que notre État québécois se contente de 120 millions pour onze nouveaux projets identifiés au Plan Nord devrait nous insulter tous. ''

    D'autres éminences grises devraient suivre votre exemple. Même si votre prise de parole est tout sauf lucrative. Merci encore.

  • jeanduc - Abonné 23 août 2011 06 h 40

    Urgence d'agir!

    Félicitation M. Lapierre, voilà un plan crédible de la part d'une personne compétente. Je me servirai de vos recommandations pour juger des programmes de chaque parti politique. Je suis d'avis que l'argument de la compétitivité invoqué par Charest ne tient pas la route car,nous ne perdons rien pour attendre puisqu'il s'agit de ressources non renouvelable. L'opposition souverainiste se déchire sur la place publique alors qu'en coulisse, Charest dilapide notre capital pour son intérêt à court terme. Désolant spectacle!

  • Françoise Maertens - Abonnée 23 août 2011 08 h 55

    Merci Mr Lapierre!

    Merci de nous indiquer clairement la direction à prendre! Je suis tout è fait daccord avec vous et j'espère que le gouvernement Charest subira assez d'influence des hautes sphères pour tourner son volant dans cette direction qui est tout à l'avantage du Québec!

  • jpz - Abonné 23 août 2011 09 h 53

    Le PLAN NORD = le Québec vendu à rabais !

    Il devient urgent et fondamental d’aviser tous les Québécois que Le PLQ de JJ Charest signe présentement des ententes de longue durée qui bradent à rabais nos ressources naturelles. Ainsi, des entreprises multinationales du BRIC s’installent dans le nord québécois pour profiter de nos gisements miniers de fer et de nickel qui sont des ressources naturelles épuisables. Les redevances significatives devraient être perçues sur les prix de vente, mais en plus, les redevances sont perçues sur les profits qui souvent sont délocalisés. Et toujours sans exiger de somme en garanties pour la remise en état original suite l’exploitation.
    De plus, le Québec s’engage à défrayer le coût des infrastructures et ainsi aider les entreprises à dépouiller plus efficacement les Québécois de leur bien collectif. On dira que c’est pour créer des emplois payants et occuper et valoriser tout le territoire, cependant, les subventions récurrentes pour ces emplois dépassent de plusieurs fois la valeur des emplois ainsi générés; c’est une forme évidente d’aide sociale corporative… Des contrats de 20 et 25 ans sont présentement signés par le premier ministre Charest et ses ministres libéraux qui bradent à rabais autant nos ressources naturelles durables. Au prix actuel des énergies fossiles il n'y a aucune raison de prendre des risques pour exploiter maintenant le gaz et le pétrole de shales.
    En conclusion où est la logique, on brade nos ressources naturelles, notre eau et notre énergie propre, on enlaidit nos paysages, on subventionne les infrastructures pour favoriser ces ventes à rabais, on accorde des déductions à ces riches entreprises étrangères sans les inciter à transformer ici les matières premières et on se prétend grand bâtisseurs ! Alors, on doit se souvenir que : « si ce n’est pas logique, c’est politique, si c’est politique, c’est que quelqu’un en profitera tôt ou tard. »
    Il est impensable d’être si to