Prise en charge des aînés malades - Quand les médecins se heurtent au manque de soutien

J'ai lu avec intérêt l'opinion du collectif des médecins des quatre universités québécoises dont le texte «La prise en charge des aînés malades par les médecins de famille menacée» est paru dans Le Devoir du 9 août. Il est vrai que la prise en charge des patients malades, et d'autant plus des «aînés malades», ne présente pas un attrait pour les jeunes médecins finissants.

Je considère cependant que l'aspect financier est secondaire, les activités médicales particulières (AMP) également. Le principal obstacle est le manque de soutien clérical et professionnel à cette pratique.

Le gouvernement gère depuis des années l'allocation des services aux patients comme il le fait pour l'entretien de notre système routier, les ressources disparaissent, les soutiens aux familles s'écroulent, les indications routières sont complexes. Les équipes multidisciplinaires entourant dans le passé les équipes médicales ont perdu de leur stabilité. On gère l'attribution des services à travers les compressions budgétaires et on sollicite de plus en plus l'utilisation de personnel venant d'agences privées qui ne connaissent pas aussi bien nos patients. Les médecins doivent s'adapter à des gestionnaires qui changent tous les 6 à 12 mois. Dans les faits, les fusions d'établissements ne m'auront pas convaincu qu'il y a une réduction dans les effectifs de gestionnaires.

Trouver des trucs

De plus, de nos jours, le jeune médecin doit ajouter un «cours 101» à sa formation en médecine familiale afin de connaître la façon d'obtenir, par exemple: une aide au bain pour le patient, le «truc» pour éviter le refus d'une demande de vignette de stationnement, l'endroit où s'adresser pour des services psychosociaux, ou le numéro de télécopieur pour acheminer une demande d'évaluation en psychogériatrie. Chaque centre de santé et de services sociaux (CSSS) a ses règles et les services varient d'une région à l'autre.

En tant que médecin vieillissant (23 années de carrière) qui a connu l'époque des suivis à domicile, où nous pouvions nous fier à la bonne connaissance de tous les aspects de nos patients par l'équipe avec qui nous avions l'habitude de travailler, je demeure perplexe quant aux chances de pouvoir recruter davantage de jeunes médecins qui ont grandi dans un monde d'efficience et de résultats. Leurs téléphones intelligents sont plus conviviaux d'utilisation que les voies d'accès aux ressources de notre système de santé public.

Les 70 % de jeunes médecins qui travaillent en milieux hospitaliers ont plus de facilité à obtenir des services à domicile pour leurs patients qui quittent l'hôpital (physio, ergo, nutritionnistes, travailleurs sociaux) que les médecins travaillant sur le terrain ou en bureau. Les CLSC donnent la priorité aux demandes venant des hôpitaux pour désengorger ceux-ci. Durant ce temps, les demandes des médecins sur le terrain sont sur une liste d'attente. Ainsi, des patients se retrouvent à l'urgence en attente d'une prise en charge.

Est-ce qu'une rémunération bonifiée pourrait encourager le recrutement des jeunes médecins? Oui, à court terme, naïvement; mais non à long terme, tant que la pratique quotidienne ne sera pas plus soutenue. Dommage! Car dans les faits, la prise en charge médicale au bureau ou à domicile peut être si valorisante et enrichissante!

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François Allison - Médecin de famille, CLSC du Marigot, Laval, et chargé d'enseignement de clinique, Département de médecine familiale et de médecine d'urgence, Université de Montréal
1 commentaire
  • Marie-France Legault - Inscrit 12 août 2011 09 h 29

    Il paraît qu'on juge

    une NATION suivant la façon dont elle traite ses aînés...
    au Québec, les aînés semblent un fardeau, plus qu'une richesse
    un embarras plus qu'une aide expérimentés...

    Le bénévolat est.... semble-t-il la chasse-gardée des aînés...
    Étant retraités ils peuvent "donner du temps" de leur personne
    pour aider les plus démunis...

    En faisant la "popotte roulante" je me suis aperçue
    qu'il y a des aînés complètement démunis, qui viennent
    parfois nous répondre branchés sur un soluté...

    Le lieutenant-gouverneur est venu distribuer des repas...
    au Patro Roc-Amadour à Québec....c'est un homme près des gens...

    Je conseillerais à tous les députés, ministres de venir
    voir dans la "vraie vie" comment les aînés sont démunis.