De l'engagement politique

La foudre médiatique qui s'abat présentement sur la chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, invite à quelques réflexions sur l'engagement politique. Beaucoup de gens semblent lui reprocher aujourd'hui d'avoir été membre de plusieurs partis politiques. Militante depuis 20 ans pour le NPD, membre du Bloc québécois de 2006 à 2011, membre de Québec solidaire sur la scène provinciale, Mme Turmel a des allégeances politiques qui semblent se confondre.

Si les médias du Canada anglais se sont déchaînés pour dénoncer ce comportement, celui qui a poussé la critique le plus loin vient pourtant du Québec; il s'agit de Bernard Landry. «C'est rare que je sois en harmonie avec le Canada anglais, mais je pense qu'ils ont raison. Il y a un problème civique grave», a dit l'ancien premier ministre en entrevue à la Presse canadienne.

Certains peuvent effectivement y voir d'évidentes contradictions, mais il n'en demeure pas moins que ces choix sont légitimes et facilement défendables. On peut apporter son appui à un parti à des fins purement stratégiques, sans faire entièrement sienne sa plate-forme électorale. La politique n'est pas obligatoirement le «tout ou rien» auquel Bernard Landry semble faire allusion.

Éléments d'analyse

Le comportement politique de Nycole Turmel pourrait en fait être analysé à travers les réflexions suivantes.

n 2006. Des élections fédérales sont prévues pour 2011. Les résultats électoraux de 2006 donnent un gouvernement minoritaire aux conservateurs. La durée moyenne d'un gouvernement minoritaire au Canada est d'un an et demi. Vu sous cet angle, Nycole Turmel aurait très bien pu se positionner contre les conservateurs en appuyant le Bloc québécois, seul parti capable de leur faire obstacle dans la Belle Province. Il ne faut pas oublier non plus que le Bloc québécois a certaines affinités idéologiques avec le NPD.

n 2008. Réélection d'un gouvernement conservateur minoritaire, ce qui donne au moins partiellement ses lettres de noblesse à la stratégie présumée.

n Il est clair qu'il n'y a pas autant de contradictions en ce qui concerne Québec solidaire. Ce parti oeuvre sur la scène provinciale. C'est un parti de gauche, tout comme le NPD. La souveraineté dans la plate-forme du parti? Et alors? Rien n'indique que Mme Turmel souhaite faire la souveraineté. On peut aimer des candidats sans souhaiter qu'ils mettent en oeuvre leur plate-forme électorale. Après tout, au Canada comme au Québec, on vote pour un candidat et non pour un parti. Cette remarque vaut également pour l'adhésion de Mme Turmel au Bloc québécois .

En résumé, si Mme Turmel souhaitait à l'époque bloquer les conservateurs et se trouvait séduite par les personnalités d'Amir Khadir et de Françoise David, qu'importe? Il n'y a rien d'indigne à cela!

Le comportement du Canada anglais, qui aura trouvé en Bernard Landry un allié peu naturel, fait plutôt la promotion d'une attitude vindicative à l'égard d'une députation majoritairement issue du Québec. D'un autre côté, il est facile de prêter à Bernard Landry l'intention de s'exprimer dans l'intérêt du Bloc québécois qui a été terrassé par le NPD aux dernières élections fédérales.

Finalement, si certains voient dans l'engagement politique une sorte de finalité qui flirte avec l'absolu et l'irrévocable, d'autres sont plutôt d'avis qu'il s'agit d'un moyen, ce qui ne va pas sans stratégie et sans calcul. Ce débat existait bien avant nous. Or, qui peut prétendre avoir raison?

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Laurent Trempe - Collaborateur à la revue juridique en ligne Faits et causes (www.faitsetcauses.com)
7 commentaires
  • Darwin666 - Abonné 9 août 2011 02 h 51

    Un autre élément à considérer

    Même si je trouve certains éléments un peu tordus dans le raisonnement de M. Trempe, il a omis un fait encore plus troublant.

    Le Bloc est sensé être un parti indépendantiste libre. Or, il a toujours renié QS. Il était devenu, ni plus ni moins qu'une succursale fédérale du PQ. Sa position sur l'amiante l'illustre très bien. Il était contre, puis est revenu pour quand le PQ a décidé d'appuyer cette industrie mortifère. Puis est devenu moins certain quand le PQ a demandé plus d'études sur le sujet... Bref, ce parti n'avait plus d'autre programme que celui du PQ.

    Et il s'est offusqué par la suite que QS ne l'appuie pas inconditionnellement ! Quelle hypocrisie! Je comprends très bien madame Turmel, avec qui j'ai milité syndicalement pendant des années, d'avoir choisi des partis résolument à gauche. Tout cela avalise sa version d'avoir pris une carte du Bloc que par amitié avec une autre progressiste.

    Tout ce que je regrette, c'est qu'elle n'ait pas défendu son droit d'être membre du seul parti de gauche du Québec...

  • Jean Lapointe - Abonné 9 août 2011 07 h 28

    Voyons donc.


    Quand on s'engage en politique, il me semble qu'il faut savoir ce que l'on veut.

    Il faut avoir une pensée cohérente.

    Si non, comment voulez-vous que les citoyens sachent à quoi s'en tenir?

    Or Nycole Turmet pense peut-être qu'elle a une pensée cohérente et une vision claire de ce qu'elle veut pour son pays le Québec (je dis ça parce qu'elle me donne l'impression de se considérer comme étant de nationalité québécoise) et pour le Canada, mais ce n'est pas l'impression qu'elle donne au ROC et aussi à certains Québécois dont je suis.

    Il y a des gens qui prennent sa défense sous toutes sortes de prétextes comme le fait ce monsieur Trempe.

    Il y en a qui me donnent l'impression de la prendre en pitié. Serait-ce que c'est parce qu'elle est une femme qu'on s'apitoyerait ainsi sur son sort?

    Ce serait compréhensible parce que dans notre imaginaire collectif , les femmes sont considérées comme plus faibles et donc comme moins aptes à se défendre mais ce ne serait pas acceptable pour autant.

  • michel lebel - Inscrit 9 août 2011 08 h 03

    Cohérence...

    Pour être pris(e) au sérieux, il faut un certaine cohérence. À cet égard, Mme Turmel est en manque. C'est tout. À sa décharge, on peut ajouter que le monde politique n'est pas le lieu où excelle la cohérence...

  • AML - Inscrit 9 août 2011 09 h 27

    passer à autre chose

    Et si on la laissait tranquille avec cette histoire de Bloc et QS... et si on essayait de voir ce qu'elle a à dire sur d'autres dossiers ? Peut-être on découvrirait qui elle est et ce qu'elle vaut comme politicienne...

  • jeanduc - Inscrit 9 août 2011 09 h 35

    Confusion!

    Voter stratégiquement pour un parti politique est une chose (secrète en plus) et être membre d'un parti politique en est une autre. Les entrepreneurs en asphalte sont membre de plusieurs partis "o-ca-z'ou"!

    Mme Turmel est au plus haut niveau politique, elle est implicitement porteuse de valeurs et d'idéologies. Il est tout à fait justifié pour le ROC de réagir vivement à cette dame qui a eu comme option de "briser leur pays"!