Exploitation pétrolière - Inquiétudes et questions légitimes à Gaspé

C'est avec beaucoup d'appréhension que j'ai appris, dans les pages du Devoir, que la compagnie Pétrolia venait d'acquérir un terrain à Gaspé pour y stocker du pétrole en prévision de l'exploitation d'un puits dont l'entreprise est propriétaire sur un terrain adjacent. Du même souffle, on y apprend que l'entreprise s'apprête à embaucher des lobbyistes pour convaincre le gouvernement québécois de relâcher certaines contraintes concernant l'exploitation pétrolière dans la région.

«Hourra!» crieront les chantres de l'économie et du développement à tout crin. «Ne voici donc pas une occasion en or de stimuler une économie moribonde, de gonfler les revenus de l'État tout en diminuant la dépendance du Québec envers les importations énergétiques étrangères?» Pas si vite! Certaines questions méritent d'être posées.

Quels emplois, quels revenus?


Il faut connaître la dimension du puits Haldimand pour savoir que le nombre d'emplois créés suite à son exploitation serait somme tout modeste. On dira que, même modeste, de nouveaux emplois créés dans une région où le taux de chômage est l'un des plus élevés au Québec, c'est toujours bienvenue. Oui, mais pas à n'importe quel prix.

Le puits se trouve à proximité d'une magnifique rivière à saumons qui attire son lot de touristes — venant à gros prix — en plus d'alimenter en eau potable une bonne portion de la population de Gaspé. Le risque de contamination, sans parler des déversements, est réel dans la mesure où l'exploitation du pétrole repose sur des techniques utilisant des produits polluants ou d'autres techniques (fracturation hydraulique) non encore éprouvées. Nul besoin d'être grand clerc pour réaliser que les risques de pertes environnementales et économiques dépassent les gains en emplois. Et encore, nous n'évoquons pas les risques de déversements dans la Baie de Gaspé qui borde le Parc National Forillon.

En ce qui a trait aux revenus tirés de l'exploitation du puits, l'article évoque un potentiel de 7,7 millions de barils, ce qui pourrait valoir des revenus avoisinant les 770 millions de dollars. Voilà là où le bât blesse: à qui les 770 millions de revenus? La loi québécoises sur les mines prévoit des redevances variant entre 5 % et 17 % de la valeur du puits et ce, en vertu d'un bail d'une durée de 20 ans (article 204).

En extrapolant sur la base de ses données (10 % de 800 millions sur 20 ans), on peut anticiper des revenus gouvernementaux annuels avoisinant les 4 millions de dollars, revenus venant se fondre au Fonds consolidé du trésor québécois qui oscille à 63 M $. Rien pour s'extasier outre-mesure.

En contrepartie, la part est belle pour l'entreprise Pétrolia et pour ses actionnaires dont le principal est une entreprise, Pilatus Energy, basée en Suisse et dont le président réside aux Émirats arabes unis. Belle redistribution de notre richesse collective!

Maîtres chez nous!

Dans la mesure où la population de Gaspé est la première concernée par les risques environnementaux liés à l'exploitation de cette ressource, elle est en droit de poser des questions et d'exiger que les autorités provinciales ne cèdent pas aux pressions du privé — qui souhaitent la levée du moratoire sur l'exploitation gazière et pétrolière en zone maritime — sans que certaines garanties ne soient accordées. Et pourquoi pas ne rien céder du tout? La population n'est-elle pas en droit et en mesure de proposer SA vision du développement économique près de 50 ans après la nationalisation de l'électricité?

Je félicite le courage des citoyens et des élus municipaux de Gaspé qui osent tenir tête au lobby du pétrole pour défendre le magnifique legs que la nature leur a confié ainsi que leur milieu de vie. Il eut été tentant de céder à des arguments de courte vue dans une région qui a pourtant besoin de stimuli économiques.

Mais à cet effet, mieux vaut poursuivre sur la lancée du développement des énergies vertes — où la région se positionne déjà en leader, de l'exploitation du terroir ou du tourisme vert plutôt que de revenir 100 en arrière avec l'exploitation d'une ressource dont la valeur continuera d'augmenter avec les années. Mais surtout, pourquoi privatiser les profits et laisser aux collectivités assumer les frais des risques environnementaux?

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Félix Houde, Montréal
1 commentaire
  • Louise Lefebvre - Inscrite 30 juillet 2011 12 h 57

    des cervaux qui pensent

    Ce peut-il qu'il y ait au Québec quelques personnes avec un cervaux et qui plus est, s'en servent.
    Bravo!