Attentats en Norvège - «Plus de démocratie, plus d'ouverture et plus d'humanité, mais jamais de naïveté»

Considéré comme l’un des pays les plus généreux de la planète quant à l’aide au développement et au soutien à son peuple, les citoyens sont présents partout où se retrouvent la misère et la détresse humaine.<br />
Photo: Agence Reuters Cathal McNaughton Considéré comme l’un des pays les plus généreux de la planète quant à l’aide au développement et au soutien à son peuple, les citoyens sont présents partout où se retrouvent la misère et la détresse humaine.

«Nous sommes un petit pays, mais nous sommes un peuple fier. [...] Nous sommes tous choqués par ces actes répréhensibles [...], mais nous n'abandonnerons jamais nos valeurs. Notre réponse à la violence sera plus de démocratie, plus d'ouverture et plus d'humanité. Mais jamais de naïveté.» — Jens Stoltenberg, premier ministre de Norvège, cathédrale d'Oslo, 24 juillet 2011

Pour qui s'intéresse aux causes de paix et de prévention de la violence, la Norvège fait depuis longtemps figure de modèle. Lorsqu'on cherche une innovation en prévention, inévitablement on jette un coup d'oeil sur ce qui se fait en Suède et en Norvège. C'est un réflexe.

Outre la remise des prix Nobel de la paix, la Norvège et les soldats norvégiens n'avaient rien à envier à la participation canadienne dans les missions multilatérales de maintien de la paix des Nations unies. Considéré comme l'un des pays les plus généreux de la planète quant à l'aide au développement et au soutien à son peuple, les citoyens sont présents partout où se retrouvent la misère et la détresse humaine. Grâce aux impressionnants travaux du chercheur Johan Galtung, le pays est à l'origine de l'irénologie, le domaine scientifique émergent de la recherche pour la paix (Peace Research).

Historiquement, le pays n'a pas été perméable aux valeurs de supériorité des races de l'Allemagne nazie. La population norvégienne a activement résisté à la contamination idéologique de son système d'éducation par l'occupant lors de la Seconde Guerre mondiale. La mise en oeuvre de la «solution finale» visant à identifier et exterminer les Juifs d'Europe a été, de l'aveu même des généraux nazis, un échec dans le pays. La population a solidairement porté l'étoile de David, nuisant à l'identification des membres de la communauté juive. Par son histoire, le pays est loin d'offrir un terrain fertile au racisme extrémiste.

Une vocation

Les contributions des Norvégiens à la paix mondiale et à la prévention de la violence ne s'arrêtent pas là. Au moment où la confiance en l'intervention des États pour l'action préventive dans les conflits internationaux est à son plus bas, la Norvège surprend toujours par son soutien à l'action citoyenne. Que l'on parle de l'appui à l'engagement des citoyens dans les pays en conflit par des interpositions pour la paix; du soutien structurel aux initiatives d'accompagnement préventif pour les droits de la personne; de stimulation des investissements des ressources privées et publiques dans le développement des approches de services civils — l'innovation dans l'action semble une véritable vocation.

La Norvège est l'un des rares pays où le service civil se fait dans des conditions équivalentes au service militaire. Grâce à la reconnaissance de l'objection de conscience, le refus de tuer, plus de 2500 jeunes Norvégiens s'engagent en éducation à la prévention de la violence et en coopération internationale comme substitution au service militaire obligatoire. Ce service de substitution est reconnu depuis les années 1920: en cette matière, le pays a véritablement fait figure d'avant-gardisme.

De nombreux jeunes Québécois connaissent Gro Harlem Brundtland, ancienne ministre d'État norvégienne, qui a dirigé la Commission des Nations unies sur le développement durable, dont le nom est à l'origine d'un vaste mouvement environnemental scolaire. Par contre, peu connaissent l'investissement pour la paix de Johan Jorgen Holst, ancien ministre de la Défense et des Affaires extérieures, engagé activement dans les nombreux processus de paix au Moyen-Orient, et auteur d'un petit document visionnaire sur la défense populaire non violente (Civilian-Based Defense in a New Era).

Pionnier

Même en ce qui concerne les initiatives de prévention des violences sociales, le pays fait figure de pionnier. La non-violence et la saine gestion des conflits font partie des assises de l'éducation et les milieux jeunesse sont particulièrement bien outillés en services divers d'accompagnement préventif et de recours à la médiation et à la réparation. Les services communautaires capables de réduire la vulnérabilité et l'isolement social des citoyens sont multiples.

À plusieurs niveaux, les solidarités sociales ne sont pas qu'encouragées, mais soutenues par l'État et les entreprises. Tous y voient une façon d'atténuer les inquiétudes des employés et d'augmenter la productivité. La Norvège semble avoir compris que l'isolement et la peur des personnes sont au coeur des actes de désespoir et de violence, et que la prévention est l'affaire de tous. Le pacifisme ou la prévention des violences sont si poussés qu'on a pratiquement été capable d'abolir le port d'arme pour les policiers.

Ce peuple a démontré qu'il est possible d'atténuer ou de minimiser les conditions propices aux violences dans une société, en mettant de côté l'essentiel des mesures de contrôle et de répression. Les politiques exemplaires de ce pays indiquent que dire efficacement «non» à la violence, peu importe le milieu, nécessite la mise en place de multiples moyens d'appui aux solidarités citoyennes et une impressionnante dose de créativité.

Le carnage de vendredi illustre que la perfection n'est pas de ce monde. La question qui se posera dorénavant me semble la suivante: quelles nouvelles mesures d'innovation nous réservent les Norvégiens? Innoveront-ils maintenant en cyberdétection des propos haineux? Orienteront-ils l'action politique vers le désamorçage des idéologies fondamentalistes religieuses, et dans la prévention des conditions propices aux haines interethniques?

Une fois le choc, l'incompréhension et la tristesse franchis, le peuple norvégien se redressera. Nous pouvons être persuadés de voir ce peuple d'avant-garde, novateur et profondément pacifique se retrousser les manches et passer à l'action.

De notre côté, nous ne pouvons que rêver au jour où nos gouvernements feront preuve d'autant de détermination, de dignité et de sens des responsabilités dans la lutte contre la violence.

***

Normand Beaudet - Membre fondateur du Centre de ressources sur la non-violence et responsable des dossiers sur la paix pour l'organisme.

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8 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 28 juillet 2011 07 h 29

    «Par son histoire, le pays est loin d'offrir un terrain fertile au racisme extrémiste.»

    Alors si l'extrême-droite est rendue à 22% c'est qu'il y a peut-être un petit problème que vous n'avez pas vu?

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 28 juillet 2011 07 h 29

    «Par son histoire, le pays est loin d'offrir un terrain fertile au racisme extrémiste.»

    Alors si l'extrême-droite est rendue à 22% c'est qu'il y a peut-être un petit problème que vous n'avez pas vu?

  • Erwan Basque - Inscrit 28 juillet 2011 08 h 00

    L'exemplarité de la Norvège.

    Bonjour,
    Bien évidemment, quel pays exemplaire qu'est la Norvège ! La Norvège est le fer de lance, l'exemple patent de ce que doit être l'ouverture et l'accueil de l'Autre avec ses différences. Avec d'autres pays scandinaves qui sont dans la même foulée, la Norvège est au Vieux Continent ce que le Canada est aux Amériques dans son accueil aux Autres qui viennent y vivre leurs différences dans le respect et l'ouverture Canadienne. Avec les bras ouverts d'Un Océan à l'Autre !
    En effet, la Norvège n'a surtout pas à rougir avec ses politiques sociales avant gardistes et l'ouverture d'esprit légendaire des Norvégiens ouverts sur le monde avec la diversité planétaire qui y est bienvenue par son multiculturalisme exemplaire. Le premier ministre, Monsieur Jens Stoltenberg affirme haut et fort que le pays norvégien continuera dans la même veine avec son accueil et son ouverture, ce qui démontre une foi inébranlable dans les Norvégiens.
    Par ailleurs, il ne faut pas s'étonner outre mesure qu'avec une telle attitude dans l'ouverture, il y a quelques fois un ressac qui finit par émerger dans l'extrême droite comme le cas malheureux de ce nationaliste norvégien qu'est Anders Behring Breivik qui semble heureusement un cas isolé. Cet ultra nationaliste parmi les purs et durs qui carburent à la vue d'un drapeau n'y est pas allé de main morte en se sentant menacé dans son étroitesse d'esprit par des Invasions qu'il considérait barbare. Ce fou du drapeau et de la pureté ethnique était tout à fait réfractaire, tout à fait contre le multiculturalisme qui est tout à l'honneur de la Norvège. Islamophobe en plus, ce qui va de soi avec de tels barbares à l'esprit étroit qui ont besoin d'un ennemi potentiel, souvent même imaginaire pour justifier le nationalisme qui les dévore car bien souvent, sans personne à détester, le nationalisme meurt de sa belle mort.
    Bref, beaucoup de courage souhaité aux Norvégiens face à cette opprobre . Erwan Bas

  • lise bélanger - Abonnée 28 juillet 2011 10 h 15

    Extrême droite

    S'il s'avère que 22% de la population de Norvège appui le mouvement d'extrême droite, donc près de une personne sur quatre, c'est beaucoup. Pas majoritaire mais cela laisse entendre une forte vague de fond d'une certaine exaspération à une tolérance absolue de l'autre.

    La liberté absolue, est l'inverse de la liberté. Toute liberté s'arrête là où celle de l'autre commence. Ça s'appelle un système de droit, de démocratie. Mettre des religions qui briment en autre ou nient le droit des femmes à une existence à part entière, sur un même pied d'égalité que la recherche de la liberté individuelle,pour appuyer un certain multiculturalisme, n'est pas de la liberté ou démocratie mais bien l'inverse, une régression.

    Ne pas voir cela est dangereux, être trop lâche pour s'affirmer est aussi très dangereux. Nos valeurs occidentales sont loin d'être parfaites mais elles sont les plus évoluées sur terre.

    Nous devons être vigilants et redresser le tort fait par l'utilisation erronée des Chartes de droits et libertés qui ont confondu et confonde encore liberté absolue et liberté en tant qu'instrument de paix et d'évolution sociale et individuelle.

  • Turbine - Abonné 28 juillet 2011 11 h 07

    Demande de réfugié

    Je demande asile, car dans mon pays, le Québécois moyen est surendetté et subventionne sans consentement des compagnies pollueuses étrangères défendues par des anciens fonctionnaires ou premier ministre québécois. On sape dans les services sociaux et les enfants ne sont plus protégés. En cas d'abus parental, le laisser-faire est de mise, car c'est moins d'ouvrage et moins coûteux. Même chose pour les sans abris. La plupart sont malades mentaux. Ça coûte moins cher de les laisser dans la rue et leur garocher 50 cents. Les plus vulnérables n'ont plus accès aux services de santé. On a le temps de mourir sur une chaise dans la salle d'attente. Attendre 12 heures sur une chaise quand tu as 92 ans et que tu es malade, c'est devenu normal. On bafoue les droits démocratiques de syndicats, d'accès aux études supérieurs, le fonctionnement du système de justice envoie des criminels endurcis dans la nature et on forme une police pour surveiller des étudiants qui demandent justice, égalité et démocratie. Notre pays devient même la cible d'Amnistie internationale. On est mis dehors des organismes de l'ONU parce que notre chef est a des politiques d'intégriste religieux d'extrême droite. Notre gouvernement détourne des fonds pour se faire réélire. Des ministres mentent impunément à la chambre des Communes et sont immunisés. Les valeurs mises de l'avant est la cupidité, l'indifférence et la haine. Les femmes, les homosexuels voient leur droit fondre comme neige au soleil. On coupe dans la culture. On militarise le pays. Ça ressemble de plus en plus à l'Allemagne en 1930.

    M. Stoltenberg, je veux participer à construire un pays humain. Pouvez-vous m'accepter?