Survivre avec le transport adapté

Le transport adapté nous handicape. Combien d'opportunités d'emploi nous ont glissé entre les doigts parce que nous ne pouvions nous déplacer facilement dans notre ville?
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le transport adapté nous handicape. Combien d'opportunités d'emploi nous ont glissé entre les doigts parce que nous ne pouvions nous déplacer facilement dans notre ville?

La semaine dernière, le Téléjournal de 18 heures a présenté un reportage sur un jeune homme handicapé abandonné par un chauffeur de la STM à la mauvaise adresse. Cette histoire horrible aux yeux de tous ne m'a pourtant pas surprise un seul instant. C'est un peu comme si j'avais vu un reportage sur la présence de nids-de-poule sur la rue Saint-Denis au mois de mars.

Sur les réseaux sociaux, mes amis qui, tout comme moi, utilisent le transport adapté ont eu la même réaction: «Un jeune abandonné par le transport adapté de la STM? Quelle surprise!» Nous partageons le même cynisme. Nous sommes pourtant des gens remplis de rêves et de projets. Mais quand vient le temps de parler de transport adapté, les étincelles dans nos yeux disparaissent.

Le transport adapté nous handicape. Combien d'opportunités d'emploi nous ont glissé entre les doigts parce que nous ne pouvions nous déplacer facilement dans notre ville? Combien de jours (oui, nous pourrions compter ça en jours!) avons-nous passés à attendre l'arrivée du transport adapté? Combien de fois notre transport adapté ne s'est jamais présenté?

Combien de vendredis soirs avons-nous dû passer à la maison malgré une belle invitation de dernière minute? Combien d'années devrons-nous attendre afin de pouvoir utiliser librement notre métro? Soixante-quatorze petites années.

Stressant et stigmatisant

Je me déplace en fauteuil roulant motorisé. J'ai commencé à utiliser le transport adapté en 2002 alors que j'étais âgée de 17 ans. Mes parents m'avaient rapidement donné un téléphone cellulaire. Cet outil s'était alors avéré fort nécessaire à ma sécurité. Vu de l'extérieur, le transport adapté peut sembler un milieu protégé pour les personnes handicapées. En réalité, les retards importants, l'absence de flexibilité, les erreurs de la STM ainsi que les difficultés pour obtenir un transport en font un système stressant et très stigmatisant.

J'ai d'abord tenté de vivre avec le transport adapté. J'ai échoué. J'ai donc appris à survivre avec le transport adapté. Comme des milliers de gens.

La mère de Simon El Akhoury a expliqué que lorsqu'elle a appelé le transport adapté de la STM dans un état de panique pour savoir où était son fils, son inquiétude a été prise à la légère. «Mais calmez-vous, madame. Ce n'est pas si grave. Nous allons régler le problème», lui a-t-on répondu. Le transport adapté a proposé à madame Asfar d'aller chercher son fils dans deux heures. Deux heures!

Si la STM a besoin de deux heures pour aller chercher un client non autonome qu'elle a déposé à la mauvaise adresse, imaginez combien de temps un client peut attendre s'il a besoin de quitter le travail plus tôt que prévu à cause d'un sérieux mal de tête? Il attendra la fin de la journée. Une telle demande risque fort bien de ne pas être traitée.

Des besoins en pleine expansion


Le transport adapté est présentement en pleine expansion. Les besoins explosent d'année en année. La population vieillit, les personnes handicapées participent (tentent de participer!) de plus en plus à la société et notre système de transport régulier est très peu accessible. Toutes les conditions sont réunies pour une hausse exponentielle des besoins.

Pour tenter de répondre à la demande, la STM fait de plus en plus affaire avec des services de taxi. Plus de 85 % des déplacements sont maintenant effectués de cette manière. Ces chauffeurs de taxi reçoivent une formation de quatre heures. Quatre heures. C'est tout.

Bien entendu, certains chauffeurs font très bien leur travail malgré les conditions de travail beaucoup moins avantageuses que les chauffeurs de minibus de la STM. Il n'en demeure pas moins qu'il existe maintenant un système à deux vitesses au sein même du transport adapté. Comment la STM peut-elle s'étonner de l'histoire de Simon El Akhoury alors qu'elle n'offre que quatre heures de formation aux chauffeurs de taxi effectuant plus de 85 % des déplacements? Leur surprise n'est pas sincère. Elle est fabriquée de toutes pièces.

Rien d'isolé

La STM affirme que la mésaventure de Simon El Akhoury est un incident isolé et rarissime. Elle est plutôt le résultat des lacunes d'un système qui n'arrive même pas à répondre adéquatement à des besoins simples et essentiels.

Le transport adapté de la STM est déficient. Le fait que la STM délègue de plus en plus ses responsabilités au secteur privé en négligeant la qualité des services est alarmant.

Plus que jamais nous ne vivons pas avec le transport adapté. Nous survivons.

***

Laurence Parent, vice-présidente, Regroupement des activistes pour l'inclusion au Québec

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1 commentaire
  • Laurent Morissette - Inscrit 26 juillet 2011 13 h 25

    Super article

    Bravo à toi Laurence! Tu as toujours cette manière d'être assez vindicative dans tes propos. Il est évident que la STM n'est pas consciente de la sévérité de la situation! Comme tout organisme gouvernemental dont on dépend, il pratique une politique de minimisation... Des erreurs du genre ne devraient pas faire partie de la réalité Q-U-O-T-I-E-N-N-E des usagers. Je pense quant à moi, que la STM DOIT être tenue comme redevable aux usagers et payer une compensation dans pareils cas!

    Il est évident qu'Mil tenteraient de refiler la facture aux conducteur qui eux, souvent, TENTE de faire leur travail avec le peu de formation qu'ils ont. 4h.. c'est effarant!

    La société d'état qui est financée avec nos deniers publics doit à tout prix faire un exament de conscience et se responsabiliser!

    Elle doit entre autres choses reviser son processus d'attribution des contrats de transport afin d'exiger un MAXIMUM d'heures de formation d'aide auprès de personnes en situation d'handicaps!

    Encore faudrait-il laisser le temps à certains chauffeurs de déposer leurs valises en sortant de l'avion et connaître Montréal avant de leur mettre un volant et un permis de Taxi :)