Lettre aux participants du Wapikoni mobile - On ne vous laissera pas tomber

Mélanie Charbonneau et Kevin Papatie, filmés dans le cadre du documentaire Wapikoni, escale à Kitcisakik.<br />
Photo: Source Télé-Québec Mélanie Charbonneau et Kevin Papatie, filmés dans le cadre du documentaire Wapikoni, escale à Kitcisakik.

Chers coordonnateurs du Wapikoni mobile,
chers participants, cinéastes et musiciens, chers collaborateurs des Premières Nations,

Je vous écris cette lettre avec beaucoup d'émotion, vous qui constituez la raison d'être du Wapikoni mobile, vous qui occupez une place spéciale dans mon coeur. À moins d'un miracle, les studios ambulants du Wapikoni mobile ne rouleront pas vers vous cette année et ça me fait de la peine. Le ministère des Ressources humaines et Développement des compétences en a décidé autrement. Pourtant, plusieurs des représentants de ce ministère ont visité vos communautés au fil des ans, évaluant nos résultats, vous interrogeant et assistant aux projections de vos films. Ils connaissent les communautés, ils connaissent notre travail — qui inclut aussi le vôtre. Chaque fois, convaincus, ils ont recommandé à leur ministère la continuité du financement des activités du Wapikoni mobile.

Malheureusement cette année, malgré la recommandation renouvelée de la part de cette équipe, leurs supérieurs au gouvernement fédéral ont décidé de couper le financement du Wapikoni mobile, mettant ainsi un terme aux activités des roulottes dans la plupart des communautés desservies par nos (vos) studios ambulants.

Nous sommes maintenant à la mi-juillet. Le calendrier des 12 escales habituelles est encore accroché à mon mur. Je sais que vous nous attendez. Je sais que certains d'entre vous ont des idées de films et de musiques en tête, qu'ils auraient réalisés au prix de beaucoup d'efforts, de courage et d'acharnement avec comme récompenses l'émotion, la satisfaction et la fierté du travail bien fait. Je connais le grand talent de plusieurs d'entre vous. Je sais aussi que votre vie n'est pas toujours facile et que le passage du Wapikoni l'allège parfois un peu.

À la recherche de solutions

Je vous écris ce mot pour vous dire que l'équipe du Wapikoni ne vous oublie pas. On travaille fort à sauver vos escales. Déjà, certaines communautés qui en ont la capacité financière ont manifesté le désir d'aider le Wapikoni mobile à poursuivre ses activités dans leur communauté. Ça me touche beaucoup. On sait aussi que des partenaires de certains ministères, au fédéral comme au provincial, sont des alliés indéfectibles du Wapikoni mobile et cherchent avec nous des solutions pour assurer la pérennité du projet.

Nous n'avons pas encore reçu la lettre officielle de refus de la part de Madame la Ministre Finley, il ne serait peut-être pas encore trop tard pour annuler la décision. Nous avons communiqué avec son bureau afin de la rencontrer et de nous entretenir avec elle. De plus, Eva Ottawa, grand chef de la nation atikamekw, membre fondateur du Wapikoni mobile, a contacté le ministre des Affaires autochtones, John Duncan, pour solliciter son appui. Les ministres québécois Denis Lebel et Christian Paradis ont aussi été sollicités. Tout espoir n'est donc pas perdu.

De jeunes cinéastes formateurs ont roulé vers vous depuis quelques années et ont découvert votre univers. Vous avez découvert aussi le leur. Des amitiés se sont créées. Les quelque 450 films et musiques que vous avez réalisés au fil des ans sont la manifestation concrète de la complicité qui existe maintenant entre vous, la preuve que la rencontre peut avoir lieu et qu'elle aura encore lieu.

On ne vous laisse pas tomber. Le Wapikoni mobile roulera encore vers vous, avec une belle roulotte toute neuve. En attendant, vos films se promènent dans le monde et représentent les Premières Nations du Québec. Vous avez de quoi être fiers: vous avez contribué à la création d'un patrimoine culturel unique au monde, infiniment précieux, et qui passera sans doute à l'histoire. Ne lâchez pas, le monde a besoin de vous entendre.

Avec toute mon affection.

Manon

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Manon Barbeau - Fondatrice et directrice générale du Wapikoni mobile
 
5 commentaires
  • Yves Rousseau - Abonné 21 juillet 2011 08 h 39

    Longue vie au Wapikoni mobile!

    Je tiens à unir ma voix à celles qui s'élèvent pour protester contre la décision du gouvernement canadien de couper les vivres au Wapikoni mobile.

    Une coupe d'un demi-million$, une goutte d'eau dans les dépenses fédérales, un océan d'espoir pour les jeunes des Premières Nations.

    Il faut avoir passé un certain temps dans une communauté autochtone pour comprendre la profonde détresse de cette jeunesse. Coupée à la fois des savoirs ancestraux et trop loin des grands centres pour bénéficier des avancées de la modernité (santé, éducation, culture) la génération des autochtones de 15-30 ans qui vit sur les réserves est coincée dans un présent flou et sans issue.

    Wapikoni leur permet de grimper une montagne afin de voir plus loin, de se dire, filmer et chanter avec des moyens techniques décents et un encadrement de formateurs dévoués.

    À l'été 2006, je suis allé à Wemotaci de mon plein gré, donner un coup de main à un ami qui était formateur pour Wapikoni. J'ai pris la route vers La Tuque, puis 200 km de chemin de terre vers le territoire Atikamekw. C'est sur cette route qu'une jeune femme nommée Wapikoni a été fauchée par un camion semi-remorque.

    J'ai connu les tournages, les discussions et les rires dans la roulotte, qui est autant un centre communautaire qu'un studio mobile. Les regards concentrés des jeunes sur le poste de montage. Pour la première fois de leur vie, ils concevaient et réalisaient un projet concret, ils découvraient qu'ils pouvaient accomplir quelque chose. L'émotion au moment de la projection, les rires et les larmes. Je me souviens avoir bidouillé un projecteur récalcitrant pendant que le montage final sortait encore de l'ordinateur après une dernière nuit blanche de post-production.

    C'était l'été de Coureurs de nuit de Chanouk Newashish.

    Yves Rousseau
    Professeur de cinéma,
    Cégep FXG.

  • camelot - Inscrit 21 juillet 2011 11 h 53

    Despotique

    Harper préfère construire et agrandir des prisons, acheter des avions de guerre et couper dans la culture plutôt que de supporter ces admirables artistes qui soignent l'âme autochtone, blessée par des siècles de mépris colonialiste.

  • Côté Marcel - Inscrit 21 juillet 2011 12 h 12

    Pour l'espoir et les rêves et la réalité de chaque jour.

    Bonjour.
    Pour l'espoir et le rêve et la réalité de chaque jour que ses peuples fondateurs et qui défendus les terres du Canada vite une FONDATION ou un parainage par les clubs lion, où les clubs optimistes,ou coopérative, mais il y a un mais la liberté de dire de transmettre autre chose que un parti politique pense ou est la libertée expression.

    Vite une coopérative ou un parainage par diver club sociaux et des adresse pour pouvoir soutenir et sauver Wapikoni mobile.

    La décision du gouvernement de M.Harper est un manque de respect envers les premières nations qui ont été fondatrices et qui ont défendus les terres du Canada il est clair que le gouvernement aime mieux faire un lac artificiel, mais il y a un mais pour un gouvernement conservateur artificiel,car un vrais député ou ministre conservateur n'aurait jamais permis se manque de respect et espoir à apporter à plusieur jeunes Autochtones.

    Question pour vous M.Harper.

    M.Harper combien d'argent des canadiens à été donné au seigneur de la guerre en Afghanistan ?

    Bonjour et dans quatre ans M.Harper pour de nouvelle élection.

  • Alain Duquette - Abonné 21 juillet 2011 15 h 36

    Oui, Wapikoni !

    Jusqu'où notre seigneur de guerre en chef canadien se permettra-t-il de miner les instruments de démocratie et d'épanouissement personnel et collectif que nous nous sommes donnés ?

    Faudra-t-il un jour déterrer la hache de guerre ?

    J'ai peur qu'un jour, il ne soit trop tard...

  • natalie martin - Inscrit 21 juillet 2011 17 h 41

    Comprendre l'enjeu en se faisant raconter l'histoire de l'intérieur

    J'ai été formatrice avec le Wapikoni auprès des jeunes Innus de la Côte-Nord.
    Les ponts qu'on créent par la créativité en travaillant avec des jeunes ne sont pas superficiels. Ils nous transforment, nous comme eux. Je souhaite infiniment que des ponts continuent de se créer, nous en avons besoin.
    Et vous savez quoi? J'ai confiance.

    À ceux qui sont intrigués ou touchés par le travail du Wapikoni, mais ne connaissent pas bien sa démarche, je vous souhaite de voir le superbe documentaire "Wapikoni - Escale à Kitcisakik" réalisé par Mathieu Vachon. Il vous fera comprendre l'enjeu en vous racontant l'histoire d'une escale dans une communauté autochtone. Le film a été diffusé à Télé-Québec. Pourrait-il l'être à nouveau très bientôt? ou mis en ligne pour un accès plus large au public? d'ici là, vous pouvez vous le procurer sur DVD via L'ONF et vous trouverez des infos sur leur page facebook; http://www.facebook.com/pages/Wapikoni-Escale-&agr

    Bonne découverte

    natalie martin
    cinéaste et ex-formatrice
    au sein de l'équipe du Wapikoni mobile