Coupe au Wapikoni mobile - M. Harper, vous en aviez pour votre argent!

Un demi-million pour faire quoi de mieux, M. Harper? Une patinoire à Québec? Agrandir la piste du Stampeed? Un festival du hot-dog à Moncton? Ou mieux, une bombe de plus en Afghanistan? Et pourquoi pas des boucliers antiémeutes flambant neufs pour un prochain sommet international?

Et puis, c'est vrai que les autochtones sont déjà gâtés: y payent pas de taxes! Bien sûr, en échange, ils doivent se plier à quelques inconvénients mineurs, comme se faire bousculer sur leur territoire (ou se le faire saisir). Souvent aussi, ils doivent vivre sans eau courante, et sans services médicaux ou sociaux. Sur le plan social, ils sont, alors là, vraiment gâtés, avec des records canadiens d'alcoolisme, de toxicomanie, de femmes battues, d'agressions sexuelles et de suicides chez les jeunes.

C'est avec ça en arrière-plan que vous osez couper les vivres au Wapikoni. Beau réflexe de sauvage. Ou vous n'avez tout simplement pas visionné les vues issues du programme. Dans les deux cas, vous ne faites pas votre job comme gouvernant. Car votre job est de faire en sorte que toutes les communautés canadiennes puissent s'épanouir sur le plan culturel, en premier lieu en leur donnant les moyens d'exprimer leurs joies, leurs misères, leur rage et leur espoir.

C'est ce que fait le Wapikoni, et sur un vaste territoire. Il participe à stimuler la créativité de toute une génération de jeunes autochtones que votre ministère des Affaires autochtones considère comme à problèmes. Avec des moyens techniques rudimentaires, ces jeunes s'évadent enfin, et de la bonne façon, de leur mal de vivre. Les caméras bas de gamme, les systèmes de montage légers, mais surtout les conseillers techniques qui participent au Wapikoni remplacent maintenant pour beaucoup l'alcool et la dope, la colle, l'essence, la corde.

Il faut assister à une projection de Wapikoni dans une communauté pour prendre toute la mesure de l'impact du projet sur la population. À chaque projection les salles communautaires se remplissent; des gens de tous les âges rient, pleurent et, plus encore, discutent après les projections. Franchement, M. Harper, vous en aviez pour votre argent.

J'espère sincèrement que ce demi-million ira aider une autre communauté dont les besoins en matière de développement social sont au moins aussi criants que ceux des Anishinabegs et des Attikameks.

Mais si c'est pour le réinvestir dans mon prochain film, alors je passe mon tour.

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Robert Morin - Cinéaste
 
2 commentaires
  • Fabienne Desbiens - Abonnée 21 juillet 2011 13 h 28

    Infiniment triste...

    ...et si injuste...

  • Françoise Breault - Abonnée 21 juillet 2011 16 h 10

    Avec un gouvernement aussi obtus...

    et qui a d'aussi larges oeillères, on ne pouvait guère s'attendre à mieux...

    En souhaitant que les 24% qui ont voté pour Harper soient mieux informés et voient plus clair lors des prochaines élections.