Compostage à Québec - Pomme de discorde en zone verte

Plus de 400 ans après l'établissement de sa première colonie, Québec, la Vieille Capitale, détient encore, de par l'existence de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles, 11,5 % de sa superficie dévolue à une activité qui lui a permis de naître: l'agriculture.

Dans un contexte où convoitise et spéculation sont leur lot quotidien, les agriculteurs d'aujourd'hui multiplient leurs efforts pour justifier le maintien de leur territoire en faisant valoir leur apport à la collectivité. C'est dans cette perspective que se tenait en 2004 une journée de conférences, d'échanges et de discussions entre paysans, personnes-ressources ainsi que décideurs et fonctionnaires de la Ville. Une étape riche de promesses fut alors franchie en faveur de l'émergence d'une politique de valorisation de nos productions.

Depuis lors, sept années de vaches maigres se sont écoulées et, par conséquent, pour encore bon nombre de gens, nous ne pratiquons guère plus que de l'aménagement paysager en attendant que le «développement» nous rattrape. Pourtant, en cette époque où l'on cherche à tout prix des avenues pour réduire notre empreinte écologique, il serait sans aucun doute judicieux de considérer davantage notre proximité et notre expertise comme des atouts valables dans l'offre de biens et de produits alimentaires de qualité pour nos concitoyens.

Il y a un peu plus d'un mois, les autorités en place ont offert aux résidants de l'ouest de la ville une occasion peu édifiante de participer au développement durable de leur localité. Pour ces promoteurs, la saine gestion des déchets organiques municipaux induira, à partir de 2013, de faibles dommages collatéraux. Ainsi, un nombre restreint de «ruraux en ville» sacrifieront, au nom du bien-être collectif, un peu de confort avec la spoliation et la destruction d'une parcelle agricole de leur arrondissement.

Centre de biométhanisation


En effet, des années d'étude, des missions techniques, un contexte réglementaire serré au sujet de la réduction des gaz à effet de serre (GES) ainsi qu'un appui financier substantiel des ordres gouvernementaux supérieurs en faveur des «infrastructures vertes» amènent nos analystes et décideurs à optimiser la valorisation de 85 000 tonnes de déchets organiques en plongeant dans la production et la vente de biogaz et de compost.

Ainsi, en partenariat avec le secteur privé, Québec érigera un centre de biométhanisation dans l'arrondissement de la Cité-Limoilou ainsi qu'un centre de compostage dans la zone agricole de l'arrondissement Laurentien. Environ 54 000 tonnes de digestat et de résidus verts emprunteront alors l'avenue Notre-Dame ou le rang Saint-Ange, jusqu'à un site à ciel ouvert situé dans une forêt ou un champ entre l'aéroport et la limite est de la ville de Saint-Augustin-de-Desmaures.

En tenant compte des 29 000 tonnes de compost produites, 4150 voyages de camions, d'une capacité de charge de 20 tonnes, seront requis chaque année. Bruits, odeurs, vibrations, circulation lourde, augmentation du nombre de ravageurs et d'autres animaux indésirables ainsi que les GES découlant du transport deviendront alors les préoccupations d'arrière-cour. À partir de critères économiques et réglementaires (distance séparatrice) ainsi que de l'analyse de l'acceptabilité sociale de son projet, la Ville a rejeté neuf autres sites potentiels au profit de l'établissement d'un projet industriel en plein coeur d'une zone agroforestière homogène et dynamique. Pourquoi s'en plaindre puisque, selon certaines autorités, cela favorisera le maintien de la zone agricole? [...]

Une ville toujours plus verte ne vaut-elle pas le sacrifice d'un peu de confort et de 6,25 hectares de sa zone verte? Voilà une question à laquelle devront répondre rapidement l'UPA, le MAPAQ, le MDDEP, le conseil de quartier, le Conseil de bassin de la rivière du cap Rouge et tutti quanti.

Déjà, le 30 mai dernier, la Ville de Saint-Augustin s'est fait entendre en invitant sa voisine à envisager une option qui ne nuirait pas à ses contribuables. Pour leur part, les responsables de la sécurité de l'Aéroport de Québec s'inquiètent de l'impact potentiel d'un tel centre sur ses activités et son développement futur. Devant un projet de 57 millions de dollars et la création de 450 emplois directs et indirects, l'agriculteur, le biologiste et l'adepte du patrimoine agricole que je suis considère que les stratégies pour améliorer la perception et l'acceptabilité du volet compostage ne pourront atténuer les impacts prévisibles et ceux à découvrir sur la pratique de nos activités et le développement de notre milieu. Une brèche déstructurante et insidieuse qui, de toute évidence, ne pourra que s'agrandir. Non merci!

Au risque d'être taxé de victime du syndrome «pas dans ma cour», j'estime que l'option de moindre impact et l'optimisation d'un tel projet passent avant tout par la construction d'un site de compostage fermé, situé idéalement à proximité du centre de biométhanisation. Voilà dans mon esprit de dissident ce qui pourrait constituer un choix pertinent de développement durable, en réduisant notamment l'émission de GES liée au transport. Le débat est lancé! Et vous, qu'en pensez-vous?

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Jean-Pierre Amyot, la ferme Anjanel Senc, Québec

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