Prolongement de l'autoroute 20 dans le Bas-Saint-Laurent - L'aménagement du territoire en pleine déroute

À force d’être réclamé par les élus, le prolongement de l’autoroute 20 semble bien sur le point d’apparaître malgré tout dans le paysage bas-laurentien.<br />
Photo: Jean Munro À force d’être réclamé par les élus, le prolongement de l’autoroute 20 semble bien sur le point d’apparaître malgré tout dans le paysage bas-laurentien.

Le prolongement de l'autoroute 20 entre Cacouna et Bic dans le Bas-Saint-Laurent est un exemple éloquent de manque de vision territoriale. Ce projet avance à grands pas bien qu'il soit, à bien des égards, complètement à l'envers des préoccupations qui devraient nous guider pour l'avenir, et bien qu'il ne soit pas sûr du tout qu'il reçoive encore l'assentiment général des citoyens. Malgré ce constat et à force d'être réclamée par les élus, cette autoroute semble bien sur le point d'apparaître malgré tout dans le paysage bas-laurentien.

Nous serions en droit de penser que le ministère des Transports du Québec devrait, en principe, être encadré en amont de ses réflexions, afin d'assurer une pleine cohérence entre les orientations qu'il est en train de prendre et celles qui sont relatives à l'aménagement du territoire qu'il traverse. Car s'il est une infrastructure qui modifie, voire bouleverse l'aménagement existant d'un territoire, c'est bien l'implantation d'une autoroute. Dans les milieux ruraux, il revient aux MRC (municipalités régionales de comté) d'assurer cet encadrement, et de faire en sorte que les orientations et les choix déjà manifestés dans les schémas d'aménagement (documents qui caractérisent et indiquent les intentions d'organisation du territoire) soient intégrés de manière prioritaire dans l'évaluation de ce projet. Or, jusqu'ici, les analyses se font à la pièce et n'incluent pas l'ensemble des personnes concernées, ce qui va à l'encontre du principe même devant régir l'aménagement cohérent. Où sont les véritables balises assurant aux citoyens un aménagement viable de leur territoire?

À Cacouna, petit village à l'est de Rivière-du-Loup, les travaux sont commencés. Difficile d'ailleurs de demeurer indifférent à la manière dont ils ont défiguré les lieux. À Trois-Pistoles, ils approchent à grands pas, et la traversée de la rivière Trois-Pistoles ne se fera pas sans aberrations. Le coût pour la construction du pont devant enjamber la rivière, directement au-dessus de la petite agglomération de Notre-dame-des-Neiges, est d'ailleurs exorbitant (90 millions de dollars).

Une procédure à remettre en question

Ce projet sera bientôt à proximité du Parc national du Bic, à l'ouest de Rimouski. Le processus devant mener à sa réalisation comprend une étude d'impact présentée au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) et des consultations auprès des milieux concernés. Mais quelle est la place réelle des citoyens dans ce processus? Les consultations qui se font actuellement sont-elles vraiment des consultations ou ont-elles comme utilité de donner l'aval au projet tel qu'il est conçu par le ministère des Transports?

Le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire (MAMROT), qui chapeaute les MRC, s'assure-t-il que ce projet soit analysé de manière à assurer une cohérence avec les schémas d'aménagement? Le MDDEP s'assure-t-il que le tracé retenu sera celui qui aura le moins de répercussions? Comment certains élus peuvent-ils déjà avoir manifesté leur préférence sans connaître ces informations essentielles sans lesquelles l'analyse du projet est impossible?

Réfléchir avant d'agir

Dans les municipalités du Bic et de Saint-Fabien, un groupe de citoyens est inquiet et indigné de constater que le processus en cours, orchestré par le ministère des Transports, n'a pas inclus de consultation avec les populations locales au début de son travail. Le ministère présente actuellement aux citoyens de ces deux municipalités les variantes d'un tracé privilégié en omettant de leur fournir les informations complètes sur les autres scénarios possibles leur permettant une comparaison raisonnable des différents corridors que pourrait emprunter l'autoroute.

Quant aux populations des autres municipalités de la MRC, elles ne sont pas consultées du tout, ce qui prouve bien que le scénario privilégié est celui que le ministère veut voir aboutir. Peut-on parler dans ce cas de réelle consultation? Or le ministère des Transports a le mandat de présenter le tracé qui aura le moins d'effets sur le territoire et sa population, ce qui visiblement n'est pas fait actuellement. Les élus, quant à eux, ont la responsabilité d'exiger de ce même ministère que toutes les informations permettant de comparer objectivement les différents scénarios soient accessibles aux citoyens, ce qui n'est pas fait non plus.

Des impacts?


Ainsi, les résidents du Bic et de Saint-Fabien apprennent que l'autoroute isolera leurs villages et que le tracé proposé et ses quelques variantes vont à l'encontre de moult éléments présents dans le schéma d'aménagement. À proximité du parc du Bic et des deux magnifiques villages en bordure du fleuve que sont Bic et Saint-Fabien, le ministère des Transports privilégie deux ou trois tracés qui sont tous situés dans un corridor très habité, magnifique de surcroît, et en plein coeur d'un milieu agricole dynamique.

On peut se demander si ces tracés privilégiés sont réellement ceux qui auront le moins d'effets environnementaux et humains. En effet, ils traversent les terrasses agricoles de ces deux municipalités où l'on retrouve les meilleures terres de la MRC, comme le mentionne le schéma d'aménagement. Ils longent deux bassins versants qui se déversent dans le parc national de conservation du Bic, joyaux de la MRC, comme le mentionne ce même schéma d'aménagement.

Ces tracés enclavent les deux villages à la manière de certaines banlieues citadines: on propose d'ailleurs aux résidants de ces villages la construction au besoin de murs pour atténuer le bruit alors que le schéma d'aménagement parle de l'importance de la qualité de vie des résidants. Ils passent dans des paysages classés comme exceptionnels par l'analyse de caractérisation des paysages commandée par les élus, dont le but est de fournir des balises de réflexion aux décisions d'aménagement du territoire. Sans parler de la topographie particulière de ce secteur et de l'absence de réel boisé, ce qui risque fort d'amplifier l'ensemble des effets tant sonores que visuels. Or est-il besoin de rappeler que ces lieux sont magnifiques et qu'en plus de leur réelle beauté, ils sont bien vivants?

La troublante absence de vision

Croyons-nous encore en 2011 que la proximité d'une autoroute soit gage de développement? Se peut-il que, pour certains territoires, ce soit justement le contraire et que ce qu'on y aura brisé soit justement ce qui faisait la force et la qualité particulières de ces lieux? Au Bic et à Saint-Fabien, l'autoroute traverserait très exactement ce qui représente le capital présent et futur pour le développement de ces collectivités. Ces questions ne devraient-elles pas être débattues réellement, par tous?

Il est toujours triste de voir que ces projets, loin de faire l'objet de débats et de réflexions, communes finissent toujours par être défendus malgré l'absence de vision qui devrait les précéder. Or cette capacité de vision, de questionnement réel, d'analyse des incohérences, est presque toujours portée par des citoyens. Des citoyens inquiets de voir que l'on peut si facilement bouleverser leur espace de vie, leur village, leur territoire au nom du progrès (les gaz de schiste en sont un autre exemple). Des citoyens qui au fond finissent par faire le travail que bien des élus ne font pas. Malgré l'inégalité apparente entre les protagonistes, ces citoyens pensent encore qu'ils peuvent orienter l'avenir de leur territoire. Ils ont surtout l'intime conviction que les choses devraient être faites autrement.

***

Gratien Bélanger, porte-parole du Regroupement citoyen pour la protection du territoire de Bic-Saint-Fabien

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3 commentaires
  • Fredodido - Inscrit 4 juillet 2011 07 h 45

    Et dans cent ans qu'en penseront-ils?

    Autoroute, abération du 21eim siècles... Pourquoi ne pas investir ces centaines de millions dans notre système ferroviaire déjà existent mais plus qu'anémique? Nous savons pertinemment que la planète ne peut soutenir notre consommation actuelle, le transport individuelle sera un des premier pilier de cette sur consommation à tomber... nous le verront peut-être même de notre vivant. Soyons visionnaire pour une fois et arrêtons de croire qu'une invention du 20eim siècle peut-être la solution.

  • Geneviève Guérin - Abonnée 4 juillet 2011 09 h 13

    Déjà vue...

    (Pas) Drôle d'impression de déjà vue...Non mais sommes nous seulement 3-4 personnes au Québec à trouvé cela inacceptable? Je ne suis pas contre le développement, mais de cette façon je suis écœurée!

  • Bernard Terreault - Abonné 4 juillet 2011 09 h 57

    Autoroute

    L'effet d'une autoroute (inutile en passsant, le bas St-Laurent se dépeuple et va continuer à se dépeupler, simple réalité économique) : le touriste estivant ne s'arrêtera plus dans le village pour faire le plein ou casser la croûte, il s'arrêtera dans une halte routière chez un Tim Horton ou une station Shell rutilante). Bilan économique net : zéro. Bilan touristique : négatif, car les automobilistes ne verront plus les beaux paysages et les beaux villages mais seulement de l'asphalte et des pancartes.