Qui sort gagnant de la fermeture de la raffinerie Shell?

Jusqu'où nos élus, leurs proches conseillers ainsi que les fonctionnaires de carrière qui exécutent leurs instructions peuvent-ils impunément se payer la tête des gens qui les ont portés au pouvoir?

La ministre Nathalie Normandeau induit les Québécois en erreur en affirmant qu'il n'existe aucun acheteur pour la raffinerie Shell de Montréal-Est alors que la preuve en a été faite devant un comité parlementaire de la Chambre des communes à Ottawa et devant la commission parlementaire de l'énergie de l'Assemblée nationale (CAPERN). Pourquoi la ministre choisit-elle de s'exposer ainsi à la critique?

La ministre Normandeau réduit certaines dispositions de la Loi sur les produits pétroliers à un simple devoir de validation des capacités d'approvisionnement alors que cette loi existe précisément pour garantir l'indépendance énergétique de la province et a été adoptée pour que cessent les fermetures d'actifs stratégiques pour la province. Pourquoi la ministre choisit-elle de ne pas appliquer la loi dont elle est la gardienne ou, dans le doute, de soumettre la question aux tribunaux? Pourquoi porter ce fardeau plutôt que de le laisser à Shell ou aux tribunaux?

Où était l'urgence?

La ministre Normandeau a choisi d'accorder le droit de démolir la raffinerie Shell de Montréal-Est alors que la CAPERN n'avait pas terminé ses travaux et ne lui avait pas encore communiqué ses recommandations. Pourquoi manquer de respect envers les parlementaires qui ont participé à cette commission et envers toutes les autres personnes qui y ont témoigné? Quel calcul politique peut justifier un tel manque de considération?

Qu'est-ce que la ministre Normandeau maîtrise aujourd'hui comme information dans ce dossier qu'elle n'avait pas avant? Où était l'urgence à se plier aux pressions de Shell? Est-ce que la science de la ministre se limite à une simple gestion des unes des quotidiens en attendant sournoisement entre la fête nationale du Québec et celle du Canada pour poser une action basée sur une décision prise il y a belle lurette?

J'ai personnellement été impliqué depuis l'annonce de la fermeture afin de redonner à Montréal et au Québec ce vaisseau amiral d'activités économiques. Mieux que quiconque, je sais que cela était possible, très, très possible contrairement au discours actuel, alors que tous les éléments pour la continuation des opérations de la raffinerie ont été réunis, sauf peut-être un, la volonté de nos élus, de leurs proches conseillers ainsi que de certains fonctionnaires de carrière qui exécutent leurs instructions.

Pourquoi une telle position de la part de nos élus, de leurs proches conseillers ainsi que des fonctionnaires de carrière qui exécutent leurs instructions? Pourquoi un tel gaspillage de temps, de ressources, d'argent et d'énergie? Pourquoi tant de mépris?

***

Claude Delage, directeur associé d'IBS Capital, l'auteur a été mandaté par le comité Fortier pour trouver un acheteur pour la raffinerie Shell de Montréal-Est

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2 commentaires
  • yves perron - Inscrit 2 juillet 2011 07 h 52

    Les Libéraux vendent le Québec bouts par bouts

    John James Charest, Nathlie Normandeau et leur suite sont en train de dilapider le Québec par petits bouts avec leurs petits amis . On sait depuis longtemps que c'est Power et quelques autres qui gouvernent à Québec depuis que les Libéraux ont pris le pouvoir, Comment se surprendre alors lorsqu'ils donnent aux minières nos richesses, qu'ils saccagent Hydro Québec, qu'ils se préparent à faire un festin aux grandes minières tout en leur construisant des routes avec nos taxes? J'ai envie de crier ``Vous êtes pas tannés de mourrir bande de caves``.

  • Pierre Vincent - Inscrit 3 juillet 2011 03 h 23

    Bonne question, mais trouvez la réponse...

    Il faut observer que des fermetures de raffineries de pétrole se sont produites ailleurs au Canada, ainsi qu'aux USA et outre-Atlantique. Quant à Montréal, on se souviendra(?) qu'il y eut jadis six raffineries; son déclin antérieur cependant participe de causes autres que celles présidant à la vague de fermetures récentes.

    Alors, qui en profite? Assurément tous les raffineurs restants, car à capacité de raffinage diminuée correspond un plus grand taux d'utilisation de capacité des survivantes. Il serait instructif, et facile, d'identifier toutes les raffineries fermées dans les régions/pays, leurs propriétaires, et le redéploiement des approvisionnements, y compris via des ententes/contrats à d'autres firmes pour servir des marchés spécifiques: c'est à parier que globalement les bénéfices de l'exercice sont bien répartis entre les joueurs. La tentation devient alors forte de soupçonner un "comportement" oligopolistique. Pas évident par contre pour le Québec d'imposer des choix allant à l'encontre des stratégies des pétrolières, notamment (mais pas seulement) parce que les produits raffinés circulent librement entre les frontières. Pour un exemple peut-être plus "fort", je suggère d'examiner le "cas" de la France versus Total (la multinationale française du pétrole).

    Je ne suis point un partisan tout azimut de la main invisible (le marché), mais je ne suis pas non plus un adepte de Don Quichote. Si on se bat, c'est pour gagner, pas pour se donner bonne conscience.

    En tout cas, dorénavant, le principal centre de raffinage au Québec est à Lévis (secteur Saint-Romuald), donc dans la région urbaine de la capitale. Les nouvelles donnes relativement au transport (eu égard à la technologie maritime) y sont pour beaucoup, je crois.