Amphithéâtre de Québec - Un cadeau qui vaut des millions

Monsieur Jean Charest,
Madame Pauline Marois,
Monsieur Régis Labeaume,

d'entrée de jeu, laissez-moi vous dire que je suis en faveur d'un nouvel amphithéâtre à Québec, même s'il est entièrement payé par des fonds publics; je prône aussi le retour d'un club de hockey de la LNH dans la Vieille Capitale. Il n'est donc pas mon intention de revenir sur les éléments qui ont déjà fait l'objet de nombreuses critiques dans ces deux dossiers. Je laisse ces éléments aux politiciens et aux experts juristes. Vous avez d'ailleurs tous les trois pris une décision politique dans cette affaire et, à l'évidence, vous êtes prêts à en assumer les conséquences.

Il y a cependant un point de vue qui semble vous avoir échappé et il est important de le faire ressortir, étant donné les implications financières.

On sait que, s'il n'y a pas d'équipe de hockey, l'entente prévoit un loyer de seulement 2,5 millions de dollars par année. Je peux vivre avec cela. Mieux encore, je crois fermement que Pierre Karl Péladeau, le p.-d.g. de Quebecor, représente le meilleur choix qu'il était possible de faire pour s'assurer du retour des Nordiques, et pour exploiter un club de la LNH de façon rentable par la suite. Il est l'homme de la situation. Là n'est pas le problème.

Le problème concerne le cadeau de quelques centaines de millions de dollars en diminution de loyer qu'on s'apprête à lui offrir s'il réussit à acheter un club de hockey qui jouerait dans ledit nouvel amphithéâtre, alors qu'il a déjà un coffre d'outils bien rempli avec ses journaux, ses magazines, son câble et ses postes de télévision, lui permettant ainsi de maximiser ses revenus à tous les niveaux grâce notamment à la convergence. Quebecor aurait ainsi la presque totalité des revenus générés directement ou indirectement par le club de hockey sans compter les autres revenus générés par les activités artistiques et culturelles.

Peu de risques financiers

Conséquemment, je ne comprends absolument pas ce qu'on est en train de faire, étant donné que Quebecor prend très peu de risques financiers dans cette affaire. Toute personne ou entreprise qui veut acheter une équipe de hockey se doit d'accepter les mêmes règles du jeu que celles qui s'appliquent aux autres équipes de hockey avec lesquelles elle sera en concurrence.

D'une part, il faut d'abord pouvoir acheter une équipe de hockey et il n'est évidemment pas question de subventions pour cela. Seules les forces du marché s'appliquent. D'autre part, il faut payer les joueurs et, là non plus, il n'est pas question de subventions. Toutes les équipes ont à la fois un plancher salarial et un plafond salarial à respecter. Elles sont toutes sur un pied d'égalité. Finalement, il faut un aréna où jouer. Ici, je reconnais qu'il n'est pas obligatoire d'exiger que le propriétaire d'un club de hockey construise lui-même son propre aréna, même si c'est la norme. Cependant, si ledit aréna est construit et payé par des fonds publics plutôt que par des fonds privés, encore faut-il que le loyer et les taxes qui seront payés par le propriétaire du club de hockey soient fixés en lien avec la vraie valeur de l'immeuble et qu'il n'y ait pas de subventions directes ou indirectes.

Équipes de l'est du Canada

Dans l'entente entre la Ville de Québec et Quebecor, voilà où le bât blesse. Pour le démontrer, comparons avec les autres équipes de hockey de l'est du Canada, à savoir les équipes qui seront en concurrence directe avec celle de Québec — à des fins de comparaison, j'ai volontairement laissé de côté les équipes américaines et celles de l'Ouest canadien. L'équipe de Québec jouera dans la même association que les Canadiens de Montréal, les Sénateurs d'Ottawa et les Maple Leafs de Toronto. Il est donc primordial que le loyer qui sera exigé par la Ville de Québec ne vienne pas donner un avantage financier outrancier à l'équipe de Québec, ce qui équivaudrait à une subvention indirecte des opérations hockey du club en diminuant d'autant ses dépenses.

Les propriétaires des clubs de Montréal, d'Ottawa et de Toronto ont eux-mêmes construit leur aréna sans aucune subvention des gouvernements. En moyenne, leur aréna a coûté ou vaut entre 200 et 400 millions de dollars. Si on prend seulement un taux d'intérêt de 5 % par année, sans même repayer de capital, on en arrive à un coût de loyer minimum, avant taxes municipales et frais de maintenance, d'entre 10 et 20 millions de dollars par année. Dans le cas de Montréal, il faut ajouter 9 millions de dollars par année seulement en taxes municipales, sans compter les frais de maintenance. On peut donc très logiquement conclure que, avec un loyer annuel de seulement 4,5 millions de dollars, sans avoir à payer de taxes municipales, Quebecor payera quelque part entre deux et cinq fois moins en loyer annuel que les autres clubs canadiens avec lesquels il sera en concurrence directe. Où est la logique?

Et comme le bail de Quebecor pour le nouvel amphithéâtre sera de 30 ans, cela signifie un cadeau se situant entre 300 et 500 millions de dollars au cours de cette période. Certains diront qu'il faut prendre en considération le fait que Quebecor paiera une somme d'environ 63 millions au tout début pour avoir son nom sur l'amphithéâtre. Mais il s'agit là de publicité et non du paiement d'une portion du coût de construction de l'amphithéâtre. Si ce n'est pas Quebecor, ce sera une autre compagnie qui mettra le même montant pour avoir son nom sur l'amphithéâtre, comme cela se fait partout ailleurs. Ça n'a rien à voir avec le loyer à payer qui se doit d'être équitable.

Subventions indirectes?

En conclusion, madame et messieurs, même si 100 % des coûts de construction de 400 millions de dollars pour le nouvel amphithéâtre sont payés à même des fonds publics, j'embarque dans le projet, à regret peut-être, mais j'embarque quand même. Mais si on ajoute un montant presque similaire en subventions indirectes de loyer sur 30 ans, alors là, je débarque. Ce n'est pas équitable pour les contribuables de Québec et du Québec (Ville et province), ni pour les autres équipes de hockey de la LNH qui, en plus d'avoir eu à payer la totalité des frais de construction de leur aréna, doivent aussi en assumer les frais financiers, les frais de maintenance et les taxes municipales. Le contrat liant Quebecor à la Ville de Québec doit être révisé de façon à ce que le loyer reflète la valeur réelle de l'amphithéâtre, rien de plus, rien de moins. Je sais que les gens de Québec veulent leur amphithéâtre et leur club de hockey. Mais je suis convaincu qu'ils ne veulent pas aller jusqu'à subventionner les opérations hockey de l'équipe. La compétitivité d'une équipe de hockey de la LNH n'est pas seulement sur la glace. Son propriétaire se doit d'assumer lui-même toutes les dépenses reliées à l'opération hockey. Sinon, il ne mérite pas d'avoir une équipe. Il est donc de votre devoir de corriger cette iniquité qui est préjudiciable à maints égards.

Certains parmi vous me diront peut-être que le loyer à payer ne concerne que la Ville de Québec et non le gouvernement du Québec. Je répondrai que, en mettant 200 millions sur la table pour la construction du nouvel amphithéâtre, le gouvernement du Québec se doit, à tout le moins, de s'assurer que ce montant ne serve pas à subventionner un club de hockey en particulier par la porte d'en arrière.

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Gaétan Frigon - Président exécutif de Publipage et ancien p.-d.g. de la Société des alcools du Québec et de Loto-Québec
15 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 28 juin 2011 07 h 27

    Pourquoi faire aussi compliqué?


    Après tout il ne s'agit que d'un aréna.

    Comment se fait-il que ce soit devenu une affaire aussi compliquée?

    Est-ce par incompétence? Est-ce que serait voulu pour discréditer quelqu'un? Est-ce à cause de pressions non avouées?

    Est-ce pour des raisons de politique partisane? Est-ce par excès de zèle de la part de certaines personnes ? Est-ce par mauvaise volonté?

    J'avoue que j'en perds mon latin.

    Si ces gens-là sont incapables de s'entendre sur un sujet après tout secondaire, qu'en sera-t-il quand il sera question de choses vraiment importantes?

    Y a-t-il un responsable à l'origine de toute cette histoire?

  • Socrate - Inscrit 28 juin 2011 07 h 34

    Broues

    La bébelle à Labeaume équivaut bel et bien à un bar ouvert aux frais des contribuables. Avec petites annonces gratuites tout comme dans les commandites par-dessus le marché. La LNH devrait porter plainte elle aussi.

  • citoyen - Inscrit 28 juin 2011 08 h 01

    Le loyer de L'amphithéatre de Québec

    Le prix de ce loyer doit être fixé en fonction des revenus à escompter de cet édifice et non en fonction de la valeur de la batisse. Exiger cette derière façon de calculer le loyer comme vous le faites, c'est tout simplement refuser d'admettre la nécessité d'un investissement public L'entreprise privée ne pourra jamais rentabiliser un investissement pareil pour les spectacles culturels et sportifs à Québec.

  • François Dugal - Inscrit 28 juin 2011 08 h 27

    Les chiffres

    Les chiffres ne mentent pas; M. Frigon sait compter.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 28 juin 2011 09 h 40

    Un cadeau de plus à Québec Inc.

    Monsieur Frigon se scandalise du congé de taxes octroyé à Québecor. Je lui en sais gré, mais il se dit par ailleurs prêt, même si c'est à contre-coeur, d'appuyer le financement à 100% des 400 millions$ requis. Or ce ne sera pas 400 millions, mais 650 millions si l'on compte toutes les dépenses municipales afférentes (aménagements urbains, etc.), sans compter les dépassements habituels dans tout grand projet réalisé au Québec (minimum, 15%). Québec Inc. sait faire... la passe. C'est du hockey, non?

    Je sais bien, comme ancien p.d.g. de monopoles d'État, M. Frigon est très à l'aise avec l'utilisation des fonds publics et il fait partie de la grande confrérie des patrons glorieux de Québec Inc. à cet égard. Les affaires, c'est l'argent des autres disait Alexandre Dumas.

    Je me sens donc, comme citoyen de Québec et payeur de taxes, floué deux fois: par l'incurie de nos gouvernements et par la flagornerie de nos Québecistes fleurdelysés, qui continuent de se jeter sur le portefeuille des contribuables comme la misère sur le pauvre monde.