«L'atmosphère est devenue irrespirable»

Voici pourquoi je siégerai désormais comme députée souverainiste indépendante. Le geste que je pose aujourd'hui est un geste difficile, un geste déchirant. Le Parti québécois est mon parti depuis plus de 30 ans. J'y ai joué plusieurs rôles, mais le plus important pour moi, c'est celui de députée. Les citoyens de Crémazie m'ont fait confiance à deux reprises, et j'en suis toujours profondément touchée. Ils m'ont élue pour ce que je suis, pour mes convictions souverainistes, pour mes valeurs et mon franc-parler.

Je tiens à leur dire que je ne pars pas, que je suis toujours leur députée, que je respecte ma parole de les représenter dignement, d'être à leur écoute, proche d'eux et de toujours leur dire le fond de ma pensée. C'est donc par loyauté et par respect envers eux et pour rester fidèle à mon engagement que je siégerai désormais comme députée souverainiste indépendante. La souveraineté est au coeur de mon engagement, et en ce sens je demeurerai une militante. Je continuerai de travailler à la préparation et à la réalisation de la souveraineté. Je reste très attachée à tous les bénévoles avec qui nous avons fait tant de combats.

Direction obsédée par le pouvoir

C'est donc avec beaucoup de tristesse que je me retire aujourd'hui du caucus du Parti québécois. Je le fais parce que je ne m'y reconnais plus, parce que je ne m'y sens plus à ma place. Je le fais aussi parce que j'ai la pénible impression que nous nous éloignons de la souveraineté et même du pouvoir qui paraissait si proche. Je ne quitte pas le Parti québécois des militants, des bénévoles, des souverainistes patients et persistants, celui des débats d'idées, celui de la solidarité, celui des convictions et du courage. Le Parti québécois que je quitte, c'est celui de l'autorité outrancière d'une direction obsédée par le pouvoir.

L'atmosphère est devenue irrespirable. Depuis un certain temps déjà, en effet, je suis très mal à l'aise avec certaines orientations et positions prises par la direction du parti et avec la façon dont elles nous sont imposées. Un bel exemple est le projet de loi Maltais-Labeaume. Je dirais que c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Aucune consultation, aucun préavis au caucus des députés. Je l'ai appris par la radio. L'idée de retirer un droit de recours à un citoyen va à l'encontre de mes convictions. D'ailleurs, de nombreux citoyens, et vous le voyez ici, de nombreux citoyens m'ont dit leur désaccord et même, dans certains cas, leur colère.

«Crois ou sors»


Comme plusieurs collègues, j'ai d'abord été incrédule puis véritablement sonnée d'apprendre que la décision était sans appel et qu'on ne permettrait aucune note discordante. Même sur une question de principe, c'est la loi du «crois ou sors». Pathétique. Oui, j'ai dit pathétique.

Comment, en étant ainsi muselés et même forcés de faire la promotion d'une décision avec laquelle nous avons un problème de conscience, comment, comme députés, pouvons-nous espérer restaurer la confiance de la population envers ses élus et redorer le blason de la fonction de député? Je veux retrouver mon droit de parole et mon droit de vote, et c'est pourquoi je siégerai comme députée souverainiste indépendante et je tiens à remercier tous ceux et celles qui m'ont appuyée et qui continuent de le faire. Merci.

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Lisette Lapointe, Députée de Crémazie

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2 commentaires
  • davidvd - Inscrit 7 juin 2011 07 h 38

    Vous avez bien fait, Mme Lapointe

    Pensez-vous rejoindre les rangs de Quebec Solidaire?

  • Louis Trottier - Abonné 7 juin 2011 07 h 55

    Mme ma députée

    J'admire votre engagement, votre franchise et votre courage. Je continue à vous appuyer; le PQ à besoin d'un sacré coup de fouet et j'espère que votre geste sera le début de changements majeurs à l'intérieur de ce parti.