Collégial - Manifeste pour un Québec éduqué

Pour accueillir les étudiants de la réforme, les enseignants doivent maintenant développer une pédagogie universelle de la première session au cégep.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Joel Saget Pour accueillir les étudiants de la réforme, les enseignants doivent maintenant développer une pédagogie universelle de la première session au cégep.

Depuis une vingtaine d'années, les collèges mettent en place un nombre incalculable de mesures pour favoriser la réussite du plus grand nombre d'étudiants: centre d'aide, cours de mise à niveau, session d'accueil et intégration. Dernière trouvaille: pour accueillir les étudiants de la réforme, nous devons maintenant développer une pédagogie universelle de la première session.

Des illuminés de la pédagogie s'évertuent à nous prouver, à nous qui avons fait nos classes, qu'en allant reconduire les étudiants à la porte de leurs cours, en leur donnant d'avance les questions d'examen, en leur donnant des points pour être venus s'asseoir devant nous, en les tenant par la main, en les mouchant, en écoutant leurs jérémiades, nous, les professeurs, permettrons aux étudiants d'avoir de meilleures chances de réussite. Nous demandons aujourd'hui à ces «pédadingos» et aux patrons qui les engagent pour nous abreuver de leur illustre savoir, que vaudront ces diplômes de pacotille?

Nous, professeurs du collégial, en avons ras le bol, et nous disons:

- NON à la nouvelle religion des cégeps qui s'agenouille devant la réussite à tout prix!

- NON à des diplômes décoratifs!

- NON aux patrons qui ferment les yeux sur la normalisation des moyennes!

- NON à la pédagogie universelle qui dénigre l'acquisition des connaissances disciplinaires!

- NON à la quantité de diplômés au détriment de la qualité des diplômes!

- NON à la pression sur les professeurs pour gonfler le taux de réussite!

- NON à une éducation fast food!

Fiers de nos diplômes

Faut-il réellement baisser nos exigences pour favoriser l'octroi de diplômes au rabais et consacrer plus de temps à la pédagogie bidon qu'à faire comprendre et aimer notre matière? Nous croyons qu'il est bon que les étudiants soient valorisés pour les efforts qu'ils fournissent, car ce qui est acquis avec effort est plus durable que ce qui est donné tout cuit dans le bec. Nous pensons que les étudiants doivent s'investir dans leurs études, puisque c'est de là que découleront leur motivation et leur travail.

Il nous semble normal que les étudiants qui arrivent au cégep vivent une période d'adaptation et nous, comme professeurs, sommes prêts à les aider sans pour autant les infantiliser. Nous voulons former des citoyens autonomes et responsables qui façonneront la société de demain. Nous voulons que les cégeps soient fiers des diplômes qu'ils délivrent, car ils sont gage de qualité.

- OUI à l'enseignement collégial qui doit réellement être un enseignement supérieur!

- OUI aux étudiants qui sont au centre de notre travail!

- OUI aux étudiants qui bénéficient de la reconnaissance de nos compétences et de notre autonomie professionnelle!

- OUI à la confiance et à l'appui de nos dirigeants et de la population!

- OUI à une véritable pédagogie qui s'incarne dans la connaissance!

- OUI à la soif de savoir des étudiants qui demandent à être traités comme des êtres pensants!

Que ceux tentés par une éducation supérieure se joignent à nous en signant cette pétition.

***

Ce manifeste est une initiative d'un groupe de professeurs du Cégep de Saint-Hyacinthe.

Ont signé ce texte les enseignants suivants: Isabelle Duchesne, Selma Bennani, Ariane Grisé, Francis Favreau, Marie-France Belzile, Nicole Simard, Véronique Plourde et Dominique Chicoine
18 commentaires
  • celljack - Inscrit 3 juin 2011 08 h 01

    Les charlatans

    La pédagogie est un art, pas une science.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Pédagogie

    Pourquoi se fie-t-on sur ces charlatans pour orienter l'éducation au Québec?

  • Gilles Roy - Inscrit 3 juin 2011 08 h 04

    Ces enseignants qui n'aiment pas la pédagogie...

    Je cite : «Des illuminés de la pédagogie s'évertuent à nous prouver, à nous qui avons fait nos classes (...)»

    Joli, ce refus d'apprendre en continu. S'il fallait que les élèves adultes (et autres) manifestent autant d'ouverture devant vos enseignements...

    Vos propos servent à amener de l'eau au moulin de ceux qui prétendent que les enseignants de collège utilisent peu et mal les meilleurs savoirs et les technologies les plus récentes en éducation. Aux différents ouvrages disciplinaires qui tapissent les murs des professionnels (les vrais), vous opposez des vues sans fondement en particulier (des «impressions»), dignes (au mieux) des conversations tenues dans une salle à café.

    Pas fort, les élèves? Et vous, comme enseignants, si on vous évaluait à l'aune des meilleures pratiques existantes, on vous noterait comment?

  • Vincentb - Abonné 3 juin 2011 09 h 00

    La pédagogie universelle...

    À défaut de déplaire, je soulignerais simplement ceci: si vous croyez que la pédagogie "universelle" (??) consiste à faire ce que vous indiquez dans votre texte (reconduire les étudiants à la porte de leurs cours, leur donner d'avance les questions d'examen, des points pour être venus s'asseoir, etc.), vous n'avez aucune idée de ce qu'il en est vraiment. Si, par contre, vous reprenez tout bonnement ce qu'on vous a expliqué, je suis désolé de vous dire que vous avez été dupes de croire de telles idioties.

    Faites correctement et avec passion ce que vous exprimez en deuxième partie de votre texte, en sortant quelque peu d'un enseignement traditionnel et magistral et d'une évaluation essentiellement basée sur des connaissances prédéterminées à mémoriser et à recracher, et tout le monde sera content, vous comme les étudiants.

  • Gilbert Talbot - Inscrit 3 juin 2011 10 h 04

    Vision d'un retraité de l'enseignement

    Oui, souvent la direction du collège, sous les directives du ministère de l'éducation, nous amenait vers une approche pédagogique orientée vers la réussite. Dans mon cégep, ceci relevait du service d'animation et d'expérimentation pédagogique. Jamais ces adjoints à la pédagogie n'ont imposé la réussite à tout prix, à quelque profs que ce soit. Il est arrivé par contre, que des profs coulent plus de 50% de leurs élèves, alors là oui, on peut dire que ce ou ces profs devraient réviser leurs critères d'évaluation en fonction du contexte. Et oui, le cours magistral et le type d'examen imposés peuvent nuire à la réussite.

    Oui, j'ai eu des élèves très peu intéressés à leur propre réussite, surtout en première session, mais ils étaient la minorité. La plupart des élèves veulent réussir et y mettent l'énergie nécessaire. Il faut faire attention ici à la généralisation d'un stéréotype de l'étudiant foireux qui ne correspond pas à la réalité des jeunes cégépiens. En première session, ces jeunes sont encore ados, mais ils deviennent vite adultes, dès qu'ils sortent du milieu familial et deviennent plus autonomes dans la direction de leur vie. Il y a une différence énorme de maturité entre le jeune de dix-sept ans qui arrivent au cégep et celui de dix-neuf ans qui en sort.

    Oui, il y a une réaction anti-réforme qui se propage : on met bien des lacunes sur le dos de la réforme qui ne viennent pas d'elle, mais de la réticence de certains profs d'améliorer leur pédagogie, au nom d'un contenu de connaissances à transmettre, en fonction d'un programme précis. J'aimerais simplement rappeler que la connaissances n'est pas d'abord dans les livres, mais dans la tête de celui et celle qui connaît. Et tout l'art d'enseigner est cette capacité de transmettre nos connaissances de notre esprit à l'esprit de nos élèves.