Médecins et pharmaciens - Travaillons ensemble pour le patient!

Je complète actuellement une maîtrise en pharmacie d'hôpital et travaille comme pharmacien à temps partiel en officine en tant que salarié. Malgré mon jeune âge, j'ai eu la chance de travailler avec plusieurs autres professionnels de la santé (médecins, infirmières, etc.) afin de prodiguer des soins de qualité.

Malgré l'excellente relation que j'ai avec les médecins généralistes et spécialistes, j'ai été étonné des propos du Dr François-Pierre Gladu dans son texte «Désengorgement du réseau de la santé — Gare au chant des sirènes», paru dans Le Devoir du 17 mai. Pour les lecteurs, j'aimerais apporter plusieurs rectifications aux points mentionnés par ce dernier:

-Depuis septembre 2011, les deux facultés de pharmacie de Montréal et Laval offrent un doctorat de 1er cycle en pharmacie, une innovation au Canada. La formation québécoise que suivent les pharmaciens se distingue et est de très haute qualité.

Bien que les pharmaciens ne puissent pas poser de diagnostics (acte médical réservé aux médecins), un grand nombre de patients nous consultent afin d'obtenir un avis sur différents symptômes qui les préoccupent. Notre formation permet de questionner adéquatement le patient afin de l'orienter vers un produit en vente libre ou un médecin selon la gravité des symptômes.

-Les pharmaciens-propriétaires représentent environ 10 % des pharmaciens membres de l'Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ). Ces derniers, même s'ils reçoivent des honoraires de la RAMQ pour leurs services, ont pris des risques financiers afin d'ouvrir et de gérer une pharmacie. Les revenus des pharmaciens varient selon leur volume et n'oublions pas qu'une grande majorité de ces revenus servent à payer le salaire des pharmaciens, des assistants techniques en pharmacie (ATP) et d'une infirmière s'il y a lieu.

-L'OPQ oblige qu'un maximum de quatre assistants techniques soient sous la responsabilité d'un pharmacien. Ces derniers accueillent les patients, comptent le nombre de médicaments et font payer les patients. L'analyse du dossier, des interactions, de l'observance, des effets indésirables et de l'efficacité sont des actes strictement réservés au pharmacien.

-Tel que mentionné par le Dr Gladu et M. François Legault, le renouvellement des médicaments tous les trois mois afin de limiter les coûts est une erreur. Le but de servir la médication tous les mois est de permettre le suivi de l'observance, de l'efficacité et la détection des effets indésirables.

En effet, il y a fort à parier qu'à moyen ou long terme, cette mesure engendrera des coûts supplémentaires dans le réseau de la santé. Par exemple, imaginez que le patient a eu un infarctus le mois dernier et qu'il arrête son médicament pour l'hypertension après deux semaines en raison d'effets secondaires sans en parler à son médecin. Un mois plus tard, n'étant pas protégé adéquatement, le patient fait une crise hypertensive qui mène à un second infarctus et à une seconde hospitalisation. En renouvelant la médication tous les mois, il est facile pour les pharmaciens d'intervenir lorsqu'un patient n'a pas renouvelé son médicament et d'assurer le suivi conjointement avec le médecin.

Faire alliance


Le système de santé actuel est un constat d'échec! Plus de 2 000 000 de Québécois n'ont pas de médecin de famille malgré l'augmentation des cohortes d'étudiants en médecine. Au lieu d'avancer des idées constructives afin de trouver des solutions, le Dr Gladu présente une argumentation plutôt pauvre et très axée sur la rémunération des médecins de famille qui en ont déjà plein les bras.

En effet, dans un article paru dans Le Devoir en décembre 2010, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et l'Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ) estimaient qu'obliger chaque médecin de famille à suivre 1500 patients n'est pas une solution au problème d'accès à la médecine familiale.

En réponse à ce problème, le patient doit être mis au centre des priorités du système de santé. Citons le cas d'un médecin de famille en Beauce qui a réussi à suivre 5000 patients en créant des ordonnances collectives afin que les pharmaciens ajustent les médicaments pour l'hypertension, le cholestérol et le diabète une fois le diagnostic posé.

Dans un même ordre d'idée, l'une des cinq propositions de l'OPQ est que les pharmaciens puissent prescrire dans certains champs définis pour des infections bénignes. Par exemple, une patiente a consulté son médecin à deux reprises au cours des dernières années pour une infection urinaire. Un vendredi soir, ces mêmes symptômes débutent et elle vient voir son pharmacien. Légalement, il est impossible de prescrire ou renouveler un antibiotique échu au dossier. La patiente doit être dirigée à l'urgence ou doit attendre l'ouverture de la clinique sans rendez-vous le lundi matin. Il aurait été possible au pharmacien de faire passer un test urinaire à la patiente, de prescrire l'antibiotique et d'informer le médecin par la suite. En Alberta et dans d'autres provinces canadiennes, ces mesures sont déjà appliquées.

L'alliance thérapeutique entre les professionnels de la santé profite grandement aux patients. Il s'agit de travailler dans ce sens au lieu de se «tirer dessus» entre professionnels de la santé comme le fait le Dr Gladu.

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Jean-Philippe Adam - Pharmacien et résident en pharmacie
 
2 commentaires
  • Sandrine Monfourny Daigneault - Inscrite 1 juin 2011 19 h 02

    Merci!

    Merci pour cet excellent texte qui exprime habilement ce que beaucoup pensent!

  • Carl Bouchard - Abonné 1 juin 2011 23 h 16

    Corporatisme

    Les intérêts corporatistes du Dr Gladu sont flagrants.
    Merci de remettre les pendules à l'heure et espérons
    que l'ego du Dr Gladu se tasse pour trouver des solutions
    constructives afin d'améliorer le traitement des patients
    et l'accès aux soins.