Discours d'Obama - Repositionnement en douceur après Ben Laden et le printemps arabe

L’accueil réservé au discours du président américain a considérablement varié d’un pays à l’autre.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jim Watson L’accueil réservé au discours du président américain a considérablement varié d’un pays à l’autre.

Bien qu'il ne soit pas un «produit américain», Barack Obama cautionne le printemps arabe comme un phénomène conforme aux valeurs et aux intérêts des États-Unis. En lui offrant son plein soutien, il ne manque pas d'exhorter les régimes alliés à engager des réformes démocratiques et articule les balises d'une solution du conflit entre Israël et la Palestine. Il souhaite ainsi accoucher d'un compromis répondant au bon équilibre entre valeurs et intérêts américains, ce qui transparaît clairement de son discours devant l'AIPAC et dans la réplique de Benjamin Nétanyahou du 22 mai dernier.

Obama poursuit en fait sa stratégie de repositionnement dictée par le recul militaire tactique, la conservation de droit de regard sur ses zones d'influence, en particulier cet espace moyen-oriental vital. Le tout, sans oublier la politique de sanctuarisation de son pays contre le terrorisme. À la suite de l'opération ayant mené à la mort d'Oussama ben Laden, et avec une confiance manifeste, Obama poursuit ses démarches se fondant sur la «puissance douce», en confirmant la poursuite du retrait militaire de l'Afghanistan et de l'Irak, en exprimant sa volonté de clore des conflits coûteux et en accompagnant l'ambition démocratique de la rue arabe.

L'accueil du discours a considérablement varié d'un pays à l'autre. Si la Tunisie et les insurgés libyens ont applaudi aux positions d'Obama, il n'en a pas été de même pour l'Iran, qui a ridiculisé le président américain, l'accusant de vouloir dissimuler ses échecs dans la région moyen-orientale. Les Syriens ont, pour leur part, critiqué les sanctions alors que le Hezbollah a fustigé Obama qui le mêlait aux assassinats et aux attentats à la voiture piégée. L'Arabie saoudite pratique le mutisme, surtout à l'égard de sa dénonciation de la situation au Bahreïn.

Israël, l'allié rappelé à l'ordre

En harmonie avec la diplomatie américaine, Obama défend la solution des deux États comme la seule communément acceptable. Mais ce soutien est plus précis: un État palestinien démilitarisé s'étendant sur les territoires palestiniens occupés par Israël depuis juin 1967, avec une possibilité d'accommodements négociables. Le rejet de Nétanyahou en est toutefois cinglant et catégorique. Les sondages israéliens le donnent vainqueur, mais cela cache à peine le débat inter-israélien.

Cela révèle à tout le moins deux points de vue. D'un côté, Tzipi Livni, du parti centriste Kadima, suivant les pas de son fondateur Ariel Sharon, se déclare en faveur du «plan de désengagement des territoires occupés» dans l'optique de préserver le caractère juif de l'État d'Israël. De l'autre, Nétanyahou exclut le retrait aux lignes indéfendables de juin 1967. L'opposition de gauche salue, quant à elle, le discours d'Obama. Éhoud Barak, ministre de la Défense, a estimé que ce discours «n'était pas si mauvais que ça», minimisant les divergences. L'alliance avec Washington est une ligne rouge à ne pas franchir.

Hamas, réconciliation et voie diplomatique

L'Autorité palestinienne, quant à elle, applaudit au discours d'Obama, le considérant comme un geste politique novateur. Le président Mahmoud Abbas l'accueille favorablement en maintenant son option diplomatique ouverte: obtenir la reconnaissance onusienne de l'État palestinien déjà déclaré en 1988. Au sein du Hamas, tout en réclamant un «changement tangible» et en soulignant aussi des «contradictions» dans les discours d'Obama, le débat des islamistes palestiniens glisse graduellement vers la négociation, soit un retour à l'arafatisme ou au réalisme politique.

Une brèche s'est ouverte en ce sens: le premier ministre turc, Tayep Rejeb Erdogan, en insistant sur la nécessité pour le Hamas de reconnaître Israël, est venu à la rescousse d'Obama. En sortant de la couveuse de la Syrie et de l'Iran et en signant en Égypte la réconciliation avec le Fatah, le Hamas fait preuve d'un certain pragmatisme. Chose certaine, en se donnant comme modèle la Turquie, le Hamas semble désormais plus sensible à l'idée de l'édification de l'État de droit. La fin tragique de Ben Laden et l'échec de sa vision et de ses tactiques facilitent d'ailleurs cette option.

Embarrassé par son alliance avec le régime syrien, ennemi sans merci des Frères musulmans (ses parents idéologiques), et par l'affaiblissement de son autre allié, l'Iran (qui suscite la crainte dans certains milieux sunnites et qui passe par une crise interne), le Hamas opte pour la réconciliation et le choix de la voie diplomatique.

Double reconnaissance

Le message d'Obama est novateur et bien clair: les États-Unis n'appuient plus inconditionnellement les pouvoirs despotiques arabes et sont donc désormais en faveur de la double ambition des Palestiniens, soit leur libération de l'occupation et leur liberté au sein d'un régime démocratique.

En ce sens, le président américain fait la promotion de la solution des deux États autonomes: un État palestinien démocratique et démilitarisé avec un État israélien militarisé et assurant la protection de son identité juive. De même, révélant sa volonté d'insérer Israël au sein de la stratégie américaine, il a souligné à la droite israélienne que ce n'est plus la supériorité militaire des Israéliens qui pourrait les protéger, mais plutôt une paix durable avec les Palestiniens.

Le coeur du message d'Obama est que ce conflit a perdu de son importance géopolitique, même s'il conserve une charge symbolique considérable. En rejetant les lectures des droites israélienne et palestinienne, Obama a fait de la démocratie la question centrale dans le monde arabe.

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Sami Aoun - Professeur titulaire à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke et membre de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM

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