Développement et Paix - Le Sud perdra-t-il un allié au Nord?

Nous, membres de Développement et Paix, sommes peinés par la crise qui secoue notre organisme, crise d'abord provoquée par les attaques intempestives de groupes catholiques qui se prétendent les real catholics, mais qui nous apparaissent plutôt quelque peu sectaires.

Nous regrettons — nous ne sommes pas seuls — qu'un certain nombre d'évêques prêtent une oreille trop attentive à ces groupes, tout en demeurant trop sourds aux appels à la solidarité lancés par les groupes partenaires de DP, engagés de toutes leurs forces dans la lutte contre les structures d'injustice et d'oppression affligeant plusieurs peuples du Sud.

Nous craignons fort pour ces peuples du Sud. En effet, pour tenter de satisfaire ces extrémistes, Développement et Paix décide d'obliger chaque partenaire à obtenir une lettre d'appui de l'évêque local pour pouvoir recevoir l'aide financière. On risque ainsi de priver certains partenaires d'un appui financier nécessaire.

Rappel aux évêques

Nous savons pourtant à quel point ces partenaires font un travail exemplaire pour ces peuples chez qui, très souvent encore, les droits de la personne sont bafoués, les femmes sont victimes de violences et d'injustice, les citoyens et les citoyennes ne peuvent s'exprimer librement. Et plusieurs partenaires oeuvrent dans des pays où l'Église catholique est fort minoritaire, ou encore sont des mouvements populaires laïques sans lien structurel avec cette même Église.

Nous voulons rappeler aux évêques d'ici, ainsi qu'aux autorités politiques et administratives de DP, l'existence des «structures de péché» selon la belle expression de Jean-Paul II. Pour ce pape, en effet, les gestes individuels ne peuvent pas être évalués isolément, en faisant abstraction du contexte social, local et mondial, dans lequel nous vivons.

Conseiller sans intrusion

Nous désirons que le comité épiscopal permanent, tout récemment institué, chargé des relations avec DP, joue à plein son rôle de conseiller, mais s'abstienne de toute intrusion dans la gestion interne de ce dernier, qui doit pouvoir jouir d'une autonomie entière et retrouver son fonctionnement démocratique, mis à mal ces derniers temps.

Nous rappelons enfin que, depuis Vatican II, la collaboration de catholiques avec des personnes ou groupes ne partageant pas toutes leurs valeurs est possible et souhaitable dans le cadre de cette ouverture de l'Église en fidélité à ce texte fondamental où il est affirmé: «Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur.»

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Constance Vaudrin, Lucille Plourde, Gérard Laverdure, Normand Breault - Membres de Développement et Paix