Pour en finir avec le profilage racial, la mobilisation

Malgré le fait que tous les citoyens jouissent officiellement d’une égalité de droits, les groupes racisés demeurent encore la cible de comportements et d’attitudes individuels teintés de préjugés, ainsi que de pratiques et de normes organisationnelles discriminatoires.
Photo: - Le Devoir Malgré le fait que tous les citoyens jouissent officiellement d’une égalité de droits, les groupes racisés demeurent encore la cible de comportements et d’attitudes individuels teintés de préjugés, ainsi que de pratiques et de normes organisationnelles discriminatoires.

En rendant public [hier] son rapport intitulé Profilage racial et discrimination systémique des jeunes racisés, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse appelle le Québec tout entier à se mobiliser pour faire échec au profilage racial et demande au gouvernement d'assumer son rôle de leader.

Malgré le fait que tous les citoyens jouissent officiellement d'une égalité de droits, les groupes racisés demeurent encore la cible de comportements et d'attitudes individuels teintés de préjugés, ainsi que de pratiques et de normes organisationnelles discriminatoires. C'est le constat que la Commission a dressé à la suite de sa consultation publique sur le profilage racial et ses conséquences, lancée en septembre 2009.

Lors de la collecte des témoignages et des audiences publiques, les participants ont insisté sur le fait que les préjugés et les stéréotypes constituent la toile de fond de la discrimination. Pour les trois secteurs visés par la Commission dans le cadre de sa consultation publique, soit le milieu scolaire, le système de protection de la jeunesse et la sécurité publique, il s'est dégagé une constante, à savoir que les préjugés agissent comme moteur des interventions ou des traitements discriminatoires dont sont victimes les minorités racisées.

Ainsi, dans tous les cas rapportés, les personnes en situation d'autorité, consciemment ou non, évaluent ou perçoivent les personnes racisées en s'appuyant sur des stéréotypes et des préjugés. Dans cette logique, quoi qu'ils fassent ou disent, les membres des minorités racisées seront traités ou jugés en fonction d'une différence assignée à laquelle ils sont toujours ramenés. Cela a pour effet de compromettre non seulement leur confiance dans les institutions, mais aussi leur estime de soi et leur sentiment d'appartenance à la société québécoise.

Mesures vaines

L'État a l'obligation de prendre toutes les mesures nécessaires pour créer les conditions qui permettront aux membres des minorités racisées d'exercer leurs droits et libertés en pleine égalité. Ces mesures doivent contribuer à favoriser leur inclusion dans toutes les sphères de la société, notamment par l'insertion en emploi, par une meilleure représentation dans les institutions publiques et dans les postes de pouvoir, et par la lutte contre décrochage scolaire et la pauvreté.

Certes, plusieurs mesures étatiques ont été mises en place au cours des dernières années pour favoriser l'intégration des groupes racisés et issus de l'immigration, notamment la politique intitulée «La diversité: une valeur ajoutée. Politique gouvernementale pour favoriser la participation de tous à l'essor du Québec». Même si cette politique comporte quelques mesures pour lutter contre la discrimination, elle met surtout l'accent sur des mesures visant à favoriser l'intégration citoyenne, en particulier par l'accès à l'emploi. Quoique louables, ces mesures risquent de demeurer vaines si elles ne s'attaquent pas au racisme et à la discrimination sous toutes ses formes. C'est pourquoi le gouvernement devrait adopter, dans une politique, une stratégie d'action globale de lutte contre le racisme et la discrimination.

Cette politique devrait s'articuler autour de six grands axes. D'abord, il faudrait s'attaquer à la sous-représentation des minorités racisées dans l'appareil gouvernemental. Tout au long de la consultation, la Commission a constaté que les modèles de gestion des ressources humaines les plus exemplaires en matière de lutte contre le profilage racial sont ceux où la haute direction, elle-même acquise à la cause, joue son rôle de leader en vue de créer un environnement institutionnel sensible à la diversité et exempt de discrimination.

Lutte contre la pauvreté

La Commission demande aussi aux gestionnaires, par exemple les directions d'école, les centres jeunesse, les services de police municipale, d'assurer une formation interculturelle et antiraciste adaptée à chaque milieu afin de déconstruire les préjugés et enrayer le racisme.

Comme la lutte contre le racisme et la discrimination systémique est indissociable de la lutte contre la pauvreté dans la mesure où les minorités racisées tendent à être surreprésentées parmi les couches les plus défavorisées de la population, la Commission recommande que le gouvernement prévoie davantage de mesures de lutte contre la pauvreté qui ciblent précisément les groupes les plus à risque de vivre sous le seuil de pauvreté et qu'il se dote d'outils d'évaluation visant à en mesurer l'efficacité.

La collecte de données a également fait l'objet d'un large consensus et beaucoup ont souligné qu'il s'agit d'une condition essentielle pour mieux cerner les formes et l'ampleur de la discrimination ethnoraciale. Sans collecte de données, il devient impossible pour les gestionnaires de faire état, au moyen d'une reddition de comptes périodique, des résultats obtenus par les mesures prises pour prévenir et contrer la discrimination systémique au sein de leur établissement.

C'est pourquoi la Commission propose plus de 90 recommandations détaillées qui s'adressent à tous les ordres de gouvernement, aux institutions et aux organismes qui ont le pouvoir d'assurer une meilleure cohésion sociale. La Commission prend elle-même des engagements afin d'améliorer ses façons de faire et effectuera un suivi des recommandations qu'elle formule dans son rapport.

Aucune concession

Quels que soient les choix que notre société fera pour conjuguer les différences culturelles et concevoir un avenir commun, notre société devra lutter contre le sous-emploi, la pauvreté, les inégalités et les diverses formes de discrimination. La Commission ne fera aucune concession à cet égard.

La Commission invite les groupes communautaires, les élus et toutes les personnes interpellées par cette problématique à faire sien ce rapport. Nous devons renforcer notre collaboration et nous appuyer mutuellement en faveur de nos objectifs communs: le respect et la protection de droits fondamentaux pour tous. Ensemble, nous pouvons mettre en place des solutions durables pour lutter contre le profilage racial.

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Gaétan Cousineau - Président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

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