Environnement - Alerte au Québec

Photo: Illustration: Christian Tiffet - Le Devoir

Amiante, uranium, gaz de schiste, pétrole en mer, centrales nucléaires, mines, nouvelles routes: un seul de ces dossiers suffirait à déclencher l'inquiétude des écologistes. Le Québec les affronte tous à la fois, assailli par un capitalisme bien décidé à ne pas laisser une seule parcelle de ressource minérale à l'abri de la recherche du profit.

La bataille principale concerne l'exploration des gaz de schiste: elle est engagée depuis plus d'un an, et s'est épanouie en une forte mobilisation. Cela a conduit à un rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement recommandant la plus grande prudence. Mais le moratoire n'est pas encore acquis. Dans le golfe du Saint-Laurent, par ailleurs, l'inquiétude grandit à mesure que se multiplient les projets d'exploration de pétrole sous-marin.

Exploitation pétrolière


La marée noire du golfe du Mexique, début 2010, a rappelé le désastre que peut provoquer le pétrole, d'autant plus préoccupant dans le Saint-Laurent que les eaux y sont froides, et que la décomposition des hydrocarbures s'y ferait très lentement. La Coalition Saint-Laurent s'est formée pour empêcher que le moratoire sur l'exploitation pétrolière, décidé en 1998, soit levé en 2012.

On a aussi appris, le 13 avril, que le gouvernement dirigé par Jean Charest soutenait la réouverture de la mine d'amiante située dans la ville d'Asbestos. La fibre mortelle serait exportée en Inde. Les projets d'ouverture de mines d'uranium s'esquissent par ailleurs, certains avec la compagnie Areva. Le gouvernement veut de plus prolonger l'exploitation du réacteur nucléaire Gentilly II, qui applique la technologie CANDU, particulièrement dangereuse. Le 9 mai, Jean Charest [a] aussi annonc[é] une nouvelle mouture de son Plan Nord, visant à développer l'exploitation minière, les barrages et les routes dans le nord de la province.

Détruire l'environnement

Sans doute observe-t-on sur toute la planète la même obstination maniaque à détruire l'environnement. Mais on ne connaît pas d'autres lieux où elle soit aussi concentrée qu'au Québec — dans une ambiance au demeurant délétère de corruption, de conflits d'intérêts et de financement du parti au pouvoir. Et pourtant, répètent ici écologistes et chercheurs, des solutions de rechange existent, dans la sobriété, l'efficacité énergétique et un fort potentiel d'énergies nouvelles.

En fait, comme l'écrivent les activistes qui commenceront, le 15 mai à Rimouski, une marche de protestation à destination de Montréal, «un combat est engagé entre les énergies du passé et celles de l'avenir. Entre les fossiles et les vivants. Osons le dire: entre la vie et la mort».

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Cette chronique a paru dans l'édition du Monde d'hier.

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Hervé Kempf, auteur et chroniqueur à l'environnement
11 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 11 mai 2011 11 h 18

    À vol d'oiseau

    "Amiante, uranium, gaz de schiste, pétrole en mer, centrales nucléaires, mines, nouvelles routes: un seul de ces dossiers suffirait à déclencher l'inquiétude des écologistes. Le Québec les affronte tous à la fois, assailli par un capitalisme bien décidé à ne pas laisser une seule parcelle de ressource minérale à l'abri de la recherche du profit", dit l'auteur.
    Fallait bien un regard extérieur pour voir l'ampleur du chantier!
    Je ne me rappelle pas que qui que ce soit ici ait présenté les choses de cette façon, dans son ampleur.
    Dans ce grand contexte, comment ne pas voir la prestation de Jean Charest autour de ce Plan Nord comme une mise en scène justement (avec harfangs des neiges et rivières miroitantes en arrière plan...).
    Il s'avance, la main sur le coeur, nous parler d'un grand rêve, de l'aboutissement, la raison d'être de sa présence en politique...
    Le spectateur éveillé suivra plutôt des yeux les ficelles (des fils de pêche transparents mais solides) qui lui montent derrière le dos jusque dans les combles du studio où on s'agite pour mettre du naturel dans tout ça.

  • Marc Hindry - Inscrit 11 mai 2011 13 h 29

    amiante et corruption

    Chers amis québecois,

    Rassurez-vous, les français continuent à bien vous aimer.

    Mais interrogez-vous : est-il normal de dépenser des millions de dollars pour enlever
    l'amiante des écoles, du parlement d'Ottawa? Réponse : oui parce que c'est un cancérogène très dangereux qui est interdit dans toute l'Europe (hors l'ex-URSS) et dans plus de cinquante pays dans le monde.

    Est-il normal de donner des millions de dollars aux industriels de l'amiante canadiens pour qu'ils puissent continuer à diffuser leur mensonges sur l'amiante chrysotile et à en vendre en Inde? Réponse : non seulement ce n'est pas normal mais c'est même ignoble. Seul un gouvernement moralement corrompu peut imaginer faire cela et c'est malheureusement comme cela que l'on commence à vous voir en France.

  • Marc O. Rainville - Abonné 11 mai 2011 13 h 41

    Québec sait faire...

    ''Sans doute observe-t-on sur toute la planète la même obstination maniaque à détruire l'environnement. Mais on ne connaît pas d'autres lieux où elle soit aussi concentrée qu'au Québec (...)''

    Ouf !

  • Marc O. Rainville - Abonné 11 mai 2011 13 h 54

    Moralité

    @ Marc Hindry
    ''Seul un gouvernement moralement corrompu peut imaginer faire cela et c'est malheureusement comme cela que l'on commence à vous voir en France...''

    Voilà qui est regrettable, cher cousin. Personnellement, je ne reconnais plus à mon gouvernement que la stature morale nécessaire à la gestion du remplissage des nids-de-poule, et encore, sous haute surveillance.

  • France Marcotte - Abonnée 11 mai 2011 13 h 51

    Trève de condescendance monsieur Hindry!

    Continuez "à bien nous aimer" si ça vous chante mais assurez-vous de ne pas confondre les Québécois avec leur gouvernement, vous ne nous en aimerez que mieux...