Libre opinion - Sains d'esprit, les Québécois?

Quelque 22 403 personnes qui paraissaient assez saines d'esprit et lucides pour être admises dans un bureau de scrutin, soit 40 % des électeurs de Berthier-Masquinongé, ont choisi Ruth Ellen Brosseau, une parfaite inconnue, pour les représenter au Parlement fédéral. Tout ce qui était dit d'elle dans la documentation du NPD était qu'elle aimait les petits animaux et qu'elle veillait à leur bien-être. D'où elle venait, ce qu'elle était, ce qu'elle voulait faire et était capable de faire pour son comté, ses électeurs s'en foutaient comme de l'an quarante.

Plusieurs centaines de milliers de Québécois se sont ainsi précipités pour voter en faveur de «poteaux» néodémocrates dont ils ne savaient absolument rien sauf qu'ils étaient des candidats de «Jack». Jack qui? Euh... Clayton... Peyton... Vous savez bien, le gars sympathique à moustaches qui est passé il y a deux semaines à Tout le monde en parle.

Ces centaines de milliers de «Ti-counes» ont voté comme leurs voisins, comme les gars à job, au garage. Rita, Thérèse et Yolande, elles, ont fait comme leurs chums de filles au salon de coiffure et au bureau: «On veut faire pareil comme les autres. Quand tout le monde votait Bloc, on votait Bloc. Le Bloc, c'est pus à mode. Chose l'a dit à radio à matin. Maintenant, c'est Jack. Y le disent à tivi, tout le monde fait d'même c't'année! C'est un beau monsieur, propre de sa personne, bien mis. Souriant et compatissant en plus.»

Que voulez-vous, je vous le demande, qu'un peuple de suiveux et de moutons complexés comme les Québécois fasse? Ils vont faire comme tout le monde de crainte d'être perçus comme différents. Ils vont être solidaires. Le mot solidaire déguise bien notre besoin de conformisme tricoté serré. So-So-Solidarité. On aime tellement mijoter ensemble dans notre médiocrité collective. Tout le monde le fait, fais-le donc, disait jadis le slogan d'une radio populaire.

On a parlé d'«effet Layton» pour expliquer ce qui est arrivé. C'est de l'«effet lemming» qu'il s'agit. Vous savez ces petits rongeurs nordiques qui sont à la fois stupides et solidaires au point de suivre leurs semblables lorsqu'ils se jettent en masse en bas d'une falaise. Il faut remplacer le mouton de saint Jean Baptiste comme notre symbole national officieux par le lemming. Heureusement, Ruth Ellen aime bien les petits animaux.

Les médias, s'appuyant sur des sondages à répétition, commentés à n'en plus finir, servent de caisses de résonance pour certains phénomènes porteurs qui attirent des auditoires. Les journalistes, qui ont naturellement le coeur à gauche, ont joué le jeu du NPD. Si Jack avait été de droite, il en aurait été différemment. Plutôt que d'encourager la vague avec des commentaires sympathiques et rieurs, les analyses critiques, les commentaires malveillants, les reportages hostiles et les portraits négatifs auraient abondé pour ramener le bon peuple dans le droit chemin.

Quant aux patrons de presse, à Radio-Canada, à Power Corporation et ailleurs, ils n'avaient aucune raison d'intervenir comme ils le font habituellement lorsque leurs journalistes se laissent emporter par un engouement qui menace l'ordre fédéral. Le coup de foudre pour Jack nuisait essentiellement au Bloc.

Les résultats des élections fédérales au Québec ont confirmé au Canada anglais les préjugés et les stéréotypes qu'on y entretient sur les Québécois comme le démontrent les milliers de commentaires cruels laissés sur les sites des médias anglophones. Et la réalité est encore pire puisque les webmestres ont retiré les plus désobligeants et méprisants.

À Berthier-Maskinongé, il y a maintenant des électeurs qui dénoncent leur nouvelle députée parce qu'elle ne parle pas français, habite Ottawa, a préféré Las Vegas aux élections et n'est jamais venue faire campagne dans la circonscription.

Les seuls dans cette affaire qui méritent d'être vivement dénoncés sont les 22 403 électeurs du comté qui ont voté pour elle simplement pour faire comme tout le monde. Cela s'applique bien sûr à tous les imbéciles du Québec qui ont voté aveuglément en faveur de «poteaux» (quelle que soit leur valeur personnelle) parce qu'on a parlé en bien de Jack à tivi.

La majorité des électeurs ne comprend rien à la politique en général et encore moins aux questions économiques et au fonctionnement de l'État. Ils se méfient des politiciens dont bon nombre sont soupçonnés d'être des menteurs et des corrompus au service des milieux d'affaires et des lobbies. Pour s'y retrouver, ils se fient à des références: amis, parents, journalistes, commentateurs à la radio ou à la télé. Cette fois, il y avait unanimité. Jack, Jack, Jack, faisaient les canards, les perdrix et les sarcelles..., comme le dirait Vigneault.

Ce qui s'est passé au Québec la semaine dernière démontre les limites de la démocratie.

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Normand Lester - Chroniqueur au 98,5 FM et à Yahoo Québec
128 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 mai 2011 00 h 19

    Bien dit M. Lester. Tout à fait d'accord!

    .

  • Marcel Bernier - Inscrit 9 mai 2011 00 h 52

    Hélas, monsieur Lester...

    La vie est cruelle, parfois. Tout ne va pas toujours comme on le souhaiterait. Il faut faire avec, que voulez-vous...
    L'homme qui a vu l'ombre de l'homme dans sa soupe peut désormais dormir tranquille!

  • Nic Payne - Inscrit 9 mai 2011 01 h 28

    Bon spectacle...


    Ha ha ha ! Que c'est grossier ! Lester fait toujours un bon spectacle. Cependant, ici, il caricature et généralise à tours de bras, assez pour risquer de se couvrir de ridicule.

    Le phénomène des poteaux -- loin d'être nouveau -- est le tremplin favori de ceux qui n'aiment pas ce vote québécois pour le NPD.

    Comme s'il était inusité qu'en toute connaissance de cause, on passe outre l'incongruité de certaines candidatures parcequ'on tient à appuyer tel ou tel parti.

    Qu'aurait voulu l'auteur, de ces Québécois qui ont voté Nouveau Poteau Démocratique ? Que ceux qui avaient précédemment appuyé le Bloc, continuent de le faire pendant cent ans, au nom d'un objectif que le PQ lui-même a mis sur la glace ?

    Ils ont fait bien mieux que ça : Ils ont marqué de façon spectaculaire, encore plus qu'avant, le fait que le Québec et le Canada sont deux pays.

    Les Canadiens ont fait le reste, pour compléter cette démonstration sans équivoque de ce que leurs orientations priment sur celles des Québécois.



    Nic Payne

  • Frederik Mercier - Inscrit 9 mai 2011 04 h 33

    Les moutons

    Vous avez raison, mais il faut pondérer votre colère et rappeler que le phénomène "mouton" n'est pas unique dans Berthier-M. ni même au Québec.

    Le fait d'avoir peur de ne pas suivre la vague est un comportement profondément ancré dans la psyché de la majorité des humains. C'est certainement une limite au principe démocratique.

    Souvenons-nous toutefois (pour se consoler?) que ce n'est pas par l'action de cette majorité que les révolutions surviennent, mais par celle des élites qui se montrent assez intelligentes (intelligibles) et mobilisatrices pour entraîner la majorité.

    C'est pourquoi il faudra tenir compte de ce trait de psychologie collective, et l'utiliser (pourquoi s'en priverait-on?) si on veut obtenir un vrai changement qui ne peut survenir que par la libération du Québec de l'emprise britano-canadienne et la fondation de la république du Québec.

  • Luc Boyer - Inscrit 9 mai 2011 04 h 45

    Comme vous dites

    Et si on avait un roi, il serait indétrônable comme dit la chanson.