Élections - Pourquoi les poteaux existent

Le choc. D'innombrables personnes se demandent: «Mais à quoi a-t-on pensé? Comment autant de poteaux ont-ils pu se faire élire? Une anglophone unilingue de l'extérieur de la province, vraiment?»

Le raisonnement est pourtant simple. Las des discours négatifs de partis à la réputation entachée, la population a senti le côté rafraîchissant de la campagne du NPD. Les sondages ont révélé l'émergence du NPD au Québec. L'électeur s'est dit: «Bof, je vais les encourager. En même temps, la subvention rattachée à mon vote va aller dans leurs caisses.» Dans l'isoloir, il déplie son bulletin de vote. Le nom associé au NPD ne lui dit rien. Il se répète: «De toute façon, ce n'est pas comme s'ils allaient remporter mon comté.» Ainsi, de nombreux électeurs pensaient promouvoir l'émergence du NPD. Ils ne croyaient pas participer à une telle tornade qui isolerait le Québec tant du pouvoir législatif qu'exécutif.

J'ai tenu tour à tour les deux rôles d'électrice indécise et de candidate dite «poteau». Enfin, presque, puisque j'ai quand même tenu à faire campagne dans la mesure de mes moyens et avec l'aide de ma famille. Aux élections fédérales antérieures, j'ai voté avec désinvolture pour des candidats que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam, dans le seul but d'appuyer leur parti. À titre de candidate aux élections provinciales, j'ai profité du vote de gens qui appuyaient mon parti sans connaître quoi que ce soit à mon sujet.

Effets pervers

On voit ici les effets pervers du Parlement de type «Westminster». Autrefois, ce genre de Parlement imposait aux partis de présenter des candidats représentatifs, le plus souvent élus par l'association locale des membres. Aujourd'hui, plusieurs facteurs rendent ce système dépassé: la rapidité des transports et des communications, la rigidité de la ligne de parti et le ravalement des simples députés au rang de plantes vertes, au champ d'action réduit au minimum.

Confrontés à la difficulté de trouver des candidats de qualité (la politique est de moins en moins attrayante), les partis ont recours aux poteaux parce que les électeurs aiment mieux qu'on leur présente un inconnu que rien du tout. Sans ces candidats prête-noms, des centaines de milliers d'électeurs ne pourraient pas exprimer leur préférence pour le parti de leur choix. Par ailleurs, ce système oblige les partis à parachuter leurs candidats vedettes dans des circonscriptions acquises pour assurer leur élection.

Système archaïque


Les électeurs sont sommés de choisir, d'une seule croix sur un bulletin unique, à la fois leur représentant local et le gouvernement du pays. Ils hésitent parfois entre un candidat inconnu du parti de leur choix et un candidat à la compétence reconnue d'un parti rival. D'autres encore, conscients que le parti de leur choix n'a aucune chance dans leur circonscription, se bouchent le nez et «votent stratégique», selon l'expression consacrée. On voit ici un autre effet pervers de notre système électoral: l'électeur est obligé d'anticiper les intentions de ses concitoyens. Son vote devient une mise dans un vaste jeu de hasard aux conséquences monumentales.

Tous ces problèmes découlent de l'archaïsme du Parlement de type «Westminster», qui produit des «monarques élus» plutôt que des représentants du peuple. Et encore, ces monarques n'ont même pas besoin d'une majorité de voix, seulement d'une majorité de sièges. Au nom d'une démocratie de qualité et véritablement représentative, il devient urgent d'élire séparément le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Sinon, l'introduction d'une représentation proportionnelle mixte pourrait au moins reconnecter notre système électoral avec la réalité.

***

Caroline Morgan - Traductrice, l'auteure a été candidate de l'ADQ dans la circonscription de Westmount-Saint-Louis en 2007 et dans celle de Mont-Royal en 2008
11 commentaires
  • B Landry - Abonné 9 mai 2011 07 h 27

    Bravo

    Je n'ai jamais voté pour l'ADQ mais que je suis d'accord avec vous. Il faut manifestement faire évoluer ce système électorale implanté au 19e siècle...... Au lieu de ça nous avons un gouvernement qui se sert de sa majorité minoritaire pour sabrer dans la démocratie

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 9 mai 2011 07 h 47

    La proportionnelle

    La proportionnelle, bien que fort désirable, n'est pas la solution au problème. Notre système est bancal. Vous avez tout-à-fait raison : nous élisons un "monarque" pour quatre ans. Car tous les députés sont liés par la ligne de parti.
    Pour la gouvernance de l'État, nous devons avoir trois pouvoirs totalement indépendants l'un de l'autre: l'exécutif, le législatif et le judiciaire.
    Le législatif, de qui émane les lois; l'exécutif pour l'administration des lois; le judiciaire pour l'interprétation des lois.
    En notre système. le législatif et l'exécutif se retrouvent dans la même personne: le premier ministre. De plus, ce dernier exerce une influence importante dans la nomination des juges. Le premier ministre est un véritable monarque.
    Le système présidentiel permet de bien départager ces différents pouvoirs et permet aux représentants de jouer un rôle beaucoup plus
    probant dans la gouverne de l'État.

  • bourgeoisgentilhomme - Inscrit 9 mai 2011 08 h 13

    d'accord avec votre texte...

    mais que faire. Harper tient les rênes pour plus de 4 ans. Et c'est certainement pas lui qui va modifier ce sustème électoral. Tout le monde en parle depuis des lustres mais rien ne se passe. Si les 40% de ce peuple qui n'a pas voté se levait d'une seule voix maintenant pour réclamer le changement que votre article propose, là il y aurait du changement. On peut toujours en rêver. Votre article est excellent.

  • Observer - Inscrit 9 mai 2011 08 h 49

    Oui, un système dépassé, enchassé dans un étanche sarcophage cimenté:

    Oui, le doucereux et paisible Canada est le reste d'un distillat d'abandon et de démembrement d'une lointaine colonie Britannique.
    Qui croirait que ce pays qui se voulait 'Confédération' selon le plan de base de 1867, se retrouve aujourd'hui 'Fédération' par ajouts successifs d'ingrédients douteux et ce petit à petit sans que rien n'y paraisse? Qui croirait que ce merveilleux pays ait eu besoin d'attendre de 1867 à 1935 pour enfin se doter d'une banque centrale; il a bien entendu fallu obtenir l'aval du tuteur c.à.d. le conseil privé de Londres. Pas fort comme indépendance. Quel pays peut se vanter d'avoir deux systèmes de mesure, l'impérial et le métrique. Pas fort non plus. En réalité le Canada n'a que ceci de bon: Il est paisible et si vous voulez y vivre, achetez-vous une pelle, creusez un peu, vendez les roches récoltées et demandez à vos enfants, la jeunesse, de s'occuper des complications administratives provoquées par votre besoin de vivre. Pour la modernité, on repassera. À l'heure ou la planète carbure aux techniques "modernes", ici pas un mot. La science? Connait pas. L'industrie? Connait pas. La Chine, l'Inde, enfin tous les copieurs d'innovations de la planète? Connait pas. Pas un mot de tout cela pendant la campagne électorale. Il suffit de suivre les travaux des assemblées (Ottawa

  • Normand Chaput - Inscrit 9 mai 2011 11 h 15

    il faut s'inspirer de la justice

    Pour les proces importants, on choisit douze jurés. Les seules conditions sont d'être majeur et ne rien connaître à la justice. Et cela fonctionne.

    Alors je suggàre qu'on fasse de même pour les élections. Le Directeur général en tire cinq au hasard par comté et les électeurs vont voter pour celui qu'ils considèrent le moins débile.

    Selon les lois de la statistique, nous aurions un gouvernement beaucoup plus représentatif et moins corruptible.