Que signifie la montée du NPD au Québec?

Gilles Duceppe<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gilles Duceppe

Comment expliquer la soudaine montée de popularité du NPD au Québec? Comment se fait-il que cette montée semble surtout se faire aux dépens du Bloc québécois? Car les deux phénomènes sont reliés de façon quasi causale: en faisant ouvertement campagne pour la souveraineté, le Bloc a repoussé vers le NPD les électeurs québécois qui veulent d'abord rejeter Harper sans avoir à se prononcer sur l'avenir constitutionnel du Québec.

Le Bloc a commencé à voir son soutien s'effriter dans l'opinion publique au moment du congrès du PQ, où Gilles Duceppe a prêté allégeance à Pauline Marois et à la cause indépendantiste. Ce faisant, le chef du Bloc a brisé le contrat politique «officieux» qu'il avait avec beaucoup d'électeurs québécois. Le Bloc peut bien se déclarer souverainiste à Ottawa jusqu'à ce que mort s'ensuive, mais les citoyens d'ici savent bien que cet enjeu se décide à Québec et non au parlement fédéral. Il n'y a pas de risque à voter pour le Bloc au fédéral. Contrairement au PQ au niveau provincial, le Bloc n'est pas un parti qui peut créer de l'incertitude par la tenue d'un référendum sur l'indépendance du Québec.

En se liant aussi fortement à la cause du PQ en pleine campagne électorale fédérale, M. Duceppe a détruit la crédibilité de l'idée selon laquelle le Bloc parle au nom des «intérêts supérieurs» du Québec à Ottawa. Comment le Bloc peut-il prétendre être un rassembleur qui s'élève au-delà des clivages lorsqu'il prend lui-même parti? Le Bloc peut bien se voir comme le représentant de la nation québécoise à Ottawa, mais cette nation ne parle jamais d'une seule voix, et il est heureux qu'il en soit ainsi. Pourquoi devrait-il en être autrement pour sa représentation politique au niveau fédéral?

Le valet du PQ

En se rapprochant du PQ, le Bloc perd de son autonomie politique par rapport au «grand frère» péquiste. Il perd aussi de son utilité par rapport à l'électorat. Il n'offre plus aux électeurs un produit différent de celui du PQ. Et, surtout, les Québécois ne veulent pas décider des questions relatives à la souveraineté du Québec dans des élections fédérales. C'est au niveau provincial que ces décisions doivent se prendre. Les Québécois prennent ces questions au sérieux et ne veulent pas qu'on les force à se prononcer sur ces enjeux dans des élections fédérales. Ce n'est pas le lieu légitime, ni la juridiction appropriée.

En devenant le valet du PQ, le Bloc perd une partie de son identité. Qu'il le veuille ou non, le Bloc, c'est aussi la «société distincte» par d'autres moyens. Le Bloc est la réponse du Québec au blocage constitutionnel canadien. C'est un parti qui a ses racines historiques dans l'option fédéraliste. C'est un mouvement qui a été fondé par des fédéralistes déçus.

Le Québec dégèle?

Or cette déception est toujours très présente dans l'opinion québécoise, mais elle trouve dorénavant moins de place dans un BQ plus résolument souverainiste. Une hypothèse est que le soutien actuel au NPD soit le signe d'un possible dégel du Québec par rapport au fédéralisme canadien. Les fédéralistes québécois ne sont pas nécessairement déçus du fédéralisme en tant que tel. Ils sont plutôt déçus des libéraux et des conservateurs qui n'ont rien à dire sur les enjeux identitaires qui préoccupent leurs concitoyens.

Seule la voie néodémocrate n'a pas encore été empruntée au niveau fédéral. Au Canada, les relations fédérales-provinciales dépendent beaucoup des forces partisanes qui contrôlent le gouvernement à Ottawa. On ne sait encore rien du fédéralisme de type social-démocrate et cela pique certainement la curiosité.

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Denis Saint-Martin, professeur titulaire de science politique à l'Université de Montréal
16 commentaires
  • L'ex-Canard - Inscrit 30 avril 2011 01 h 23

    Le NPD dans le RdC

    La fatigue des vieux partis n'est aucunement isolée au Québec. Il aurait p-e fallu reconnaitre une montée également du NPD dans le RdC dans cette analyse.

  • Francis Robillard - Inscrit 30 avril 2011 03 h 44

    Une hirondelle ne fait pas le printemps

    Les canadiens-français, minoritaire au Québec peuvent toujours rêver et continuer à s'illusionner. L'appuis au NPD au Québec, n'est pas un virage. Les québecois sont seulement fatigué du discours sur la peur du fédéralisme pour voter en bloc derrière le Bloc.

    Depuis près de 20 ans, les cinquante et quelques députés du Bloc n'ont fait que crier au loups, au lieu d'utiliser ce que les québécois leurs ont donner pour nous faire avancer, à générer des activités, des événements significatifs pour faire avancer la souveraineté... Mais rien!! capoute, niet, un autre bel exemple de la trahison des petits canadiens-français timorrés dans leurs carcans de colonisés. Vous pouvez être sûr que les marionnettes unionistes qui les remplaçeront ne se gêneront pas pour abuser de leurs "sièges" pour nous mettre en boîte et nous corrompre davantage dans le systême d'apartheid canadian.

    Pour l'avenir, ce sont d'autres que Power Corporation qui devrait laborer des plans pour nous, mais pour cela, il sera peut-être nécessaire que la minorité canadienne-française se taise à jamais et que se lève la majorité québécoise!!

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 30 avril 2011 06 h 20

    Ayoye

    La baisse du Bloc n'a rien à voir avec la souveraineté!
    Elle est due à la fatigue du Bloc, incapable cette fois d'avoir un sujet rassembleur, comme les commandites ou la culture. Et au ras-le-bol de 40% de la population qui en a assez des vieux partis (jack etle NPD sont percus comme nouveaux au Québec)

    Rappelons que M. Saint-Martin est un fédéraliste pur et dur. Il a travaillé pour Paul Martin.

  • Catherine Paquet - Abonnée 30 avril 2011 06 h 31

    Le double language du Bloc.

    Il me semble que la désillusion des Québécois envers le Bloc tient, en grande partie, à la lassitude de le voir maintenir, sans explications claires, deux options contradictoires.

    Le Bloc se dit totalement indépendantiste, mais il exige une ouverture politique de la part des autres Partis en faveur de négociations constitutionneles qui amèneraient le québec à signer la constitution de 1982.

    Le Bloc a appuyé, sans réserve, la résolution de 2006, de la Chambre des Communes qui contredit deux de ses options fondamentales. La résolution <<Reconnaît que les "Québécois" forment une nation dans un Canada uni>> Le Bloc reconnaît ainsi que l'option d'un Canada uni lui convient, et il reconnaît que les Canadiens-français (définition donnée au mot "Québécois" par le gouvernement et l'Opposition officielle) forment une nation, quel que soit l'endroit où ils habitent au Canada.

    Comme ambiguité, il est difficile de faire mieux...

  • Michel Simard - Inscrit 30 avril 2011 07 h 18

    On ne fait pas les choses par la négative et on ne vote pas par curiosité

    Le Bloc Québécois est un parti politique qui promeut les intérêts du Québec en visant à long terme sa pleine émancipation et sa réalisation en tant que nation. Il n'est pas le valet du Parti Québécois comme le Quebec liberal-conservative Party n'est pas le valet du Parti libéral-commanditiste du Canada.

    S'il y a des fédéralistes déçus, il faudra bien qu'ils cessent les enfantillages et assument pleinement de participer constructivement à l'émancipation du Québec. On ne vote pas par la négative, cela n'a pas de sens.

    Je remercie M. Saint-Martin de nous confirmer qu'être dit fédéraliste au Québec, c'est être en réalité pour le statu quo, de se contenter de rien et de contribuer à la marginalisation et à la dissolution de la nation québécoise dans un grand tout canadian, où nous n'avons pas notre place. Peut-être est-ce pour cela qu'après une tentative d'extrême-droite avec Harper, ceux-ci en sont-ils réduits, de par leur manque de maturité collective, à voter à l'autre bout du spectre, simplement par curiosité. Comme si on pouvait raisonnablement voter par curiosité...