Élections fédérales - Désolé Jack, mais ce sera non

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton<br />
Photo: Agence Reuters Mike Cassese Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton

Mon cher Jack,

Je vous connais maintenant. Ce sera non. Pendant 20 ans, j'ai voté NPD. Plus souvent NPD que Bloc québécois. Huit fois pour vous. Six fois pour le Bloc. J'ai annulé mon bulletin aux élections de 1984 et de 1988. Le 2 mai, vous voudriez que je revienne à vous? What's new, mon cher Jack?

À l'époque, sur la patinoire canadienne, vous étiez les plus progressistes. Vous étiez très centralisateurs, mais les seuls à reconnaître la nation québécoise. Avec un peu d'imagination et de wishful thinking, je me convainquais que le NPD serait un allié du Québec. Vint, contre la volonté unanime de l'Assemblée nationale, le rapatriement unilatéral de la Constitution, la nuit des longs couteaux et la promulgation par le Canada anglais d'une nouvelle Constitution dont le Québec fut exclu.

J'étais profondément troublé. C'était l'unanimité. Y compris dans la députation du Québec, alors toute libérale (74 sur 75). Où étaient nos alliés? Où était le NPD? Tous dans le même lit. J'ai décroché.

J'ai mis du temps à comprendre qu'indépendamment de votre bienveillance, de votre bonne volonté et de vos bons mots, votre position sur l'échiquier canadien est objectivement intenable. Peut-être que vous, personnellement, aimeriez accommoder le Québec, mais vous savez mieux que moi que le peuple canadien ne vous le permettra jamais. Et que si vous vous y aventuriez, vos appuis au Canada anglais s'effondreraient.

Des alliances déchirées

Vos prédécesseurs le savaient. Vos vis-à-vis néodémocrates dans les provinces canadiennes le savaient également. Il n'y a pas de surprise à compter parmi les ennemis du Québec un nombre impressionnant de néodémocrates qui ont fait chavirer plusieurs alliances et déchirer plusieurs accords. Qu'il suffise de rappeler les noms de Romanow et Blakeney dans la nuit des longs couteaux, d'Elijah Harper dans l'enterrement de Meech et de Bob Rae dans l'accord ridiculement insuffisant de Charlottetown. Vous auriez pu vous amender lors de l'adoption de la loi sur la clarté de Stéphane Dion. Loin de là. Vous en avez remis une couche. Broadbent le premier. Et ensuite le NPD au grand complet, sans hésiter.

Jack, droit dans les yeux, vous êtes incapable de m'exposer l'ombre du début d'une proposition qui pourrait changer quoi que ce soit au statut du Québec dans le Canada. Et vous n'êtes pas seul. Il n'y a plus aucun fédéraliste canadien, ni québécois d'ailleurs, qui avance quelque proposition constitutionnelle que ce soit. Le blocage est à 83 % dans le peuple canadien. C'est à cette hauteur qu'il refuse de reconnaître la nation québécoise. Vous pouvez toujours causer!

Ai-je besoin de vous rappeler que même si vous aviez l'intention de faire quelque chose, la Constitution, qu'au Canada vous avez effrontément adoptée contre la volonté unanime de l'Assemblée nationale du Québec, vous l'en empêche. Elle exige tantôt l'unanimité, tantôt l'accord au même moment de sept provinces représentant cinquante pour cent plus un de la population, le tout sans susciter de veto régional et après avoir gagné des référendums dans deux provinces. «Cette Constitution durera mille ans», disait Trudeau? Un peu plus peut-être?

L'avenir du Québec

Alors, où est l'avenir du Québec? Dans le Canada? Non, à moins qu'il consente à renoncer à ce qu'il est. Ce qu'il ne fera jamais, croyez-moi. Son avenir réside dorénavant dans le statut normal d'un pays connecté directement aux autres pays. Et dans le cadre de la mondialisation croissante, ça presse.

Mais, entre vous et moi, abstraction faite de la question du Québec, voterais-je pour le NPD pour la qualité de son programme? De moins en moins facile, vous avouerais-je. Votre «tataouinage» avec le registre des armes à feu — Polytechnique, le collège Dawson et l'Université Concordia, ce sont nos filles et nos garçons —, le sans-gêne avec lequel, tout comme Flaherty et Ignatieff, vous pigez 17 milliards dans les poches des chômeurs pour financer votre gouvernance et l'insouciance que vous mettez à ne pas protéger le chantier maritime de Lévis, le seul de ce gabarit qui soit sur le fleuve Saint-Laurent, entament sérieusement le caractère progressiste de votre proposition.

J'ai connu un NPD beaucoup plus audacieux. Au chapitre de l'économie et du social, le Bloc n'est pas du tout en reste. Sa pratique serait même plus consistante et conséquente que la vôtre.

Votre bien autant que le nôtre

J'ai la plus haute considération pour la pratique politique. C'est le fondement même de la démocratie. Je voue une grande admiration à tous ceux et celles qui assument ces responsabilités en servant l'intérêt général avec éthique et probité. Pour tout vous dire, Jack, j'estime que les membres du gouvernement Harper en sont la parfaite contradiction et je ne souhaite à personne, ni au Canada, d'avoir à subir sans retenue leur autorité. Je connais ailleurs les ravages que ce type de gouvernance a provoqués sur les populations.

Est-il opportun de vous rappeler que le Canada est déjà majoritairement conservateur? En effet, 62 % des députés le sont. Et que c'est le Québec souverainiste qui jusqu'à ce jour les a tenus en respect. Tant que vous ne serez pas équipés au Canada pour changer cet état de choses, permettez aux Québécois, en votant en bloc pour le Bloc, de ne pas l'empirer. Et cela, Jack, autant pour votre bien que pour le nôtre. En espérant avoir été clair, je vous soumets mes cordiales salutations.

***

Gérald Larose - Professeur invité à l'École de travail social de l'UQAM, président du Conseil de la souveraineté du Québec et l'ex-président de la CSN (1983-1999)

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71 commentaires
  • lephilosophe - Inscrit 21 avril 2011 07 h 20

    Le statu quo d'une génération à l'autre: non merci!

    Votre sortie contre le NPD n'étonnera personne à ce moment-ci. C'est le tir groupé de toute cette élite nationaliste dite progressiste qui se voit menacée par la montée du NPD au Québec et tout leur credo obsessionnel sur la question du statut du Québec. Cette élite en vit, mais le peuple lui, en vit-il? La réponse est plutôt à chercher la montée d'une nouvelle génération pour qui le statu quo a un nouveau visage: le vôtre.
    Cette semaine, on a revu Harper brandir la «menace séparatiste» en cas de gouvernement minoritaire. On a entendu Duceppe nous remâcher la stratégie du blocage de la majorité conservatrice avec en prime un discours sur l'élection du PQ et du «tout redevient possible». Mais jusque quand pensez-vous pouvoir nous rejouer ces vieux films avec les mêmes acteurs dont vous êtes. Malgré l'impopularité historique du Parti Libéral au Québec, le PQ n'en est qu'à 32% dans les intentions de vote. On ne fait pas un pays avec ça. Regardez aussi le gâchis qu'a constitué «l'opération Harel» sur Montréal. Au lieu de choisir les progressistes de Projet Montréal, qu'elle dénigrait à cause de son manque de financement, elle a préférer s'allier à Labonté, qui avait du cash, mais sale... On connaît la suite. Les choix des élites dites nationalistes nous ont conduit là où nous sommes: dans le marasme le plus total, dans la gouvernance la plus abjecte tant au municipal, au provincial qu'au fédéral. Mais le plus grave est que vous ne vous rendez même pas compte que la montée du NPD au Québec est AUSSI le plus grand échec historique du Parti Libéral du Canada au Québec. Comme Harel au municipal, vous avez la tête ailleurs!
    Il y a une nouvelle génération qui ne veut plus vivre comme si elle attendait Godot. La pièce est usée. Nous voulons une alternative à cette situation bloquée où les forces les plus réactionnaires du pays où nous vivons malgré tout se déchaînent. Vous en vivez d'une certaine manière,

  • Peter Kavanagh - Inscrit 21 avril 2011 08 h 17

    Une demande venu d'en haut

    Cher M. Larose,

    Vous devez avoir reçu un téléphone de m. Duceppe. Cette sortie contre le NPD immédiatement apres la publication d'un sondage en meme temps qu'une série d'article de journaliste a tendance souverainiste apparait bien comme une commande venu d'en haut.

  • Jean Lapointe - Abonné 21 avril 2011 08 h 19

    Le credo obsessionnel que vous dites?


    Parler d'obsession c'est n'avoir rien compris.

    Depuis quand vouloir plus de liberté pour un peuple c'est une obsession?

    Depuis quand ce serait dépassé que de vouloir cette liberté?

    Il y a une certaine gauche bien-pensante qui préfère jouer à l'autruche au lieu de tenter de faire avancer les choses.

    Ils préfèrent regarder à côté plutôt que de regarder en face.

    Ils sont hargneux, revenchards, amers, sceptiques. Il n'y a que du négatif chez eux.

    Si au moins ils présentaient leurs propositions d'une façon positive. Ça pourrait se discuter.

    Non ils préfèrent attaquer, dénigrer, détruire. Ce sont des défaitistes.

    Il n'y pas d'avenir avec eux.

  • tohi1938 - Inscrit 21 avril 2011 08 h 20

    Désolé, M. Larose, mais ce sera OUI!

    Un OUI à la disparition de ce que décrit le philosophe dans un commentaire antérieur.
    Ce sera un OUI à la disparition de l'immobilisme généré par les campagnes de peur non-fondées au sujet des"ennemis du Québec" comme vous nous refaites le coup aujourd'hui.
    Un OUI aussi à la disparition de l'endoctrinement qui fut d'abord religieux, puis syndicaliste puis souverainiste pour faire accroire à la population qu'elle n'est composée que de moutons sans cervelle qui ont besoin de vos bonnes paroles et finalement n'aboutit qu'à vouloir tirer les ficelles du pouvoir pour mieux maintenir dans l'ignorance la population en question et l'asservir.

  • Michele - Inscrite 21 avril 2011 08 h 21

    L'usure de l'opposition

    Il semble ici qu'on assiste à un phénomène peu décrit, soit l'usure d'être dans l'opposition.