Élections fédérales - Pour qui voter le 2 mai prochain?

Le bilan du gouvernement Harper peut sans exagérer être qualifié de catastrophique. Sous la gouverne des conservateurs, la réputation du Canada est devenue en l'espace de quelques années celle d'un État voyou dans la lutte contre le réchauffement climatique. Sa politique étrangère est désormais celle d'un État de droite. Son engagement dans des conflits armés nous fait regretter le rôle ancien du Canada pour le maintien de la paix au sein de l'ONU.

Le Canada est aussi devenu un paradis pénal pour les entreprises minières qui exploitent sans vergogne les ressources naturelles des pays africains avec la complicité des gouvernements locaux, et les conservateurs ne font rien pour modifier cet état de choses. Les achats d'avions F-35, l'obsession sécuritaire, l'ingérence dans les affaires du groupe Droits et Démocratie, le refus de rapatrier Omar Khadr, tout cela complète le tableau au chapitre de sa politique internationale.

Sur le plan intérieur, le gouvernement de Stephen Harper semble vouloir tirer sur tout ce qui bouge: les groupes de femmes, le milieu de la culture et les minorités linguistiques. L'attitude à la Chambre des communes, le mépris concernant l'éthique et l'arrogance affichée à l'égard des médias n'en finissent plus de nous scandaliser. La sévérité à l'égard des jeunes contrevenants, l'électoralisme à courte vue et la partisanerie aveugle de ce gouvernement populiste ne peuvent que susciter chez les électeurs sensés un dégoût bien compréhensible.

Faire bloc contre Harper

Bref, il faut barrer la route aux conservateurs. Comment faire pour y parvenir? La solution la plus simple est de voter pour un parti qui, dans la circonscription où l'on se trouve, a le plus de chance de l'emporter contre le candidat conservateur. Pour moi, le choix sera facile: je voterai pour Vivian Barbot (comment pourrais-je m'imaginer, l'espace d'un instant, en train de voter pour Justin Trudeau?). D'une manière générale, au Québec, il faut voter en faveur du Bloc québécois.

Un vote pour le Bloc est un vote pour qui?

Mais que répondre à la remarque de Michael Ignatieff selon laquelle un vote pour le Bloc québécois serait un vote pour les conservateurs? On croirait davantage M. Ignatieff s'il blâmait d'abord et avant tout les électeurs conservateurs eux-mêmes. Car, après tout, si le Québec vote massivement contre Harper et que ce dernier est malgré tout élu, ce sera parce que le Canada anglais aura voté massivement en sa faveur. Pourquoi alors blâmer les électeurs québécois?

En outre, M. Ignatieff nous invite à laisser tomber notre appui à un parti voué à la défense des intérêts du Québec au profit du Parti libéral du Canada (PLC) alors que, pour sa part, le PLC n'entend rien faire pour résoudre le contentieux constitutionnel. Pire encore, M. Ignatieff croit que les Québécois sont maintenant passés à autre chose et que la question constitutionnelle est dépassée (!). Mais s'il en est ainsi, peut-il nous expliquer pourquoi le Québec élit depuis 1993 une majorité de députés du Bloc québécois? Ceux qui ignorent la question nationale, qui ne la comprennent pas, qui sont insensibles à la non-reconnaissance du Québec au sein du Canada, qui n'ont rien à dire contre l'imposition d'un ordre constitutionnel en 1982, payent maintenant le prix de leur méconnaissance, de leur insouciance ou de leur désinvolture.

Ils doivent composer avec un Québec qui défend ses intérêts dans un Canada qui fait la sourde oreille à ses réclamations. La présence du Bloc québécois à Ottawa est le rappel constant que la question constitutionnelle québécoise est non résolue. Malheureusement, M. Ignatieff ne semble pas encore avoir compris le message envoyé par le Québec à Ottawa depuis vingt ans. Le chef libéral croit que les Québécois ont dépassé les enjeux constitutionnels alors que les Québécois, en votant pour le Bloc québécois, leur répètent depuis bientôt vingt ans que les grands partis nationaux ne défendent pas adéquatement leurs intérêts.

Si vous ne pouvez les battre, joignez-vous à eux?

Un autre argument contre le vote en faveur du Bloc québécois est que le Québec doit jouer un rôle au sein du gouvernement au lieu de se cantonner dans l'opposition. Mais c'est là confondre l'effet et la cause. Le vote massif en faveur du Bloc québécois n'est pas la cause, mais bien l'effet de l'absence d'influence du Québec dans les instances gouvernementales fédérales. Les 74 députés libéraux fédéraux du Québec, élus à la Chambre des Communes en 1982, se sont faits les complices d'un rapatriement unilatéral illégitime. Ils ont participé à l'entreprise visant à remettre le Québec à sa place au lieu de se porter à la défense du Québec.

Les députés du PLC élus au Québec sont restés impassibles devant le scandale des commandites. Les députés conservateurs représentant les circonscriptions québécoises depuis cette époque n'ont pas fait mieux. Ils se sont pour leur part faits les haut-parleurs de la position défendue par le gouvernement Harper. Alors, que l'on ne blâme pas le Bloc québécois et les citoyens du Québec qui les appuient. [...]

Les enjeux sociaux?

Néanmoins, le citoyen qui a le moindrement un souci de défendre des valeurs de gauche peut se demander pourquoi les enjeux constitutionnels devraient l'emporter sur les enjeux sociaux. Dans le présent contexte, on pourrait avancer l'idée que les considérations stratégiques doivent l'emporter sur les enjeux constitutionnels. Bien entendu, on ne peut accuser le Bloc québécois d'être lui-même insensible aux enjeux socio-économiques. Bien au contraire, il n'a eu de cesse de se faire l'écho à la Chambre des communes des valeurs sociales québécoises.

Mais, selon certains, il faudrait peut-être aussi mettre de côté nos valeurs sociales au profit de celles qui sont véhiculées au sein du PLC. Autrement dit, selon cet argument, les Québécois doivent non seulement renoncer à appuyer le Bloc québécois en s'accommodant de l'indifférence canadienne à l'égard du statut constitutionnel du Québec, mais ils doivent en plus renoncer à voter pour le parti qui représente à la Chambre des communes leurs valeurs sociales. Et ils doivent faire tout cela dans le but de battre les conservateurs.

Une coalition PLC-NPD?

Il existe pourtant une autre solution et c'est celle de la coalition PLC-NPD que le Bloc québécois serait prêt à appuyer. La position du Bloc Québécois peut en ce sens être qualifiée d'exemplaire. Même si le PLC est le parti de la centralisation, du rapatriement unilatéral, de la loi sur la clarté et du scandale des commandites, les bloquistes ont suffisamment le coeur à gauche pour donner leur appui à une coalition PLC-NPD.

Mais M. Ignatieff est tombé dans le piège tendu par Stephen Harper et a vite balayé cette solution du revers de la main. [...] Pourquoi? La réponse, je le crains, nous renvoie encore une fois à la question nationale. Le PLC s'est senti obligé de prendre ses distances parce que l'électorat canadien aurait réagi très négativement. Le projet d'une coalition a vite été rejeté, mais pas parce que les Canadiens voyaient d'un mauvais oeil le rapprochement entre le PLC et les «socialistes». Ils ont plutôt été révulsés à l'idée de s'associer avec le diable séparatiste! Encore une fois, nous sommes ramenés aux enjeux constitutionnels.

Doit-on être jugés responsables de l'intolérance canadienne à l'égard du Bloc? Pendant combien de temps va-t-on tirer sur le messager au lieu de se tourner vers les causes profondes du problème? Il n'y a donc pas à hésiter un seul instant. Les citoyens du Québec doivent envoyer un important contingent de députés bloquistes à la Chambre des communes!

***

Michel Seymour - Professeur au département de philosophie de l'Université de Montréal

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27 commentaires
  • Nestor Turcotte - Inscrit 11 avril 2011 07 h 27

    Si c'est vrai...

    J'ai lu sur un blogue l'opinion de Gilles Langevin de Montréaj, opinion qui résume bien ma pensée: "Au cours de ses 18 années d'inutilité, le Bloc a passé 6000 jours dans l'opposition et a pris part à cinq campagnes électorales différentes au cours desquelles il a fait 700 promesses sans espoir d'accéder un jour au pouvoir.

    Au cours de ces mêmes années, le Bloc n'a réussi à faire adopter que quatre mesures législatives au rythme fulgurant d'un projet de loi tous les quatre ans et demi. Les Québécois ont raison de se demander ce que leurs députés du Bloc font pour mériter les salaires et les pensions qu'ils touchent."

    JE suis totalement en accord avec ce monsieur. Les Québécois ne veulent pas l'indépendance. Les Québécois ne veulent pas le pouvoir à Ottawa. Ils s'opposent. Je savais que le nation québécoise était distincte...mais pas à ce point-là...

    Le 2 mai, je voterai pour l'amitié. Car, ici, dans ma circonscription, on n'a pas vu le bloquiste sortant (10 ans dans l'opposition) pendant toute cette période. Je ne veux pas vivre 10 autres années à bloquer encore.......Et si Pauline se décide à faire un référendum, je voter OUI, si la question est intelligente. Les deux dernières étaient des attrapes-nigaud et ne portaient pas, surtout pas, sur l'indépendance du Québec

  • Jean Lapointe - Abonné 11 avril 2011 08 h 28

    Il n'y a pas que le pouvoir qui compte.


    Les gens qui s'opposent à la présence du Bloc à Ottawa, même parmi les souverainistes, ne semblent pas avoir réalisé que nous sommes encore, malgré tout, en démocratie, même si l'état de cette démocratie laisse beaucoup à désirer.

    Il 'y a pas que la recherche du pouvoir qui compte en démocratie.

    Le Bloc québécois au parlement d'Ottawa n'arrive pas toujours à faire accepter son point de vue. Il y arrive rarement sans doute en réalité mais il provoque et entretient des débats qui, très probablement ne se feraient pas autrement.

    Sans le Bloc à Ottawa le Québec mangerait toute une claque. Il en mangerait toute une.

    Michel Seymour a raison de dire que « Le vote massif en faveur du Bloc québécois n'est pas la cause, mais bien l'effet de l'absence d'influence du Québec dans les instances gouvernementales fédérales.»

    Ceux qu'il faut blamer ce sont les Canadians qui appuyent les Conservateurs pas les Québécois qui votent pour le Bloc dont je suis, bien sûr.

    A moins d'être favorable à une politique du pire, ce qui n'est pas mon cas. évidemment .

  • Marie.C - Inscrit 11 avril 2011 08 h 35

    Voter pour le bloc

    Voter pour le bloc, c 'est voter pour le déclanchement d'élection au prochain budjet. Le bloc est déterminé à voter contre avant même la présentation et ensuite il dise que ce n'était pas à l'avantage des quebeçois et des québeçoises. Ça fait 20 ans qu'on se fait chanter la même rangaine. Assez c'est assez!

  • celljack - Inscrit 11 avril 2011 08 h 37

    L'idéal politique canadien

    Chaque province devrait avoir son bloc.

    Comme ça, chaque province pourrait avoir son opinion propre. Au fédéral, il serait alors facile de mettre à jour la constitution en représentant les intérêts de tous les Canadiens (ce qui n'est pas le cas actuellement). Puis au final, avec une constitution qui nous donne les droits et libertés qu'on réclame, on satisfait les séparatistes autant que les fédéralistes. Les frontières ne seront toujours que des lignes imaginaires sur une carte.

  • Armelle Brunet-Brais - Abonnée 11 avril 2011 09 h 08

    Pourquoi je ne voterai pas pour le Bloc, cette fois...

    Cher Monsieur Seymour,

    Je suis certainement aussi souverainiste que vous. J'ai toujours voté pour le Bloc et le PQ. Mais cette fois je vais piler sur mes amours et voter pour le Parti Libéral.

    C'est une question d'arithmétique, pure et simple.

    Comme vous expliquez si bien au début de votre lettre, il faut se débarasser du gouvernement Harper. Ce monsieur a fait assez de tort au Canada (donc au Québec qui y est encore). Et comme nous sommes encore dans ce pays...

    La tradition parlementaire britannique fait que le Premier Ministre et le Gouvernement sont du parti qui a remporté le plus grand nombre de sièges à l'élection. Il n'y a pas encore chez nous de tradition de coalitions; peut-être que cela va arriver bientôt!

    Or le seul parti qui puisse espérer remplacer Harper est le Parti Libéral. Le Bloc ne peut avoir qu'un maximum de 75 députés. Les Libéraux ont plus de chance. Élire un député libéral à la place d'un bloquiste augmente les chances d'avoir un Parti Libéral en tête, donc d'éliminer Harper. Et c'est cela qu'il faut absolument faire!

    Voici donc pourquoi je voterai Libéral le 2 mai, ... pour une fois!