Une journée dans la vie d'un libertarien

Éric se fait réveiller à six heures par son réveille-matin alimenté par le monopole public des compagnies d'électricité, régulées depuis 1962 par Hydro-Québec, qui assure le prix le plus bas en Amérique du Nord tout en finançant des services sociaux. Il remplit sa tasse d'une eau propre et potable, parce que des maudits écolos se sont autrefois battus pour avoir un standard minimal de qualité de l'eau.

Avec sa première gorgée d'eau, il avale la pilule qu'on lui a prescrite. Il peut faire confiance à cette pilule parce que des go-gauches se sont battus pour que le gouvernement s'assure que les médicaments fonctionnent de la façon dont ils ont été annoncés. La presque totalité de ses médicaments est payée par le plan médical de son employeur, parce que des syndicats inutiles se sont assurés que le patron veille à la santé de ses employés. Éric se fait ensuite cuire du bacon bien gras et se moque des végétariens. Son bacon est bon, puisque des environnementalistes se sont battus pour l'adoption de lois qui encadrent l'industrie de la viande.

Il sort ensuite à l'extérieur et prend une bonne bouffée d'air. Celle-ci est fraîche et propre, parce que de nuisibles écolos se sont battus pour que des lois empêchent l'industrie de polluer l'air dans les zones résidentielles. Afin de se rendre au travail, il marche sur le trottoir fourni par l'État et entre dans le métro subventionné par les taxes et les impôts, ce qui lui fait épargner des sommes considérables en frais de véhicule et de stationnement, car la Clique du Plateau s'est battue pour avoir des transports publics abordables.

Au travail...

Éric commence sa journée de travail. Il a un bon emploi: une paye excellente, des pauses, des avantages médicaux, un plan de retraite, des vacances et des congés payés, tout ça parce que des syndicats ont autrefois lutté et sont même morts pour que l'employeur paye ces standards, de peur que les employés se syndicalisent. Si Éric tombe malade ou devient un sans-emploi parce que son employeur s'est délocalisé, Éric sera assuré de toucher des compensations et du chômage parce que les maudits syndicats inutiles pensent qu'on ne devrait pas perdre sa maison à cause d'une malchance temporaire.

Après le travail, il arrête à la banque pour retirer de l'argent et payer des comptes. Son compte en banque est assuré par le gouvernement fédéral, parce qu'autrefois des étatistes se sont battus contre des banquiers sans scrupule qui avaient détruit le système bancaire et ruiné des milliards de travailleurs lors de la Grande Dépression de 1929.

Au guichet, Éric dépose de l'argent pour rembourser son prêt étudiant. Éric peste contre ses 15 000 $ de dette étudiante, mais oublie qu'il est allé dans une université financée par l'État, la seule à laquelle il avait accès à cause de ses résultats médiocres. Au moment de ses études, Éric était beaucoup trop occupé à découvrir sa puberté, tout ça parce que de maudites associations étudiantes ont décidé que la société serait meilleure si nous étions plus éduqués et plus épanouis.

Visite chez papa

Éric décide d'aller voir son père à la maison familiale en campagne. Il monte dans sa voiture, une des plus sécuritaires au monde parce que de maudits gauchistes anti-voiture se sont battus pour des lois qui assurent un standard minimum de sécurité, et il prend les autoroutes, payées par ses impôts.

Il arrive à la maison paternelle, qui appartient à sa famille depuis trois générations parce que de méchants révolutionnaires se sont battus autrefois contre les gouvernements qui ne voulaient pas subventionner des maisons rurales. Il n'y avait aucune électricité dans cette maison jusqu'à ce que des étatistes comme Lesage et Lévesque décident de mettre leur nez là où ils n'avaient pas d'affaire et engendrent l'électrification des campagnes.

Éric est heureux de voir son père de bonne humeur. Ce dernier est à la retraite et, bien que tout ne soit pas toujours rose, il retire une pension du gouvernement, ainsi qu'une pension que les maudits syndicats ont imposée à son ancien employeur. Le père d'Éric a subi quatre opérations depuis deux ans, ce qui a considérablement allongé son espérance de vie, tout ça parce que les ancêtres du NPD pensaient autrefois que le père d'Éric devrait être capable de s'occuper de lui-même, et que les soins de santé devraient être gratuits pour ne pas ruiner les familles.

À la radio...

Après le souper, Éric monte à nouveau dans sa voiture et ouvre la radio. CHOI-FM, là où on parle des vraies affaires. C'est son animateur favori qui est encore en train de dénoncer les maudits syndicats qui ont trop de pouvoir et les écolos qui nuisent au développement des gaz de schiste. Après avoir cité une étude de l'Institut économique de Montréal, l'animateur radio en profite pour vanter le programme électoral des conservateurs et de l'ADQ, mais ne mentionne surtout pas que ceux-ci se battent depuis l'aube des temps afin d'empêcher tout ce qui a été décrit précédemment dans ce texte.

Éric est d'accord avec l'animateur. Il n'a pas besoin des syndicats, ni de payer des impôts et des taxes. Il veut plus d'argent dans ses poches afin de se payer le prochain gadget à la mode. C'est son choix, assuré par la Charte des droits et libertés, qui est garanti par le monopole de la violence étatique. Après tout, Éric n'arrête pas de le répéter: il est un homme libre, qui est capable de prendre soin de lui-même.

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Jason Keays - Étudiant à la maîtrise en science politique à l'UQAM

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Précision du 14 mars 2011

L’auteur du texte précédent souhaite apporter une précision essentielle qu’il a par inadvertance omis d’ajouter au bas de son texte. Pour le rédiger, Jason Keays s’est inspiré d’un article du genre publié par Jeff Parker en 2009, ce qu’il a clairement indiqué sur la première version publiée sur sa page Facebook. Cette omission a, à juste titre, créé une confusion dont l’auteur s’excuse.

47 commentaires
  • Paul Racicot - Inscrit 11 mars 2011 21 h 50

    @Jason Keays

    Heureusement, Éric a fort probablement entre 18 et 25 ans et ne votera fort probablement pas aux prochaines élections... puisqu'il ne saurait se commettre à soutenir ainsi une institution démocratique. Ce qui vaut mieux pour ceux et celles qui y croient encore... ;-)

  • Martin Dufresne - Abonné 11 mars 2011 22 h 46

    A quand le Rap à Jason?

    Excellent texte...
    Est-ce que quelqu'un pourrait l'endisquer avec des riffs béton pour que ça tourne à la radio et fasse réfléchir les gens à qui la droite et l'empire Péladeau tente de laver le cerveau?

  • Belphegor - Inscrit 12 mars 2011 01 h 49

    Ce texte est du pur plagiat

    Nous voyons que la maîtrise en sciences po ne comoprend pas des cours d'éthique. Ce texte est une traduction de "A Day in the Life of Joe Conservative", un texte qui tourne sur le net depuis des années. Il y en a même une version vidéo ici http://www.youtube.com/watch?v=6rFXFDpmtFE, faite en 2008.

    Ce genre d'acte immoral ne me surprend pas de la part de quelqu'un formé par une institution bidon comme l'UQAM.

  • Rémi Bourget - Inscrit 12 mars 2011 10 h 09

    Apparence de plagiat et inexactitudes historiques

    http://tinyurl.com/4n95vjt, pour le lien vers le texte de "Joe Conservative".

    En ce qui a trait à l'inexactitude historique, mettons que mettre l'électrification rurale comme réalisation de Lévesque et de Lesage, c'st peut-être pousser fort un peu. Lesage et Lévesque ont nationalisé l'électricité. Mais tout le monde sait que l'électrification rurale est l'une des principales réalisations de Duplessis...