Lettre ouverte au ministre Raymond Bachand - Une place pour les immigrantes dans le budget

Au moment où le Québec s'interroge sur l'intégration des nouveaux arrivants, un programme de formation et d'insertion à l'emploi pour femmes immigrantes risque de fermer ses portes, après quatre années d'investissement et d'efforts soutenus. Parce qu'il ne trouve plus de financement gouvernemental. Ça se passe au sein de l'organisme Service d'entretien Pro Prêt, dans mon quartier. Une situation aberrante.

Je voudrais vous parler d'Aïcha, de Marie-Carmelle, de Marie-Lourdes et de Nadège. Martha et Marie-Carmelle sont arrivées au Québec dans les années 80. Elles ont travaillé en manufacture et élevé leurs enfants. Mais les usines de textiles ont fermé; elles se sont retrouvées sans emploi, sous-scolarisées, pauvres. Aïcha et Nadège ont immigré ici en 2006 et ont cherché en vain un emploi.

Leur connaissance du français était insuffisante et leur formation de base, inadéquate. Ces femmes ont décidé de relever un défi redoutable: s'engager dans un processus exigeant de formation afin d'obtenir une reconnaissance professionnelle et un emploi de préposées aux chambres dans de grands hôtels de Montréal. Pour y arriver, elles ont vaincu des obstacles que beaucoup d'entre nous ne soupçonnent même pas: surmonter les réticences familiales, améliorer grandement leur français, découvrir Montréal en dehors de leur quartier et, surtout, apprendre à croire en elles-mêmes.

Les succès de l'intégration

Aujourd'hui, elles occupent des emplois majoritairement syndiqués et reçoivent des salaires variant entre 12 et 18 $ l'heure, bien plus qu'à la manufacture ou qu'à l'aide sociale. Toute leur vie en a été changée. Entre autres, leur autonomie financière leur a permis de s'affirmer davantage au sein de leur famille. Elles estiment, et en sont fières, participer activement à l'économie québécoise. Leur histoire prouve hors de tout doute que l'intégration est possible quand notre société se donne la peine d'agir.

Savez-vous, monsieur le ministre, combien coûte ce programme d'insertion par femme participante? Cinq mille dollars. N'est-ce pas une somme dérisoire pour aider une femme et une famille à sortir de la pauvreté? Au moment où l'industrie hôtelière, à Montréal, est à la recherche de personnel qualifié, n'est-il pas aberrant de mettre fin à ce programme?

L'organisme Service d'entretien Pro Prêt est à la veille d'annoncer la mort de la formation de préposées aux chambres parce que tout financement lui est désormais refusé. Partout, dans tous les ministères concernés, on lui dit que le travail accompli est excellent, mais que le gouvernement doit maintenant financer de nouveaux projets. Que fait-on de ceux qui ont démontré leur grande utilité? Les ministres préfèrent-ils annoncer de nouveaux projets, pour faire la manchette, plutôt que de soutenir avec patience et persévérance les démarches qui fonctionnent bien? Quel gâchis! Ne pourrions-nous pas soutenir les projets qui ont fait leurs preuves et encourager les organismes à répondre à de nouveaux besoins?

Emploi rémunéré

Monsieur le ministre, vous préparez un budget dont les conséquences seront énormes pour l'ensemble des Québécoises et des Québécois. Vous devez prendre en considération les besoins des plus mal-pris d'entre nous, parmi lesquels beaucoup de femmes et d'immigrants. Vous devez soutenir les organismes communautaires et les entreprises d'insertion qui, au jour le jour, reçoivent et accompagnent des milliers de personnes en situation d'exclusion et de pauvreté. Si vous ne le faites pas, nous comprendrons alors que l'égalité et l'émancipation des femmes sont des mots que l'on aime écrire dans les textes gouvernementaux, mais qu'au fond, les «vraies affaires» sont ailleurs. Peut-être dans les crédits aux minières?

Aïcha, Nadège, Marie-Carmelle, Marie-Lourdes et toutes les autres méritent mieux que des phrases creuses et des bons sentiments. Ce qu'elles veulent, et moi avec elles, c'est un emploi rémunéré correctement et surtout une nouvelle confiance en leur capacité de participer pleinement à la société québécoise. Pensez-y dans votre budget, monsieur le ministre.

***

Françoise David - Présidente et porte-parole de Québec solidaire

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2 commentaires
  • bourgeoisgentilhomme - Inscrit 8 mars 2011 10 h 09

    Malheureusement vous auriez dû

    écrire avant madame David. A moins d'aimer s'autoflageller, le budget à venir doit déjà être imprimé. Pourquoi ne pas avoir donné votre opinion sur le site du ministre des finances qui proposait à tous les citoyens d'intervenir sur une question. J'imagine que ça fait plus wow! quand c'est écrit dans le journal. Ca place plus le couteau sous la gorge. Ca sent le théâtre. Bonne chance quand même pour le financement de cette ressource.

  • Marc-Andre Blais - Abonné 8 mars 2011 13 h 04

    Appel à la manifestation!

    @ bourgeois-gentil-gnôme
    On s'en fou que le budget soit déjà imprimé et participer à une sinistre farce de consultation en ligne ne change AB-SO-LU-MENT rien. Il faut méconnaître profondément la réalité politique pour affirmer une telle chose. Alerter l'opinion publique et travailler pour constituer un front de résistance aux perpétuels assauts du gouvernement libéral contre nos ressources naturelles, nos services publics et la fiscalité progressive, voilà la priorité et la seule option possible. Nous savons que cette obsession pour l'austérité est un cul-de-sac politique et économique, nous ne payerons pas pour la crise économique ni pour les profits de la finance!!

    Rendez-vous samedi le 12 mars 12h à la Place du Canada. http://www.nonauxhausses.org/