Journée internationale des femmes - Le combat féministe est encore nécessaire

«Rien n’est plus précaire que le droit des femmes», disait Benoîte Groult. Une lecture objective de la situation des femmes, tant dans les pays avancés que dans les pays en voie de développement — ici en Afgnanistan —, lui donne entièrement raison.
Photo: Agence Reuters Damir Sagolj «Rien n’est plus précaire que le droit des femmes», disait Benoîte Groult. Une lecture objective de la situation des femmes, tant dans les pays avancés que dans les pays en voie de développement — ici en Afgnanistan —, lui donne entièrement raison.

Pour plusieurs de nos concitoyens, il semblerait que le combat féministe a porté ses fruits et que le temps est venu de passer à autre chose. Certains vont même jusqu'à prétendre que les revendications féministes sont allées trop loin et qu'elles mettent en péril le développement des garçons et l'équilibre psychologique des hommes.

Ces deux opinions sont erronées. Elles représentent même un danger pour l'avenir des sociétés. Parce qu'elles masquent la fragilité des acquis historiques reliés à la condition des femmes dans les pays avancés. Et elles empêchent de prendre pleinement conscience de la situation scandaleuse qui est le lot de la majorité des femmes à travers le monde.

Dans une éclairante introduction écrite 25 ans après la parution de son essai-choc intitulé Ainsi soit-elle (Éditions Grasset & Fasquelle, Paris, 1975, et 2000 pour la plus récente édition), Benoîte Groult met en garde les optimistes «qui vivent dans l'illusion que l'égalité est acquise et que l'histoire ne revient pas en arrière» et, ajoute-t-elle, «rien n'est plus précaire que le droit des femmes». Malheureusement, une lecture objective de la situation des femmes, tant dans les pays avancés que dans les pays en voie de développement, lui donne entièrement raison.

Injustices et désespoir


Des exemples? Que l'on pense aux misérables conditions de vie de nombreuses femmes afghanes. Conditions qui rappellent les plus ignobles horreurs de barbarie et d'ignorance du Moyen Âge. Que l'on pense aux viols et à l'esclavage sexuel de milliers de femmes dans de nombreuses régions du globe où, lors de situations de conflits armés, le corps des femmes est considéré comme un champ de bataille («Pour que le corps cesse d'être un champ de bataille», Jonathan Leclerc, Journal alternative, mars 2008). Que l'on se représente le désespoir de toutes ces jeunes filles, à travers le monde, à qui l'on refuse l'accès à l'éducation (il faut impérativement visionner l'incontournable documentaire de l'ONF Des marelles et des petites filles réalisé par Marquise Lepage en 1999). Et la liste pourrait facilement s'allonger de multiples exemples tous plus horribles les uns que les autres.

Au Québec, malgré des progrès indéniables, l'équité économique entre les hommes et les femmes est loin d'être un fait accompli. Les chiffres sont à cet égard d'une redoutable éloquence. «En 2005, les femmes gagnaient en moyenne 26 800 $ par année, comparativement à 41 900 $ par année pour les hommes. Elles constituaient 68 % du personnel à temps partiel.» Et pour compléter ce portrait peu reluisant, il faut ajouter que «près de 60 % des personnes recevant le salaire minimum sont des femmes» (Chiffres tirés d'un dépliant publié par l'Intersyndicale des femmes, L'autonomie économique des femmes: une force collective, à l'occasion de la Journée internationale des femmes du 8 mars 2008).

Crier à l'injustice?

Cela étant, on ne peut que rester abasourdi devant les accusations d'exagération et de nuisance à l'épanouissement des garçons et des hommes dont on accable trop souvent le mouvement féministe. Où est le problème?

Après des milliers d'années d'écrasante majorité masculine dans tous les domaines du savoir, on se rend compte un beau jour que les femmes sont devenues majoritaires dans à peu près tous les programmes universitaires de premier cycle. Et ce, sans pour autant avoir bénéficié d'une quelconque discrimination positive. On se rend compte aussi qu'un plus grand nombre de filles que de garçons réussissent à obtenir un diplôme d'études secondaires. Et ce, sans qu'on leur ait pour autant apporté un soutien supplémentaire.

Est-il raisonnable de crier à l'injustice et de laisser entendre que le succès des filles et des femmes est responsable des difficultés éprouvées par les garçons et les hommes? La justice exige que l'on réponde non à cette question. Certes, la nouvelle donne commande une redéfinition des rôles et des identités respectifs des hommes et des femmes. Mais cette redéfinition est aussi une merveilleuse invitation à aller plus loin dans l'exploration réciproque des deux identités sexuées qui définissent notre commune humanité.

Avec une profonde sagesse, l'ethnologue Germaine Tillion a écrit: «Il n'existe nulle part un malheur étanche uniquement féminin, ni un avilissement qui blesse les filles sans éclabousser les pères, ou les mères sans atteindre les fils.» (Citée par Benoîte Groult dans Ainsi soit-elle).

Il nous reste donc à souhaiter que, méditant cette vérité essentielle, chaque homme et chaque femme découvrent que l'exercice d'un pouvoir visant à limiter les épanouissements possibles de l'autre sexe ne peut avoir comme conséquence que d'appauvrir l'humanité en chacun des deux sexes. Il nous reste à souhaiter que la libération des potentialités de chaque femme soit l'occasion pour chaque homme d'un espoir renouvelé en l'avenir de l'aventure humaine.

***

Éric Cornellier et Sophie David - Respectivement enseignant au primaire et employée de Postes Canada, les deux auteurs sont les parents de trois adolescents
5 commentaires
  • Nelson - Inscrit 8 mars 2011 08 h 18

    LE FEMINISME EST ENCOIRE NECESSAIRE...SURTOUT DANS LES PAYS QU'ARRACHENT DES CLITORIS, FUETTENT LES FEMMES DANS LES PLACES PUBLIQUES ET CACHENT LEURS VISAGES.

    La sitution des femmes est horrible dans les pays traditionnels.

    Il faut se déclarer en mobilisation permanente....pour sauver des vies.

    Les femmes interrompent des grossesses sans aide médicale en Afrique, Amérique du Sud et Asie !!!!!!!!!!

  • johanne fontaine - Inscrit 8 mars 2011 08 h 31

    Les femmes et la santé mentale au Québec: autre statistique

    Au Québec, les femmes sont aussi beaucoup susceptibles que les hommes de recevoir une thérapie par électro-choc!

    A cet effet et pour en apprendre plus,
    on consulte en ligne :

    Pour l'abolition des électrochocs
    Les électrochocs: Etat des lieux

    par Khadija Benabdallah; mai 2005
    Pour Action Autonomie, collectif pour la défense des droits
    en santé mentale de Montréal

    En version pdf, à l'adresse suivante:
    http://www.actionautonomie.qc.ca/parechocs/pdf/der
    et sur le site de Action Autonomie
    http://www.actionautonomie.qc.ca/
    en cliquant sur l'onglet :
    Campagne pour l'abolition des électrochocs.
    Cinquième rassemblement prévu le 7 mai prochain.

    Johanna Fontaine
    St-Cuthbert

  • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 8 mars 2011 08 h 49

    De genre et de sexe

    Bien sympathique cette courte missive, mais quand on arrive à l'essentiel, à mon humble avis, soit la possibilité de dépasser les différences, on retombe dans les lieux communs des «deux identités sexuées». Le sexe est physiologique, le genre est culturel. C'est tout. C'est de la distinction de genre que proviennent les inégalités : les femmes sont comme-ci, elles ont des qualités, et comme les hommes sont l'autre sexe (l'identité est toujours fonction de réciprocité avec l'Autre) ils sont comme-ça, et ils ont des qualités inverses, qu'on peut toujours dire complémentaires.

    Il est alors trop tard pour réfléchir : on s'attend des femmes qu'elles agissent en femme, des hommes qu'ils agissent en homme, la valorisation des pratiques particulières liées à un sexe ou l'autre vient entretenir le malaise, la contrainte, l'inégalité symbolique. Pour un exemple simple : alors que ce que les femmes visaient avec le féminisme était l'épanouissement, le libre choix de vie, l'ouverture des potentiels, ce qui aujourd'hui nous sert à mesurer les avancées ce sont les chiffres de présence féminine dans les C.A...donc la capacité pour les femmes de s'approprier le prestige associé avec la masculinité, sans vraiment se soucier du goût des femmes pour ce prestige. Elles obéissent de fait à la hiérarchie des valeurs capitalistes.

    Promouvoir le choix, c'est accepter qu'une femme désire faire de la politique, devenir comptable ou avocate, mais aussi qu'une femme désire rester au foyer pour les premières années des enfants, ou même qu'elle assume une spiritualité et qu'elle l'exprime par un code vestimentaire adapté. Ne valoriser que les choix qui NOUS paraissent exprimer la liberté, tout simplement parce que ce sont NOS choix, court-circuite en fait le message.

    Alexis Lamy-Théberge

  • ysengrimus - Inscrit 8 mars 2011 10 h 26

    Oui, de nos jours. le féminisme est en danger

    Oui, de nos jours. le féminisme est en danger

    http://www.jesuisfeministe.com/?p=2833

    et ces obtus de masculinistes sont un ramassis d’amateurs inanes et inopérants face à ce vrai danger de fond, que de nombreuses femmes courageuses impliquées dans leur milieu commencent de plus en plus à dénoncer.
    Paul Laurendeau

  • HADDAD 555 - Inscrit 9 mars 2011 09 h 37

    femme

    l'occident doit seulement a mon avis s'occuper de ces propres Ouailles dans son hexagone et oublier totalement , les problèmes d'Asie et D'Afrique .....On n'a pas besoin d'être les gendarmes du monde. Ils ne veulent plus de nous, pourquoi l'Europe qui a été chassé d'Afrique continue de vouloir être le grand frère, LAISSONS ces pays végéter sans remords, ceux sont de grands enfants avec des HOMMES d,ÉTAT très pertinents et érudits,,,,, LES FEMMES ont tous les instruments en elle pour se faire valoir,,,,,,DIXIT le créateur