Plus facile de pratiquer une autopsie que de sauver des vies

Abattus, les employés du Journal de Montréal ont accepté samedi l’offre de Quebecor dans une proportion de 64,1%, mettant ainsi fin à un lockout de deux ans. Au cœur de ce conflit de travail, le plus long de l’histoire des médias canadiens: la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, le président du STIJM, Raynald Leblanc, et le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre-Karl Péladeau.<br />
<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Abattus, les employés du Journal de Montréal ont accepté samedi l’offre de Quebecor dans une proportion de 64,1%, mettant ainsi fin à un lockout de deux ans. Au cœur de ce conflit de travail, le plus long de l’histoire des médias canadiens: la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, le président du STIJM, Raynald Leblanc, et le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre-Karl Péladeau.

Depuis samedi soir, soit depuis que les lockoutés du Journal de Montréal se sont prononcés à 64,1 % pour le règlement du conflit de travail, je suis bouleversée pour ces personnes qui n'ont peut-être pas la tribune pour exprimer leur détresse et dont la voix n'a pas été beaucoup entendue dans les médias.

De mon côté, j'ai choisi de me taire pour ne pas alimenter davantage le cirque médiatique qui a découlé de cette assemblée. Aujourd'hui, je ne peux plus garder le silence. Trop d'insanités ont été dites et écrites sans même que les deux personnes sur trois qui ont voté pour ce règlement aient pu s'exprimer. Les minutes qui ont suivi le vote ont rapidement scellé le sort de ces personnes épuisées, minées, blessées par 25 mois de conflit.

Si j'interviens aujourd'hui, près d'une semaine après cette déchirante assemblée syndicale, c'est que je suis hantée par les visages de femmes et d'hommes blessés, brisés, arrivés au bout du rouleau. Ces femmes et ces hommes qui, depuis 25 mois résistent de leur mieux dans un contexte social, législatif, politique et économique insensible à leur réalité, ont dit qu'ils en avaient assez. Assez de tourner en rond sur le trottoir, assez de vendre des objets de solidarité, assez de subir des insultes parce qu'ils ont refusé de se laisser bafouer, assez de lutter contre un employeur soutenu par des annonceurs, des concitoyens et l'État, qui n'a pas jugé bon de moderniser les mesures antibriseurs de grève. Je ne peux plus supporter que certaines personnes tentent inlassablement de miner le peu de dignité qu'il leur reste. Je voudrais pouvoir sécher leurs pleurs et prendre sur mes épaules tout le chagrin et toute leur souffrance.

J'invite les quelques journalistes qui ont choisi le spectacle et d'enfreindre les règles élémentaires de rigueur et d'équilibre dans le traitement de l'information à se demander s'ils auraient accepté qu'on parle d'eux comme cela s'est fait depuis samedi. Je pense notamment à Patrick Lagacé, de La Presse, qui a été confronté à un vote important au moment où la direction de son journal menaçait de fermer. La FNC (Fédération nationale des communications) et la CSN ont respecté la décision du syndicat sans s'immiscer dans celle-ci et sans porter de jugement sur ce choix. Leurs collègues des autres journaux de Gesca en ont fait autant, même si cela influençait leur propre négociation.

Des syndicats autonomes

Je ne peux conclure sans m'insurger contre les propos tenus envers la CSN et sa présidente. Les membres de la CSN, comme ceux de la FNC, ont pour la plupart fait preuve d'une solidarité hors du commun. Prétendre que la CSN s'est écrasée, c'est insulter ces militants qui depuis 25 mois appuient sans réserve les lockoutés au prix d'un effort financier particulier, de week-ends entrecoupés de manifestations loin de la famille, d'une tâche de travail alourdie par des assemblées extraordinaires d'appui, d'activités de cueillette de fonds, etc.

Est-il nécessaire de rappeler qu'à la CSN, les syndicats sont autonomes? Bien sûr, notre organisation a la responsabilité d'éclairer les syndicats relativement aux stratégies qu'ils adoptent. Notre rôle consiste, par le biais des fédérations, des services de la confédération et des élus à conseiller les syndicats. La présidente de la CSN, comme l'ensemble des ressources qui sont intervenues en appui au syndicat, ont assumé cette responsabilité avec sérieux et magnanimité.

Cependant, les décisions n'appartiennent ni à la fédération ni à la CSN. Ainsi, je dois dénoncer sans réserve le procès intenté tout à fait injustement à Claudette Carbonneau.

Le Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal a toujours protégé jalousement son autonomie et c'est dans le plus strict respect de celle-ci que la présidente est intervenue en appui au syndicat. Elle n'a toutefois jamais hésité à favoriser les réflexions et les analyses visant à établir les stratégies appropriées. Les décisions ne lui appartenaient pas, mais elle a fait tout le nécessaire pour jouer son rôle tant auprès du syndicat qu'auprès du gouvernement et des autres organisations. Responsable, vaillante, réfléchie et sensible, Claudette Carbonneau est une bagarreuse qui sait choisir ses armes et ne cherche pas à livrer des batailles pour son auréole, mais pour servir celles et ceux qu'elle représente.

***

Chantale Larouche - Présidente de la Fédération nationale des communications - CSN

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

1 commentaire
  • Le prince du Nord - Inscrit 4 mars 2011 07 h 54

    le premier pas

    Le premier pas d'une réconciliation est d'avouer ses torts! Vous aviez une occasion en or et vous l'avez misérablement manqué. Vous vous exprimez comme une politicienne. À plus tard pour la crédibilité!